FEMUA 18 : Le ministre Djibril Ouattara trace la voie d’une Côte d’Ivoire, hub africain de l’intelligence artificielle

Djibril Ouattara, ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique. (Ph: Dr)
Djibril Ouattara, ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique. (Ph: Dr)
Djibril Ouattara, ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique. (Ph: Dr)

FEMUA 18 : Le ministre Djibril Ouattara trace la voie d’une Côte d’Ivoire, hub africain de l’intelligence artificielle

Réunis le mercredi 29 avril 2026, à l’Institut national de la jeunesse et des sports (Injs) d’Abidjan-Marcory, dans le cadre de la plateforme Carrefour Jeunesse du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), ministres et experts ont débattu du thème : « L’Ia et la jeunesse : menace pour l’emploi ou levier d’opportunités ? », avec en ligne de mire la transformation numérique du pays.

Au-delà de la scène musicale, le Femua souhaite confirmer son rôle de plateforme de réflexion. En effet, un panel de haut niveau consacré à l’intelligence artificielle (Ia) a réuni décideurs publics et experts autour d’un enjeu majeur : faire de cette révolution technologique un levier de développement pour l’Afrique.

Une ambition claire : bâtir un hub africain de l’Ia

D’entrée, le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, a posé les bases d’une vision structurée et ambitieuse. « L’intelligence artificielle est au cœur de la transformation structurelle de notre économie », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité de bâtir une Côte d’Ivoire plus compétitive.

Au centre de cette stratégie, une ambition claire : positionner le pays comme un hub technologique africain. Pour y parvenir, il a détaillé les fondations en cours de construction. « Nous bâtissons d’abord le socle », a-t-il expliqué, évoquant la construction d’un data center national à Grand-Bassam, un autre projet à Yamoussoukro, ainsi qu’un réseau de cloud souverain.

Sur le plan des usages, il a rappelé l’enjeu de souveraineté des données : « Si nous voulons éviter les biais, nous devons produire notre propre matière », citant notamment le cas du cacao, dont la Côte d’Ivoire assure près de 40 % de la production mondiale.

Le ministre a également insisté sur l’inclusion numérique, révélant que seulement 40 % des utilisateurs de téléphonie mobile disposent d’un smartphone, avec pour objectif d’atteindre 80 % dans les deux prochaines années. À cela s’ajoute la volonté de garantir une couverture totale du territoire, y compris pour les localités de plus de 500 habitants.

En filigrane, Djibril Ouattara a insisté sur la dimension économique globale de l’Ia, évoquant un marché mondial pouvant dépasser 500 milliards de dollars à l’horizon 2028, tout en rappelant que l’Afrique représente encore moins de 1 % de cette valeur.

Jeunesse, emploi et défis d’inclusion numérique

Face à cette transformation, le ministre de la Promotion de la jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, Mamadou Touré, a mis l’accent sur l’employabilité. « Tout dépend de notre capacité à anticiper », a-t-il indiqué, soulignant que certains métiers seront menacés, mais que « des millions d’emplois seront créés » grâce à l’Ia.

Il a rappelé l’objectif gouvernemental de créer 4 millions d’emplois d’ici à 2030, avec une intégration croissante des compétences numériques. S’appuyant sur des programmes de formation déjà en cours, il a évoqué des taux d’insertion avoisinant les 100 % dans certaines initiatives, tout en appelant à réduire la fracture numérique entre zones urbaines et rurales.

Représentant le Gabon, pays invité, Paul Ulrich Kessany Zategwa, ministre de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts, représentant le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, a partagé une vision axée sur la digitalisation de l’administration et la valorisation des secteurs clés.

Ce panel de haut niveau est le premier panel de cette 18è édition du Femua. (Ph: Dr)
Ce panel de haut niveau est le premier panel de cette 18è édition du Femua. (Ph: Dr)



Il a notamment souligné que 67 % de la population gabonaise a moins de 30 ans, faisant de la jeunesse un levier central dans l’appropriation de cet outil. Il a également rappelé que, selon certaines estimations, près de 40 % des métiers pourraient être automatisés, appelant à orienter les formations vers les secteurs porteurs comme les mines, le pétrole et l’agriculture.

Plus mesuré, l’expert ivoirien en économie numérique, Léonce Ano, a alerté sur les risques liés à l’Ia, notamment les deepfakes et les biais algorithmiques. Il a insisté sur la nécessité de sensibiliser les populations et de mettre en place des normes adaptées, tout en soulignant que l’Ia reste avant tout un « outil » dont l’efficacité dépend de l’usage.

Au terme des échanges, ce panel a mis en lumière une conviction partagée : l’intelligence artificielle n’est plus une option, mais une nécessité. Et pour Djibril Ouattara, le cap est déjà fixé : « Nous sommes dans une compétition des nations. Et nous avons décidé d’y prendre toute notre place. »

JAURÈS DROHGBA (stagiaire)