Musée du quai Branly Jacques Chirac/Restitution du tambour sacré atchan: Françoise Remarck obtient l’acte de transfert du Djidji Ayôkwé
Ce 20 février a ainsi été consacré à la signature de l’acte de transfert de propriété de ce symbole culturel majeur. En présence d’autorités ivoiriennes et françaises, la restitution de ce majestueux « transmetteur de nouvelles », près de trois mètres de long pour 430 kilogrammes, a été actée par la ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, et son homologue française, Rachida Dati.
Pour la ministre ivoirienne, ce retour ne saurait être un simple geste symbolique. Après les larmes et l’incompréhension, le choix a été fait de transformer cette restitution en levier de changement structurel, un moteur de co-construction et une opportunité de renforcer le dialogue avec les communautés concernées, systématiquement consultées avant toute décision relative au Djidji Ayôkwé.
« L’histoire de ce tambour s’est aussi traduite par le partage de savoirs, la formation et le renforcement de compétences », a-t-elle rappelé, soulignant l’appui du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.
Elle s’est notamment réjouie des avancées technologiques réalisées dans ce cadre : « Nos conservateurs ont été formés à la numérisation 3D et 4D et sont aujourd’hui parmi les meilleurs du continent. Le Laboratoire du numérique mis en place maîtrise désormais les standards internationaux de documentation scientifique et de conservation préventive ». Un acquis stratégique pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine national.
Cette dynamique ouvre également de nouvelles perspectives de diffusion culturelle. Car la Côte d’Ivoire deviendra le premier pays africain à mettre à disposition le dispositif Micro-Folie de la Villette des œuvres issues de ses collections numérisées.
Concrètement, la mémoire et l’histoire ivoiriennes pourront être accessibles aux jeunes dans les quartiers, les régions et les écoles. « Nos jeunes ne veulent pas d’une histoire approximative. Ils veulent la vraie, la leur, celle qu’ils sont prêts à porter, à défendre et à transmettre, une histoire qui allie tradition et modernité », a insisté la ministre.
Françoise Remarck a, par ailleurs, salué la pugnacité et la détermination de son homologue française, qui ont permis d’aboutir à la signature de cet acte de transfert. « Vous avez compris que cette restitution devait dépasser le symbole.
L’histoire retiendra que vous avez œuvré pour que les lignes bougent », a-t-elle déclaré. Elle a aussi exprimé sa gratitude à ses prédécesseurs, en particulier à Maurice Bandaman, actuel ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, dont la ténacité a posé les premières pierres du processus, ainsi qu’aux conservateurs, experts et enseignants-chercheurs des deux pays.
« Notre musée est prêt à accueillir le tambour-parleur, prêt techniquement, scientifiquement et symboliquement », a-t-elle assuré, avant d’ajouter que ce retour n’est pas une revanche sur l’histoire, mais une victoire du dialogue sur le silence. Lorsque le Djidji Ayôkwé retrouvera les rives de la lagune Ébrié, ce sera « une voix retrouvée, une dignité réaffirmée, une mémoire maîtrisée ».
De 1916 à 2026, ce sont 110 ans d’absence qui prennent fin. Une page mémorielle se referme, une autre s’ouvre pour la Côte d’Ivoire. Et la ministre de conclure, émue : « Notre musée est prêt, la communauté est prête, la Côte d’Ivoire entière est prête à l’accueillir. Vous êtes tous attendus à Abidjan pour son retour et la célébration nationale. « Akwaba Djidji Ayôkwé ! », a conclu la ministre très émue.
Envoyée spéciale à Paris, France