Jérusalem/Mémorial de Yad Vashem : Un million et demi de raisons de ne pas oublier (Reportage)

Invariablement, ceux qui visitent le Yad Vashem sont émus par ce qu'ils voient : la liste des noms des communautés rayées de la carte, les millions d'enfants, les photos, les documents, la lumière qui reste allumée...
Invariablement, ceux qui visitent le Yad Vashem sont émus par ce qu'ils voient : la liste des noms des communautés rayées de la carte, les millions d'enfants, les photos, les documents, la lumière qui reste allumée...
Invariablement, ceux qui visitent le Yad Vashem sont émus par ce qu'ils voient : la liste des noms des communautés rayées de la carte, les millions d'enfants, les photos, les documents, la lumière qui reste allumée...

Jérusalem/Mémorial de Yad Vashem : Un million et demi de raisons de ne pas oublier (Reportage)

Le 29/06/26 à 16:19
modifié 29/06/26 à 18:00
Yad Vashem, ce mémorial israélien construit en mémoire des victimes juives de la Shoah propose un parcours immersif et bouleversant à travers son musée historique, le Mémorial des enfants et l'Allée des justes.
L’immersion s'est vécue comme une expérience douloureuse. Entre la découverte des galeries historiques et des espaces de recueillement, le Mémorial mondial de la Shoah, situé à Jérusalem, conjugue devoir de mémoire et indispensable prise de conscience.

En 1h30min, les journalistes francophones (Côte d’Ivoire, Sénégal, Burundi, Rdc, Bénin, Togo et Guinée) en mission en Israël pour le compte du ministère des Affaires étrangères à travers les ambassades accréditées dans les pays respectifs, ont parcouru les coins et recoins de Yad Vashem. Le site qui s’étend sur tout le Mont du Souvenir rassemble musées et mémoriaux dans un complexe entouré de jardins.

Situé sur le mont du souvenir, dans un cadre paisible et verdoyant de la forêt de Jérusalem, le campus de Yad Vashem possède tous les atouts pour mener à bien sa mission.
Situé sur le mont du souvenir, dans un cadre paisible et verdoyant de la forêt de Jérusalem, le campus de Yad Vashem possède tous les atouts pour mener à bien sa mission.



Le bâtiment principal, conçu comme une pyramide inversée dont les couloirs s’enfoncent et se rétrécissent, provoque un sentiment d’étouffement au fur et à mesure que l'on y avance. Le Musée d’histoire de la Shoah, lui, prend la forme d’un parcours souterrain en clair-obscur. Des galeries à l’éclairage tamisé y exposent des objets personnels, des documents d’époque et de nombreuses œuvres d’art créées dans les ghettos ou les camps de concentration.

Yad Vashem conserve des dizaines de milliers d'objets personnels, y compris des vêtements d'époque.
Yad Vashem conserve des dizaines de milliers d'objets personnels, y compris des vêtements d'époque.



Des écrans diffusent des témoignages de survivants et des films d’archives. Une galerie est consacrée à l’Allemagne nazie et à sa politique antisémite, de l’accession des suppôts de Hilter au pouvoir jusqu’au déclenchement de la seconde guerre mondiale. Tout, absolument tout, dans ce mémorial de Yad Vashem est une interpellation à la commisération et une mise en évidence de la dualité de l'être humain : animalité et divinité.

Yad Vashem, c'est aussi le musée d’art de la Shoah, qui conserve des milliers d’œuvres : peintures, dessins et sculptures réalisées par des artistes durant la guerre.

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« La construction de ce musée, en 2005, a pris plus de 13 ans. Et pour les conservateurs, il était essentiel que les objets présentés soient authentiques. Il n’y en a que deux qui ne le sont pas. Pour le reste, tout est authentique », confie notre guide, Arielle Nahmias, responsable des programmes éducatifs pour les pays francophones à l’École internationale pour l’enseignement de la Shoah.

Dans la pénombre des couloirs et devant les archives du Hall des Noms, la majorité des membres de la délégation sont saisis par une forte émotion.

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Ils s'appelaient Odiel, Levi, Richard...

