Bounkani : la chefferie Lobi appelle au respect de la loi pour préserver la cohésion sociale
La rencontre, convoquée le vendredi 3 juillet 2026 par le Djamala Virkoune SIB, Chef central des Lobi de Côte d'Ivoire et Chef des Lobi de Bouna, s'est tenue au siège de la chefferie centrale. Elle a rassemblé les principales autorités traditionnelles Lobi autour d'une préoccupation commune : garantir un processus conforme aux textes régissant la désignation des représentants appelés à siéger au sein de l'institution nationale des Rois et Chefs traditionnels.
Le respect des textes au cœur des revendications
Les participants ont insisté sur le fait que leur mobilisation ne s'inscrit ni dans une logique de confrontation ni dans une démarche communautariste. Ils affirment agir dans le strict respect des institutions de la République et des dispositions de la loi n°2014-428 du 14 juillet 2014 portant Statut des Rois et Chefs traditionnels.
S'appuyant notamment sur les articles 12 et 21 de cette loi, les chefs Lobi rappellent que la désignation des représentants à la Chambre nationale doit obéir aux principes de légalité, de transparence, d'équité et de consensus. Selon eux, cette représentation ne saurait résulter d'arrangements particuliers ou de rapports de force, mais doit refléter un processus inclusif garantissant la participation effective des autorités coutumières concernées.
Des inquiétudes sur la représentativité de la communauté
Au cours des échanges, les responsables traditionnels ont dénoncé ce qu'ils considèrent comme une remise en cause de la représentativité historique de leur communauté dans le département de Bouna.
Ils estiment que certaines initiatives récentes tendraient à marginaliser le peuple Lobi, qui représente, selon eux, plus de 85 % de la population de la région du Bounkani. Une telle évolution, avertissent-ils, pourrait nourrir un sentiment d'injustice et d'exclusion susceptible de fragiliser les équilibres sociaux construits au fil des années dans cette région frontalière, où la stabilité constitue un enjeu majeur.
Pour les chefs traditionnels, la crédibilité des institutions coutumières repose sur leur capacité à garantir une représentation équilibrée de toutes les composantes concernées, dans le respect des textes qui les régissent.
Une motion remise au préfet de région
À l'issue de l'assemblée, une délégation conduite par le patriarche Tchotounon SIB s'est rendue à la Préfecture de Bouna, où elle a été reçue par le Préfet de région, Préfet du département.
Les chefs traditionnels ont remis une motion exposant leurs préoccupations et sollicitant l'arbitrage de l'autorité administrative. Ils demandent que le processus de désignation des représentants à la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels soit conduit dans le strict respect des dispositions légales afin de garantir la légitimité de cette institution.
Les signataires réclament également la délivrance des arrêtés de nomination des chefs de village ainsi qu'un traitement administratif équitable pour l'ensemble des chefferies du département. Ils expriment en outre leurs réserves sur certaines désignations intervenues récemment à Bouna et à Doropo, qu'ils jugent contraires aux principes de transparence et de consensus. À ce titre, ils sollicitent la suspension des désignations contestées et l'organisation de nouvelles consultations inclusives conformément aux textes en vigueur.
Un appel à préserver la paix sociale
Au-delà des revendications formulées, cette initiative met en lumière les enjeux liés à la gouvernance des institutions traditionnelles dans un contexte où la Côte d'Ivoire fait de la cohésion sociale un axe majeur de son développement.
Pour les chefs Lobi, le respect des règles demeure le meilleur garant de la stabilité. Ils estiment que lorsque les procédures sont appliquées avec impartialité et que le dialogue prévaut, les décisions bénéficient d'une plus grande légitimité et favorisent l'adhésion des populations.
À travers cette démarche, la chefferie Lobi invite les pouvoirs publics à faire prévaloir l'État de droit afin de préserver la confiance entre les communautés, les autorités administratives et les institutions traditionnelles. Dans une région où le dialogue a longtemps permis de maintenir un climat de paix, la réponse qui sera apportée à cette requête est attendue comme un indicateur de la capacité des institutions à concilier le respect des textes, l'équité entre les communautés et la consolidation durable de la cohésion sociale.