Protection des données en Afrique : La santé numérique au cœur des débats

Nnena Nwakanma, catalyseur en chef du Partenariat sur l’intelligence artificielle, la technologie et l’innovation en santé (PAATHI).
Nnena Nwakanma, catalyseur en chef du Partenariat sur l’intelligence artificielle, la technologie et l’innovation en santé (PAATHI).
Nnena Nwakanma, catalyseur en chef du Partenariat sur l’intelligence artificielle, la technologie et l’innovation en santé (PAATHI).

Protection des données en Afrique : La santé numérique au cœur des débats

Le 19/05/26 à 14:20
modifié 19/05/26 à 15:07
La 9e conférence du Réseau africain des Autorités de protection des données personnelles (Rapdp) s’est poursuivie ce mardi 19 mai, après son ouverture la veille, avec une série de panels et de keynotes consacrés aux enjeux contemporains liés aux données personnelles sur le continent.

Parmi les temps forts de cette deuxième journée, le Panel 5, placé sous le thème « Santé numérique et données sensibles », a réuni plusieurs experts de haut niveau venus partager leurs analyses. Parmi eux figurait Nnena Nwakanma, catalyseur en chef du Partenariat sur l’intelligence artificielle, la technologie et l’innovation en santé (Paathi).

La santé, un droit fondamental étroitement lié aux données

Dans son intervention, Nnena Nwakanma a d’abord rappelé l’importance fondamentale de la santé dans l’existence humaine. « Être en vie, c’est nécessairement être confronté à la question de la santé », a-t-elle souligné, estimant qu’après le droit à la vie, celui à la santé constitue l’un des droits les plus élémentaires.

Elle a également précisé que les données de santé relèvent des données à caractère personnel, puisqu’elles sont directement liées à l’état de santé d’un individu. Plus largement, les données permettent d’identifier les individus et d’interagir avec eux. Elles s’étendent sur plusieurs dimensions, notamment l’identité physique, sanitaire, financière, citoyenne ou encore de voyage.

Dans le domaine médical, ces informations peuvent être perçues comme une extension de la personne. « À l’ère du numérique, cette extension prend la forme d’une identité numérique, permettant à chacun d’agir à distance, que ce soit pour travailler, consommer des services ou interagir avec des institutions », a-t-elle instruit.

Le numérique, levier d’innovation pour la santé en Afrique

L’experte a mis en lumière les profondes transformations induites par le numérique dans le secteur de la santé. « Aujourd’hui, il est possible, par exemple, de travailler depuis Abidjan pour une organisation basée en Europe ou aux États-Unis, illustrant ainsi la capacité du numérique à abolir les distances », a-t-elle relevé ?

Et d’indiquer que dans ce contexte, les données peuvent circuler à la place des individus, être analysées et contribuer à la mise en place de solutions innovantes. Ajoutant que cette dynamique ouvre la voie à plusieurs avancées majeures, parmi lesquelles le développement de la télémédecine et l’utilisation des données synthétiques.

L’experte a aussi souligné que gGrâce à l’intelligence artificielle, ces données artificiellement générées mais proches de la réalité permettent de faciliter la recherche scientifique, de stimuler l’innovation, d’améliorer la production de solutions médicales et de réaliser des simulations. L’IA apparaît ainsi comme un levier essentiel pour le progrès du secteur de la santé en Afrique.

Des enjeux cruciaux de sécurité et de gouvernance

Toutefois, elle a-t-elle mentionné, cette évolution n’est pas sans défis. La question de la sécurité des données reste centrale, notamment avec le stockage et le traitement à distance via le cloud, qui exposent à des risques de fuite ou d’atteinte à la vie privée. Nnena Nwakanma a insisté sur le fait qu’une sécurité absolue n’existe pas et que tout système comporte un certain niveau de risque.

Dans ce contexte, le rôle de l’État et la mise en place d’une gouvernance rigoureuse des données s’avèrent indispensables.

Pour elle, les données, assimilées à une extension de la personne, nécessitent un encadrement comparable à celui d’une population. Cela implique l’existence de cadres réglementaires clairs, de normes strictes ainsi que de règles d’utilisation et de circulation que tous les acteurs experts, professionnels de santé et patients doivent respecter. Vers une souveraineté numérique africaine Au-delà de la sécurité, elle a abordé la question de la souveraineté des données.

Les données d’un pays à l’en croire, constituent un élément de son patrimoine, dont la protection relève de la responsabilité des États. Ceux-ci doivent en assurer la sécurisation, contrôler les accès, encadrer leur utilisation et sanctionner les abus. Dans cette perspective, a-t-elle informé, des partenariats sont en cours de développement autour de l’intelligence artificielle, de la technologie et de l’innovation en santé, avec un accent particulier sur la gouvernance des données en Afrique.

L’objectif dit-elle, est de renforcer la collaboration entre les régulateurs, les États, les universités et le secteur privé, afin de bâtir une véritable souveraineté numérique sur le continent.

Un rendez-vous international en ligne de mire

Dans la continuité de ces efforts, elle a aussi informé qu’un rendez-vous majeur est annoncé : le premier sommet sur la souveraineté de l’intelligence artificielle en santé, prévu à Kigali, du 30 septembre au 2 octobre. Cet événement devrait réunir les principaux acteurs du secteur pour approfondir les réflexions et impulser de nouvelles dynamiques en matière de gouvernance et d’innovation.

Faut-il le rappeler, la 9e Conférence du Réseau africain des Autorités de protection des Données personnelles se tient à Abidjan du 18 au 21 mai 2026, sur la thématique : « La régulation des technologies innovantes : Enjeux, défis et perspectives des Autorités de protection en Afrique ».


Le 19/05/26 à 14:20
modifié 19/05/26 à 15:07