Le Mémorial des enfants, crypte souterraine creusée en hommage au million et demi d’enfants juifs assassinés pendant la Shoah dégage une atmosphère lourde. Comme si le lieu abritait toujours les frayeurs et les douleurs des petits anges cruellement arrachés à la vie. De notoriété, c'est souvent l'étape citée comme le moment le plus difficile, mais aussi le plus marquant de la visite.

Le parcours joue sur les miroirs et les bougies pour créer une réflexion infinie, accompagné d’une bande-son qui égrène les prénoms, âges et pays d’origine des enfants.

Ici, Arielle Nahmias,responsable des programmes éducatifs pour les pays francophones, présente les portraits des victimes juives aux visiteurs. (PHOTOS: FATOU SYLLA)
Ici, Arielle Nahmias,responsable des programmes éducatifs pour les pays francophones, présente les portraits des victimes juives aux visiteurs. (PHOTOS: FATOU SYLLA)



L’émotion est vive quand Arielle Nahmias présente les portraits. « Ici, vous avez des visages d’enfants. Ce lieu commémore un processus, la grande Histoire. On veut se souvenir de chacun de ces bambins. Les enfants sont la base d’un peuple, les fondations du peuple. Vous avez là-bas le portrait d’Odiel, une victime », présente-t-elle.

La guide rappelle qu’en 1938, lors du premier grand pogrom contre les Juifs, la Nuit de Cristal, les synagogues furent incendiées et les livres sacrés profanés.

Des histoires individuelles pour raconter la grande histoire

À partir de 1938, les Juifs sont exclus de la société et ne sont plus considérés comme des citoyens à part entière. Beaucoup seront ensuite déportés dans les camps de concentration. « Cela signifie que la volonté de destruction de la communauté juive avait déjà commencé auparavant. Voici cette jeune fille, dessinée par l’artiste juif Félix Nussbaum. Je vous la montre parce qu’elle illustre bien l’atmosphère de l’époque et le sentiment de rejet des années 1930 », poursuit-elle.

À travers ce mémorial, c’est avant tout une histoire personnelle, individuelle, racontée à travers des destins humains. « Aujourd’hui, ce que nous disons à tous nos enseignants, c’est que l’histoire de la Shoah permet aussi de raconter la grande Histoire. Mais c’est en racontant l’histoire d’Esther Finkel et de son fils Richard, ou encore celles de Primo Levi, d’Elie Wiesel, de témoins anonymes et de survivants, que nous transmettons un message », explique-t-elle, émue.

Arielle précise qu’en 1999, à la création de l’École de l’Institut de Yad Vashem, celle-ci ne disposait que d’un seul bâtiment. Face au succès et l'affluence des visites, le centre accueille aujourd’hui des délégations du monde entier et organise près des séminaires d’enseignants.

« Avant la guerre, nous en recevions 120, venus d’Amérique latine, d’Australie, de Chine, d’Europe, etc., car c’est aussi l’histoire de leur pays. Ce qu'il y a ici c’est une histoire qui touche l’humanité entière », souligne-t-elle.

Avant de poursuivre : « Malheureusement, après les événements du 7 octobre 2023, lorsqu’au matin de Sim’hat Torah, une attaque armée d’envergure attribuée au Hamas et à d’autres groupes armés de Gaza a visé le sud d’Israël, les délégations se sont raréfiées. L’attaque, la plus meurtrière sur le sol israélien depuis 1948, a marqué le début du conflit en cours à Gaza. D’habitude, j’accueille 8 groupes d’enseignants par an. Cette année, je n’en ai reçu qu’un seul », se désole-t-elle.

Une sortie sous le signe de la gravité

En fin de visite, l’horizon s’élargit peu à peu sur une vue splendide des montagnes de Jérusalem. Mais les visages restent graves, marqués par l’émotion.

Un membre de la délégation ivoirienne, en référence au Mémorial du génocide du Rwanda, s’est interrogé : comment des êtres humains en sont-ils arrivés à de telles atrocités ?

Regrets, culpabilité, inquiétude : il a formé le vœu que de tels actes de haine, de racisme et d’intolérance n’aient plus leur place dans nos sociétés. Et justement, des lieux de souvenirs comme Yad Vashen devraient inciter tout humain à célébrer davantage la part du divin en lui en préservant la vie, qu'elle qu'est soit.

