Colloque international/Université de Bondoukou: Dr Ikram Ben Brahim prône un « ça-voir » en critique d’art africain
Une création plurielle qui interpelle la critique
Dans sa communication intitulée « L’acte critique et la création contemporaine en Afrique : un ça-voir au-delà du savoir », l’universitaire tunisienne a souligné que la création contemporaine africaine, riche de sa diversité culturelle et identitaire, pose de véritables défis en matière de théorisation et de conceptualisation.
Installations immersives, pratiques interactives, œuvres digitales : ces formes interdisciplinaires invitent à repenser les outils traditionnels de la critique d’art. Selon elle, il ne s’agit pas seulement de constater une insuffisance de la critique en Afrique, mais de revisiter la manière dont elle est pensée et exercée.
Le savoir suffit-il à juger ?
Pour Dr Ikram Ben Brahim, la formation académique du critique — histoire de l’art, esthétique, philosophie, sémiologie — demeure essentielle. Toutefois, elle pose une question centrale : ces connaissances suffisent-elles pour porter un jugement éclairé sur la création contemporaine africaine ?
La réflexion critique, affirme-t-elle, exige une maturité qui se construit dans l’expérience esthétique et dans un engagement prolongé avec les œuvres. Le rapport à la création contemporaine ne peut être purement théorique ; il doit être vécu.
Apprendre à voir pour mieux comprendre
Au cœur de son propos se trouve l’acte de voir. « Comment voir et faire voir la création contemporaine en Afrique ? » interroge-t-elle.
L’acte critique, explique-t-elle, est indissociable de l’acte de voir. Il ne s’agit pas d’une simple observation, mais d’une expérience sensible et intellectuelle. Le critique entre en dialogue avec l’œuvre, mobilise son bagage culturel, ses émotions et sa capacité d’analyse.
Elle introduit ainsi la notion de « ça-voir », un regard qui dépasse le savoir académique. Ce « voir » singulier transforme chaque rencontre artistique en expérience personnelle et révélatrice. L’œuvre devient alors une « production de l’esprit » qui ouvre à l’imagination et à la découverte de multiples couches de sens.
Une critique entre émotion et conceptualisation
Dr Ikram Ben Brahim insiste également sur la dimension patrimoniale du regard critique. Contempler et analyser la création contemporaine africaine, c’est contribuer à valoriser la richesse des cultures et des traditions qui la nourrissent.
Le critique, selon elle, voit, ressent, remarque et pense. Il conjugue émotion et conceptualisation, contemplation et réflexion. C’est dans cette articulation que peut émerger une critique d’art capable d’accompagner véritablement la dynamique de la création contemporaine en Afrique.
Un parcours au service de la réflexion artistique
Artiste visuelle d’origine tunisienne et Maître-assistante à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse, Ikram Ben Brahim est également engagée dans plusieurs réseaux artistiques entre l’Afrique et l’Europe. Son parcours, marqué par de nombreuses expositions et distinctions internationales, nourrit une réflexion constante sur les enjeux philosophiques et critiques de l’art contemporain africain.
À Bondoukou, son intervention aura contribué à enrichir les débats en proposant une vision exigeante et sensible de la critique d’art : une pratique qui commence par l’apprentissage du regard, pour mieux penser la création contemporaine africaine dans toute sa complexité.