L'éditorial d'Adama Koné : Deux roues, danger en vitesse

L'éditorial d'Adama Koné : Deux roues, danger en vitesse

Le 08/06/26 à 10:59
modifié 08/06/26 à 11:30
Il y a quelques années encore, les capitales de certains pays comme le Bénin, le Burkina Faso, le Mali ou le Togo étaient les seules à détenir une forte présence de deux roues sur les routes.

Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire est en train de prendre de la vitesse dans l'utilisation des motos et tricycles. Une situation qu'il faut regarder avec sérénité, car ces engins ne créent pas la sérénité sur les routes, même s'ils répondent à des besoins.

Vendredi 5 juin 2026. Plus de 23 heures. Boulevard Félix Houphouët-Boigny, entre le carrefour ancien Koumassi et la statue Akwaba, menant à l’aéroport international d’Abidjan, portant le même nom. Embouteillage inhabituel, à cette heure avancée de la nuit surtout.

La cause, un accident impliquant un gros camion, un véhicule de type 4x4 et... une moto, pourtant interdit d’accès sur cette voie. Les motos. Elles font désormais fortement partie du paysage routier de la ville d’Abidjan. Ces engins enregistrent une percée fulgurante sur les belles routes ivoiriennes.

L’utilisation croissante des motos à Abidjan répond à un besoin réel. D’abord, la facilitation du déplacement. La ville d’Abidjan s’est agrandie. Les transports publics n’arrivent pas partout dans les nouvelles zones, surtout enclavées. Les lignes de taxi en commun ne peuvent non plus accéder aisément à certains quartiers.

Les deux et trois roues offrent une relative mobilité, par rapport à cette problématique. Ensuite, comme dans toutes les capitales, les embouteillages, aux heures de pointe, ne sont pas une vue d’esprit. Ces engins offrent une aisance de circulation pour leurs propriétaires. Donc, une solution de rapidité pour le déplacement. Enfin, un phénomène s’est développé ces dernières années.

Disons, une activité. Elle connait une expansion fulgurante, soutenue par les ventes en ligne. C’est l’activité de livraison. Beaucoup de livreurs ont pour support les motos et, quelques rares fois, des vélos.

Si l’essor des engins à deux roues permet d’aller plus vite, de dépenser moins, d’accéder aux zones mal desservies et constitue une activité lucrative pour une frange de la jeunesse, il importe de reconnaître que cette expansion rapide comporte plusieurs dangers pour la population et la sécurité routière.

Les usagers des deux roues sont les plus indisciplinés de la route. Ils ne respectent pas les feux rouges. Ils n’observent aucun panneau de signalisation. De nombreux conducteurs roulent sans formation adéquate, sans permis ou sans maîtrise suffisante du code de la route.

Les excès de vitesse, les dépassements dangereux et le non-port du casque aggravent les risques. Il faut être en alerte en permanence lorsqu’on est au volant d’une voiture où même à pied au bord de la route. Ils surgissent de nulle part. S’adonnent à des slaloms de façon totalement irresponsable.

Contrairement aux automobilistes, les motocyclistes disposent de peu de protection. Les accidents entraînent souvent des traumatismes graves, des handicaps permanents ou des décès.

Conséquence, les motos sont impliquées dans une part importante des accidents à Abidjan. Selon des responsables du secteur des transports, les deux roues seraient impliqués dans près de 40 à 45 % des accidents sur les voies de la capitale économique. Ce n’est pas tout.

Les deux roues sont aussi à la base de bien de méfaits. Les motos sont parfois utilisées pour des actes de délinquance, notamment les vols à l’arraché ou les fuites rapides après une infraction.

Les motos deviennent du coup un casse-tête pour les usagers de la route. Surtout ces motocyclistes sont de jeunes gens insouciants et irresponsables. Il est temps de freiner ce danger à grande vitesse. L’État en est conscient. Sur le boulevard Félix Houphouët-Boigny, anciennement Valérie Giscard d’Estaing, il leur a été interdit de circuler. C’est déjà bon. Mais, cela ne suffit pas. D’autres dispositions sont à prendre.

L’organisation de campagnes de sensibilisation à la sécurité routière, orientées vers les deux roues. La formation des conducteurs professionnels de motos-taxis et de livraison n’est pas à négliger. Cela est important pour une meilleure prise en main de leurs activités. Toute chose qui nécessite un meilleur encadrement de ces professionnels de la route, par un recensement et une identification.

A cela, s’ajoutent les contrôles réguliers du port du casque. Beaucoup de motocyclistes et leurs passagers n’ont pas de casque. A tête découvert, ils sont plus qu’exposés en cas de danger.

C’est pourquoi, des sanctions strictes contre les infractions doivent être prises non seulement pour punir les contrevenants, mais également, pour donner l’exemple à ne pas suivre. Dans la construction des nouvelles voies routières, il ne serait pas un luxe de prévoir des pistes cyclables, quand il s’agit de tronçons densément fréquentés.

Les nouveaux quartiers sont par ailleurs, des opportunités d’exploitation pour les transports en commun public et privé. Leur intervention dans ces zones pourrait réduire l’utilisation des tricycles.

L’essor des motos à Abidjan est à la fois une solution de mobilité et un défi majeur de sécurité routière. Une approche équilibrée est à souhaiter. Elle consisterait à une bonne combinaison de la réglementation, de l’éducation, des infrastructures adaptées et de l’amélioration des transports publics.

Avec l’avantage de réduire les risques tout en conservant les avantages économiques et sociaux de ce mode de transport.


Le 08/06/26 à 10:59
modifié 08/06/26 à 11:30