Cyber escroquerie : comment le profil “LOKATA” piège les internautes avec une vidéo truquée »
Tout part d’un post Facebook effectué par une page nommée « LOKATA » courant janvier 2026. Elle prétend porter une offre « testée par des milliers de personnes à travers le pays ». Selon le texte accompagnant la vidéo, il s’agirait d’une méthode « facile à appliquer au quotidien », sans « astuces compliquées ni promesses vides », avec le témoignage présenté comme celui de Jean Kacou Diagou, PDG de NSIA Bank, qui y « partagerait son expérience ».
Dans la vidéo, l’auteur a utilisé l’image d’un présentateur de journal bien connu en Côte d’Ivoire et celle de Jean Kacou Diagou, dont l’identité a été usurpée pour donner une apparence de sérieux à l’opération. Cette vidéo est manifestement générée ou retouchée à l’aide de l’IA, dans la lignée des deepfakes et faux contenus utilisés de plus en plus souvent pour appuyer des escroqueries numériques ou des manipulations en ligne.
Dans la vidéo, l’auteur promet une opportunité d’investissement à partir de 140 000 francs CFA, avec un système qui rémunérerait « 200 000 francs par jour » et jusqu’à « 4 200 000 francs par mois », soit 3000% de bénéfice, et ce, grâce à une intelligence artificielle et une application à télécharger sur smartphone.
Un profil Facebook récent et opaque
La page LOKATA n’a aucune photo de profil et n’a que 6 followers à la date du 16 février 2026. Lorsqu’on se rend dans le menu « Transparence de la page » fourni par Facebook, on constate que ce profil a été créé le 23 septembre 2025, sans aucune autre description, à part la mention « agence de marketing ». Ce peu d’informations, combiné à l’absence d’historique, d’amis, de publications variées ou de liens avec une structure connue, est un caractère suspect du compte.
Dans la bibliothèque publicitaire de Meta, on voit que la page diffuse bien des publicités, même si aucune n’est active au moment où cet article est écrit. Ce mode opératoire correspond à la manière dont de nombreux escrocs en ligne opèrent pour lancer des campagnes d’arnaques aux placements avant de disparaître.
Un phénomène qui se répète en Côte d’Ivoire
Cette affaire n’est pas isolée. En Côte d’Ivoire, la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) a déjà démantelé des réseaux d’arnaques liés à de fausses plateformes d’investissement, comme la plateforme « Sunpower », présentée comme un projet de commercialisation de panneaux solaires, qui promettait des rendements rapides avant de bloquer les comptes des victimes une fois les dépôts effectués via Mobile Money.
Plus largement, dans la zone UEMOA, selon Digital frontiers institute des scandales liés aux placements en ligne illégaux ont éclaté en Côte d’Ivoire, au Togo et au Bénin, avec des dizaines de milliers de victimes et des pertes financières importantes, au point que certains gouvernements ont ordonné la cessation immédiate des activités de plateformes frauduleuses. Les statistiques d’organismes de cybersécurité montrent que les escroqueries en ligne – incluant usurpation d’identité, faux sites d’investissement et fraudes appuyées par l’IA – constituent une part importante des incidents recensés sur le continent africain. Fin août 2025, Interpol a annoncé l'arrestation de plus de 1 200 cybercriminels présumés et la saisie de 97,4 millions de dollars lors de l'opération Serengeti 2.0, menée avec dix-huit pays africains. Cette offensive a révélé l'étendue des réseaux criminels spécialisés dans les fraudes en ligne, les rançongiciels et les arnaques aux cryptomonnaies.
IA et usurpation d’identité, une nouvelle arme pour les escrocs
L’arnaque portée par le profil « LOKATA » illustre une tendance plus globale qui est l’utilisation d’images générées ou manipulées par intelligence artificielle pour attribuer de faux propos à des personnalités publique. D’après les données du rapport sur les tendances des fraudes digitales en Afrique, les analyses récentes sur le continent montrent une hausse notable des deepfakes vidéo ou vocaux, qui servent à soutirer des fonds via Mobile Money ou à faire croire à des partenariats et offres inexistants.
Dans ce cas précis, l’identification visuelle d’un présentateur télé connu et d’un grand patron de banque est utilisée comme levier de confiance pour pousser les internautes à investir sans vérifier l’authenticité de la source, ni l’existence réelle d’un produit financier approuvé par les autorités. Or, les véritables produits d’investissement en Côte d’Ivoire passent par des circuits régulés, des intermédiaires agréés et une documentation claire, et ne sont pas lancés à travers des comptes anonymes fraîchement créés.
Comment se protéger
Face à ce type d’arnaques, plusieurs réflexes simples peuvent aider à éviter de perdre de l’argent :
• Vérifier l’identité de la page ou du profil : date de création, historique de publications, existence d’un site officiel, cohérence entre l’identité revendiquée et les informations visibles. Un compte récent, sans amis ni contenu, qui prétend gérer une grande opération d’investissement, doit être considéré comme suspect.
• Se méfier des promesses de gains garantis et très élevés : des rendements « sans risque » de plusieurs centaines de milliers de francs par jour ou plusieurs millions par mois sont caractéristiques des schémas frauduleux.
• Vérifier les agréments : toute structure qui propose un placement doit pouvoir être retrouvée sur les sites officiels (AMF-UEMOA, régulateurs nationaux, BRVM, banques et institutions financières reconnues). Si l’offre ne figure nulle part dans ces registres, la prudence s’impose.
• Ne jamais se fier uniquement à une vidéo ou à une image : même si une personnalité connue apparaît, il peut s’agir d’une usurpation d’identité ou d’un contenu manipulé par IA. Il est important de vérifier si la personne ou l’entreprise mentionnée a publié un communiqué ou un avertissement sur ses canaux officiels.
• En cas de doute, demander conseil à des sources fiables : institutions financières, régulateurs, plateformes de lutte contre la cybercriminalité comme la PLCC en Côte d’Ivoire, ou encore médias et structures de fact-checking qui publient des alertes sur ces mécanismes.
• Refuser de céder à la pression de « saisir l’opportunité immédiatement », et signaler les contenus suspects peut éviter à d’autres de tomber dans le piège.
En conclusion, l’offre relayée par « LOKATA » est une escroquerie, qui n’a aucun lien avec NSIA Bank ni avec Jean Kacou Diagou. Elle fait partie d’une longue série d’arnaques aux placements d’argent observée en Côte d’Ivoire et en Afrique.