ENVOYÉE SPÉCIALE A JÉRUSALEM, ISRAËL

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Yad Vashem, au cœur du silence le poids de la mémoire

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Il y a une vingtaine d’années, Yad Vashem a été entièrement rénové. Le petit musée de l’époque est devenu un vaste complexe, repensé de fond en comble. Aux côtés de Tania Berg-Rafaeli, la directrice du Département d’Afrique occidentale et centrale au ministère des Affaires étrangères, le guide Yossi Touitou, qui accompagnait les professionnels des médias en immersion en Israël, explique qu'avant le 7 octobre 2023, il fallait réserver en ligne, plusieurs mois à l’avance, pour espérer visiter le musée, tant la fréquentation avait explosé.

Tous les publics s’y croisaient. « Lorsque vous venez à Yad Vashem, vous rencontrez tous ceux qui visitent Israël : des Juifs et des non-Juifs, des Occidentaux, des Africains, des musulmans, des personnes de toutes confessions et de tous horizons. Ils viennent par respect, par devoir de mémoire, pour affirmer que cela ne doit plus jamais se reproduire, mais aussi pour mieux comprendre cette période de l’Histoire », confie-t-il.

À l’en croire, Yad Vashem signifie « donner un nom à ceux qui n’en ont plus ». Le mémorial rappelle que les victimes de la Shoah sont souvent réduites à la statistique des six millions de disparus. À travers des histoires, des témoignages et des parcours individuels, il redonne une identité, un nom et un visage à chacun de ces six millions de Juifs assassinés.

« La mort d’une personne est une tragédie. Celle de six millions devient une statistique », souligne Yossi. Tout l’enjeu est donc de sortir de la statistique et de réhumaniser les victimes. Dès sa création, l’État d’Israël a voulu rassembler de manière rigoureuse et scientifique le plus grand nombre possible de documents, de preuves et de témoignages, afin que personne ne puisse jamais dire : « Cela n’a pas existé ! »

« Certains ont remis en cause, et remettent encore en cause, l’existence même de la Shoah, des camps d’extermination, des camps de concentration et des chambres à gaz. Je rappelle d’ailleurs que, quelques semaines ou quelques mois seulement après le 7 octobre, notamment au sujet des violences sexuelles commises contre des femmes, des voix ont commencé à affirmer que ces faits n’avaient pas eu lieu. Il faut donc rester extrêmement vigilant face à toutes les formes de négationnisme », met en garde le guide.

Yossi explique par ailleurs que la visite proposée à Yad Vashem suit chronologiquement la descente aux enfers : elle commence en 1933 et conduit progressivement jusqu’aux camps d’extermination à partir de 1942-1943. Un cheminement essentiel, non seulement pour le monde entier, mais aussi pour les visiteurs non-juifs. « À chaque étape, on se dit que c’est là que l’on aurait pu arrêter les choses. Lorsque les premières discriminations apparaissent, lorsque les ghettos sont créés, lorsque les libertés sont progressivement supprimées, on comprend qu’il aurait fallu réagir plus tôt », estime-t-il.

Ici, Arielle Nahmias,responsable des programmes éducatifs pour les pays francophones, présente les portraits des victimes juives aux visiteurs. (PHOTOS: FATOU SYLLA)
Ici, Arielle Nahmias,responsable des programmes éducatifs pour les pays francophones, présente les portraits des victimes juives aux visiteurs. (PHOTOS: FATOU SYLLA)



Toutes ces étapes de Yad Vashem, qui relatent la chronologie de la Shoah, sont autant de marqueurs, de signaux d’alerte pour interpeller contre l'indifférence, la haine de l'autre. Elles permettent d’identifier des mécanismes susceptibles de réapparaître aujourd’hui et de comprendre jusqu’où ils peuvent conduire si l’on n’agit pas à temps.

Avant la Shoah, les hommes s'étaient déjà rendus coupables de grands crimes contre l'humanité, en l'occurrence la traite négrière qui a duré 4 siècles. Et après la Shoah, il y a eu d'autres génocides : au Cambodge (les Khmers rouges), au Rwanda (les Tutsis), en Bosnie-Herzégovine (Srebrenica), Soudan (le Darfour). Malheureusement, à l'observation du monde, rien ne permet de dire que nous sommes bien à l'abri d'une prochaine manifestation de la bestialité en l'homme. Hélas !



Le 29/06/26 à 16:19
modifié 29/06/26 à 18:00