Rupture collective de jeûne et de carême : Cohésion parfaite des fidèles à Treichville

Rupture collective de jeûne et de carême : Cohésion parfaite des fidèles à Treichville

Dans les cours familiales, les marmites fument depuis l’aube. Thé, soupe, riz à la vapeur, bouillie de mil, pain et bissap embaument l’air. En sueur mais le sourire aux lèvres, Mme Ouattara s’active dans sa cuisine. « J’ai mis le riz au feu, j’ai déjà préparé le thé. Je vais envoyer les enfants acheter le pain. À 18 heures, nous allons rompre le jeûne en famille », confie-t-elle.

Depuis 4 heures du matin, madame Ouattara fait la cuisine pour près de vingt familles. Mère de quatre enfants, elle assume seule cette lourde tâche.

À quelques encablures, chez la famille Ouattara, Djénébou Sandrine, fille aînée de monsieur Ouattara, vit une ambiance tout aussi intense. Depuis 5 heures du matin, les grains destinés à la bouillie sont déjà prêts.

Selon Djénébou, musulmanes et chrétiennes cuisinent ensemble pour préparer le repas destiné à 50, voire 60 personnes. Certaines tâches ont été accomplies par ses sœurs avant de partir au travail. Selon elle, C’est un plaisir pour eux de préparer le repas pour les deux religions.

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À l’approche de 18h30, la rue du quartier Cyrille-Polneau s’anime. Les voisins installent tréteaux et chaises. Chacun met la main à la pâte. Sous le regard de la présidente du quartier, Tioyé Marie Hortense, chrétienne et responsable des 85 cours du quartier, affirme que la rupture collective est devenue une habitude connue dans la commune.

« C’est un réel plaisir de voir les deux religions rompre le jeûne ensemble. Nous souhaitons que cette convivialité continue », affirme-t-elle.

Selon la présidente, la nourriture est financée grâce à la contribution d’un groupe de résidents dénommé « Le Grin », en collaboration avec le 4e adjoint au maire, Sébastien Konan Kolliabo.

À sa suite, son vice-président, Yokozo Jean-Claude Ahmed, musulman, qui l’aide dans la gestion du quartier, évoque une fraternité forgée par le temps. « Chaque année, nos frères chrétiens jeûnent avec nous. Ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui ils sont en carême aussi ; chaque année, c’est ainsi. Nous formons une famille de plus de 40 ans d’amitié. Nous sommes un groupe d’amis devenus des frères. Dans le bonheur comme dans le malheur, nous sommes ensemble », souligne-t-il.

Il a rappelé le soutien reçu lors du décès de sa fille, il y a onze mois, ainsi que les rassemblements lors des fêtes de Pâques. « Pendant la fête de Pâques, nous nous retrouvons chez notre ami Beugré Kouamé Guillaume que nous appelons affectueusement Sosso. Il nous reçoit. Même lors de son baptême et de sa première communion, nous sommes tous allés le soutenir. Tout le monde était présent. C’est cela la fraternité entre nous », explique-t-il.

À 18h30, une silhouette attendue fait son entrée. Dès son arrivée, il se met à la tâche. Circulant dans les allées pour servir le thé à chacun. Sourires et salutations accompagnent le passage du 4e adjoint au maire de Treichville.

Selon lui, cet acte de service s’inscrit dans les principes de cette période spirituelle. Pour lui, au-delà de la privation, l’essence du jeûne réside dans le partage et l’humilité.

« Si vous avez un peu, il faut pouvoir donner aux autres. Depuis plusieurs années, m’inscrivant dans les pas du ministre François Albert Amichia, qui a fait du développement humain et social son cheval de bataille, je me suis donné pour mission de participer au jeûne musulman et catholique. Mon acte d’humilité et de pénitence durant cette période, c’est de servir les autres, me mettre à leur disposition, ce que nous n’avons pas l’occasion de faire tous les jours au quotidien », affirme-t-il.

Il rappelle que Treichville est historiquement une commune cosmopolite où les communautés religieuses cohabitent en parfaite intelligence. « Toutes les personnes que vous voyez ici, pour la plupart, nous nous connaissons depuis plus de 30 ans. Tu peux entrer dans une cour pendant le Ramadan, tu manges. Tu peux entrer dans une autre pendant la Pâques, tu manges aussi », confie-t-il.

Les femmes apportent les plats les uns après les autres. Les jus et les pains circulent, les dattes passent de main en main. Le repas est partagé dans les rires, la convivialité et la bonne humeur.

Ouattara Aboubacar Sidiki, président du Grin, mange discrètement. Connu pour son esprit rassembleur et conseiller, c’est lui qui organise le groupe lors des cérémonies et assure le soutien aux membres en cas d’événement.

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« Toutes nos cérémonies, c’est ici que nous nous rencontrons. Il n’y a pas de différence entre chrétien et musulman. Nous vivons en parfaite harmonie. Lors des cérémonies, j’encourage chacun à cotiser pour aider l’autre. Un jour, j’ai proposé que nous structurions notre groupe afin de soutenir les membres en cas d’événement. C’est ainsi qu’est né notre grin. »

Selon lui, les désaccords existent, comme dans toute famille, reconnaît-il, mais ils se règlent dans le calme. « On discute, on apaise et on continue ensemble. On ne peut pas détruire ce que nos parents et nos aïeux ont construit avant nous. », explique le président du Grin.

Parmi les convives, Michel Koutoukan, chrétien catholique, partage la même conviction. « Nous sommes heureux de rompre le carême avec nos frères musulmans parce que nous prions le même Dieu. Depuis trois ans, nous rompons le carême ensemble. Cette année, nous avons même commencé nos périodes de jeûne au même moment. Aujourd’hui, vous le voyez, nous rompons le jeûne avec notre maire. »

Selon lui, installé dans le quartier depuis deux ans, il raconte avoir été intégré grâce à son ami Beugré Kouamé Guillaume alias Sosso. « J’ai aimé l’esprit de convivialité et de partage. Je me suis rapidement senti chez moi. »

La rupture s’achève dans la prière. L’imam Ramane élève la voix pour les bénédictions, ensuite il est rejoint par le chrétien, Yapi Noël. Deux voix, deux confessions, une même invocation.

MARINA ZEGBEHI (stagiaire)