Sénégal : Outre Diomaye Faye, Ousmane Sonko désormais face à Abdou Mbow
Les derniers développements des activités de l’Assemblée nationale sénégalaise, les 29 et 30 juin 2026, virent à l’affrontement politique entre le nouveau président de l’institution, Ousmane Sonko et le député de l’Alliance pour la République (Apr) de l’ancien Chef de l’État, Macky Sall, Abdou Mbow. Désormais, ce dernier apparait comme l’adversaire politique de l’ancien Premier ministre sur la scène politique en lieu et place du Président Bassirou Diomaye Djakkar Faye. Durant les deux jours, s’est ouvertement attaqué à la moralité et à la légitimité d’Ousmane Sonko.
Dans ses prises de parole, Abdou Mbow a notamment mis en cause la moralité d’Ousmane Sonko, estimant que son parcours politique reste marqué par une stratégie de confrontation et de violence verbale. Le député de l’opposition a également rappelé les affaires judiciaires ayant visé l’ancien Premier ministre, insistant sur sa condamnation passée pour contester, selon lui, sa légitimité à diriger l’Assemblée nationale et à porter une réforme institutionnelle d’une telle portée.
Le Pastef veut-il arracher des pouvoirs à l’exécutif ?
Pour rappel, l’examen de la proposition de loi n°17/2026 portant révision de la Constitution sénégalaise a donné lieu, lundi 29 juin, à une séance particulièrement tendue à l’Assemblée nationale. Entre adoption du texte, expulsion d’un député de l’opposition, Abdou Mbow et annonce d’un référendum par le président Bassirou Diomaye Faye, le débat institutionnel s’est transformé en crise politique ouverte.
Réunis en séance plénière, les députés sénégalais devaient se prononcer sur une réforme présentée par la majorité Pastef (Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité) comme une étape majeure de modernisation des institutions. Le texte prévoit notamment la création d’une Cour constitutionnelle en remplacement du Conseil constitutionnel, le renforcement des pouvoirs du Parlement, l’encadrement de certaines prérogatives présidentielles et de nouvelles obligations en matière de déclaration de patrimoine.
Mais l’examen de cette réforme, déjà controversée dans une partie de l’opposition et de la société civile, a rapidement basculé. Le député Abdou Mbow, figure de l’opposition parlementaire, a été expulsé de l’hémicycle après avoir refusé de regagner sa place au cours des débats. Son évacuation par les forces de sécurité a immédiatement provoqué l’indignation de ses collègues, dont plusieurs ont quitté la salle en signe de protestation.
À sa sortie, Abdou Mbow a vivement dénoncé l’attitude du président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko. Dans une déclaration à la presse, il a accusé le pouvoir de dérive autoritaire et qualifié le régime de « fasciste ». Ces propos virulents ont illustré l’ampleur de la fracture entre la majorité parlementaire et une opposition qui estime que la réforme modifie profondément l’équilibre des institutions.
Malgré ces incidents, la majorité a poursuivi les travaux. La proposition de loi a finalement été adoptée par 129 voix pour, sans vote contre ni abstention, tandis que 36 députés n’ont pas pris part au scrutin. Pour ses défenseurs, cette réforme doit renforcer l’État de droit, clarifier les rapports entre les pouvoirs et répondre à des engagements de gouvernance démocratique. Pour ses opposants, elle risque au contraire de déplacer le centre de gravité du pouvoir vers l’Assemblée nationale et sa majorité. D’aucuns pensent qu’Ousmane Sonko essaient d’étouffer le Président de la République.
Le Président plus combattif que jamais...
Un autre tournant est intervenu lorsque le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, a annoncé que le président Bassirou Diomaye Faye avait choisi de soumettre le texte adopté à référendum, conformément à l’article 103 de la Constitution. Abdou Mbow avait également interpellé le Président Faye, l’invitant à prendre ses responsabilités en tant que « garant du bon fonctionnement des institutions ». Le chef de l’État a également transmis plusieurs amendements, dont certains portent sur les rapports entre la fonction présidentielle et les partis politiques.
Cette décision présidentielle ouvre une nouvelle séquence politique. Elle donne satisfaction aux acteurs qui réclamaient une consultation populaire, mais elle met aussi en lumière les divergences entre le président de la République et la majorité parlementaire issue du Pastef. Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, aurait préféré une promulgation directe du texte après son adoption par les députés. Il a publique indiqué qu’il appellerait le Chef de l’Exécutif pour lui dire de promulguer rapidement le texte.