Nambéguévogo, laboratoire du changement : La Côte d’Ivoire et la Colombie unissent leurs forces pour valoriser le travail domestique des femmes

Les participants à l’atelier sur l’économie des soins à Nambéguévogo, dans la région du Tchologo, lors de la mission de coopération Sud-Sud entre la Côte d’Ivoire et la Colombie.
Les participants à l’atelier sur l’économie des soins à Nambéguévogo, dans la région du Tchologo, lors de la mission de coopération Sud-Sud entre la Côte d’Ivoire et la Colombie.
Les participants à l’atelier sur l’économie des soins à Nambéguévogo, dans la région du Tchologo, lors de la mission de coopération Sud-Sud entre la Côte d’Ivoire et la Colombie.

Nambéguévogo, laboratoire du changement : La Côte d’Ivoire et la Colombie unissent leurs forces pour valoriser le travail domestique des femmes

Le 12/06/26 à 13:33
modifié 12/06/26 à 13:46

Le village de Nambéguévogo, dans la sous-préfecture de Ferkessédougou, région du Tchologo, a accueilli, du 9 au 12 juin 2026, une initiative novatrice appelée à transformer durablement les relations de genre en milieu rural. Porté par une coopération Sud-Sud entre la Côte d’Ivoire et la Colombie, le projet d’économie des soins ambitionne de rendre visible et de mieux répartir le travail domestique non rémunéré, longtemps assumé dans l’ombre par les femmes.

Au cœur de cette démarche se trouve un constat largement partagé dans de nombreuses sociétés rurales : les femmes consacrent une part considérable de leur temps aux tâches ménagères, à l’éducation des enfants, aux soins des personnes âgées ainsi qu’à diverses activités indispensables au bien-être familial, sans que ce travail ne soit reconnu à sa juste valeur.

« Les soins sont les activités qui sont faites quotidiennement pour soutenir le niveau de vie familial », explique Lili Mendoza, experte du ministère colombien de l’Agriculture. Selon elle, ces responsabilités reposent encore majoritairement sur les femmes, réduisant leurs possibilités d’accès à l’éducation, aux activités génératrices de revenus et aux espaces de décision.

À Nambéguévogo, les témoignages recueillis auprès des femmes ont illustré la réalité de cette charge invisible. Secrétaire générale de la SCOOPS Wopinin, Yélé Coulibaly a décrit le quotidien éprouvant des femmes rurales, contraintes de concilier grossesse, travaux champêtres, tâches ménagères et responsabilités familiales. Elle espère que cette initiative favorisera une meilleure implication des hommes dans les travaux domestiques.

Le message semble avoir été entendu. Plusieurs hommes ayant participé aux séances de sensibilisation ont exprimé leur volonté de partager davantage les tâches du foyer. Pour eux, il s’agit désormais de contribuer activement à l’entretien de la maison et au bien-être familial afin d’alléger le fardeau supporté par leurs épouses.

La mission est conduite par quatre « champions nationaux » ivoiriens formés à l’expérience colombienne. Parmi eux figure Fadiga Haïda née Diarrassouba, conseillère technique au ministère des Ressources animales et halieutiques. Selon elle, l’objectif est de mesurer concrètement le temps consacré aux activités domestiques dans les ménages afin de sensibiliser les communautés à une répartition plus équitable des responsabilités.

Cette phase pilote permettra de collecter des données auprès de dix ménages ruraux, une première en Côte d’Ivoire. Les résultats serviront à alimenter les futures politiques publiques et les programmes du Fonds international de développement agricole (FIDA) à partir de 2027.

À travers cette expérience menée à Nambéguévogo, la Côte d’Ivoire ouvre ainsi une nouvelle voie vers un développement rural plus inclusif, où le bien-être des familles passe également par la reconnaissance et le partage des tâches de soins. Un changement de paradigme qui pourrait, à terme, renforcer l’autonomisation économique des femmes et consolider l’harmonie au sein des ménages ruraux.

Le 12/06/26 à 13:33
modifié 12/06/26 à 13:46