Arts et culture en Afrique : À l’Université de Bondoukou, la critique d’art prend vie (Reportage)

Professeur Somé échangeant avec le représentant du Préfet de région (Ph: Salif D. CHEICKNA)
Professeur Somé échangeant avec le représentant du Préfet de région (Ph: Salif D. CHEICKNA)
Professeur Somé échangeant avec le représentant du Préfet de région (Ph: Salif D. CHEICKNA)

Arts et culture en Afrique : À l’Université de Bondoukou, la critique d’art prend vie (Reportage)

Le 14/03/26 à 16:26
modifié 17/03/26 à 07:03
Le soleil matinal éclaire doucement le campus de l’Université de Bondoukou dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, à environ 400 à 420 kilomètres d’Abidjan.

Professeur Djakalia Ouattara, président de l'Université de Bondoukou (Ph: Salif D. CHEICKNA)
Professeur Djakalia Ouattara, président de l'Université de Bondoukou (Ph: Salif D. CHEICKNA)



Dans l’amphithéâtre de 600 places, le murmure des étudiants se mêle au cliquetis des ordinateurs portables. Des salutations s’échangent au premier rang. « Bonjour, enchanté de vous rencontrer ! », lance un journaliste venu d'Abidjan à un chercheur venu de Strasbourg. La diversité des participants est frappante, et tous partagent la même curiosité : repenser la critique d’art africaine.

Du 10 au 12 février 2026, l’Université accueille un colloque international sur la création contemporaine et ses interprétations critiques. Organisé par l'UFR Sciences des Arts, Industries culturelles et Communication (SAICC), l’événement porte le thème : « Repenser la critique d’art : regards sur la création contemporaine en Afrique ». Pendant trois jours, le campus devient un véritable laboratoire d’idées, où chercheurs et artistes dialoguent, échangent et questionnent.

Des étudiantes de l'Université de Bondoukou lors du colloque international
Des étudiantes de l'Université de Bondoukou lors du colloque international



Quand l’université devient scène d’idées

La cérémonie d’ouverture bat son plein. Le professeur Djakalia Ouattara, président de l’Université, s’avance à la tribune. Avec un sourire calme, il souhaite la bienvenue aux participants venus de différents pays et rappelle l’importance de cette rencontre. Dans la salle, les regards se tournent vers le professeur Roger Somé, invité d’honneur venu de l’Université de Strasbourg. Sa présence symbolise l’ouverture internationale de l’événement. Le secrétaire général de la préfecture, représentant les autorités locales, salue cette initiative qui place Bondoukou sur la carte des grandes rencontres culturelles d’Afrique.

La performance de Dr Amani Désiré, enseignant-chercheur et Artiste-performeur (Ph: Salif D. CHEICKNA)
La performance de Dr Amani Désiré, enseignant-chercheur et Artiste-performeur (Ph: Salif D. CHEICKNA)



Réinventer la critique d’art

Lorsque le Professeur Roger Somé prend la parole pour la leçon inaugurale, le silence se fait dans l’amphithéâtre. « L’Afrique doit analyser sa propre création, depuis ses propres cadres de pensée », affirme-t-il. La critique d’art africaine, longtemps observée de l’extérieur, peut enfin s’écrire depuis le continent. Dans les couloirs, les discussions fusent : certains parlent de cadres théoriques, d’autres échangent sur les expériences locales.

Plongée dans l’univers d’Aboudia

Plus tard, le professeur Addack-Kouassi propose un voyage dans l’univers d’Aboudia, peintre ivoirien à la renommée internationale. Les toiles défilent à l’écran : silhouettes d’enfants, signes graphiques, explosion de couleurs. Les étudiants prennent des notes tandis que des artistes échangent des regards admiratifs : chaque image semble raconter une histoire au-delà des frontières africaines.

Art, corps et société

Dr Sasso Sidonie Calice Yapi attire l’attention sur le Brazilian Butt Lift dans l’art contemporain africain. Les transformations corporelles, explique-t-elle, reflètent des imaginaires sociaux et modèlent les normes esthétiques. Les échanges sont passionnés : discussions sur le corps, la beauté, les pressions sociales et même la santé. L’art devient ici miroir et moteur des mutations sociales.

Le numérique, nouvelle tribune de critique

Les plateformes digitales transforment la critique. Blogs, revues en ligne, réseaux sociaux : de nouveaux espaces d’analyse émergent. Pour Dr Zakarihou Alhousseini, il est crucial de penser la critique africaine à travers le prisme de la décolonisation culturelle, en dialogue avec le patrimoine. Expériences au Mali, au Niger, au Bénin et au Sénégal montrent que l’art et la critique peuvent évoluer ensemble, à l’ère numérique.

Former la génération de demain

Les échanges se tournent vers la formation. Dr Koffi et Dr Kouao Valéry insistent sur la nécessité de préparer une nouvelle génération de critiques capables de suivre l’évolution rapide de l’art contemporain. Dr Ouattara Adama rappelle un point essentiel : sans archives, la mémoire artistique disparaît. Les œuvres et les débats doivent être conservés pour l’avenir.

Le performeur Dr Désiré Amani
Le performeur Dr Désiré Amani



Quand l’art se fait vivant

Mais le colloque ne se limite pas aux discours. Dans les couloirs, tableaux, installations et sculptures dialoguent avec les débats. La performance de Dr Amani Désiré captive : gestes et symboles invitent le public à explorer la frontière entre visible et invisible. Les spectateurs deviennent eux-mêmes partie de l’œuvre, transportés par le mouvement et le sens des gestes.

Une dynamique pour l’avenir

Le 12 février, le colloque se termine par le vernissage d’une exposition d’art contemporain africain. Entre discussions et rires, participants et artistes échangent sur les idées qui ont marqué ces trois jours. Des recommandations émergent : créer un centre d’archivage pour la critique d’art, développer des approches transdisciplinaires et intégrer la critique dans les programmes universitaires. Quand le président de séance ferme officiellement le colloque, une certitude se dessine : à Bondoukou, l’Afrique commence à écrire sa propre histoire de l’art.

Reportage de Salif D. Cheickna, envoyé spécial



Le 14/03/26 à 16:26
modifié 17/03/26 à 07:03