coc_ody
L'éditorial d'Adama Koné : Cocody, l’autre visage
La commune de Cocody fait partie des circonscriptions qui ont de la marge en matière d'espace. La commune s'étend. Elle se développe vers Bingerville. Tout comme du côté d'Abobo et de la route d'Alépé. Tout le monde veut habiter Cocody, la commune moderne et chic. Y vivre est synonyme de réussite, en tout cas, dans l'esprit de la population.
Seulement, voilà. Le 11 octobre 2025, début de la campagne présidentielle, c'est cette commune qui a enregistré des troubles à Abidjan.
Lorsque la campagne présidentielle est lancée, une partie de l’opposition ivoirienne, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-Rda) et le Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (Ppa-CI), réunis en Front commun, annoncent une marche illégale.
La bouillante commune de Yopougon est calme. Elle semble s’être assagie. Certainement, tirant leçon de la fermeté des autorités, après les troubles créés par l’incendie d’un bus, début août. La nouvelle, qui surprend, vient de la commune « choco » de Cocody. Celle qui abrite la plupart des quartiers chics d’Abidjan. Les résidences des autorités y sont. Des ambassades, des restaurants et des palaces font sa fierté. En effet, c’est à Cocody que des troubles sont enregistrés à Abidjan. Précisément à Anono et Angré château.
Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé, se rend sur les lieux. 237 manifestants sont mis aux arrêts. Fait 1. Fait 2, nous sommes début novembre 2004. Lorsque l’armée française détruit l’aviation ivoirienne suite au bombardement du lycée Descartes de Bouaké où siégeait un détachement français, tuant neuf soldats français et un civil américain, Abidjan s’embrase. Particulièrement Cocody.
Un déferlement de personnes envahit l’Hôtel Ivoire. De l’autre côté de la lagune, à Abidjan Sud, c’est un autre monde. À Treichville, Marcory, Koumassi et Port-Bouët, l’atmosphère est plutôt détendue. Les maquis sont ouverts. Les populations de ces communes vivent presque tranquillement. Seule la traversée du pont De Gaulle, avec les barrages, rappelle la tension du moment.
Ces deux faits interpellent. La chic commune de Cocody serait-elle devenue une commune mouvementée ? Une commune qui symbolise une réussite sociale. Habiter Cocody est une fierté. Elle a repoussé ses limites géographiques. Elle a annexé bien d’espace. La Riviera s’est développée jusqu’à l’entrée de Bingerville et d’Abatta.
Les limites actuelles des Deux-Plateaux sont à chercher entre Plateau Dokui et Aboboté, dans la commune d’Abobo et la route d’Alépé. Comme quoi, les pieds à Bingerville et à Abobo, mais la tête à Cocody. Tout jeune cadre, qui prend de l’assurance, cherche un logement à Cocody. Même au détriment des conditions d’habitation.
L’essentiel, c’est d’avoir à mentionner sur tout document que sa résidence se trouve à Cocody. Au point où sortir de cette commune est aujourd’hui un parcours du combattant. Tellement les rues sont bouchonnées. Heureusement que de nombreux chantiers y sont en cours.
Qu’est-ce qui explique ce nouveau visage de Cocody ? Il faut remonter dans le temps. Quand le Front populaire ivoirien (Fpi) arrive au pouvoir en 2000, de nombreux cadres du parti habitent Yopougon. Les cadres refondateurs, c’est leur nom, se recrutent pour la plupart dans l’enseignement secondaire et supérieur. Beaucoup de ministres ont leur résidence, à l’époque, au quartier millionnaire de Yopougon, une zone résidentielle.
Pour respecter leur nouveau statut, il s’en suit un exode urbain. Chacun aménage à Cocody. Et cela donne des idées aux jeunes cadres de la commune de Yopougon et d’autres quartiers. Et depuis, le mouvement a continué. Mais, n’oublions pas, sociologiquement, les hommes se déplacent avec leurs habitudes. Aujourd’hui, une grande partie d’Angré vit au rythme de Yopougon.
La bande allant du terminus des bus 81 et 82 jusqu’aux Deux-Plateaux, du côté du château de Versailles, est pratiquement une réplique des zones chaudes de Yopougon. Les espaces de zouglou, de rumba, les maquis et bars climatisés donnent aux habitants presque les mêmes sensations de la Rue princesse.
Petit à petit, les nouveaux quartiers de la commune de Cocody se sont transformés en poches de contestation. Autre explication, les marches qui convergeaient pour la plupart vers le Plateau, ont un nouvel itinéraire. Cette année, en dehors de Yopougon, toutes les manifestations étaient programmées pour se tenir à Cocody. La commune qui regardait auparavant ces activités de loin, en est devenue le centre névralgique.
Certains habitants vivent du coup, ces marches en direct. Avec la conséquence de les contaminer au « goût » des manifestations de protestation. Chose qui rappelle cet album prémonitoire, Cocody rock, de la star internationale du reggae, Alpha Blondy. Dans la chanson qui donne son nom à l’album, il parle aussi de « Cocody rasta ».
Une image bien loin du Cocody traditionnel. Feu Souleymane Koly avait également produit, en son temps, une pièce de théâtre intitulé Cocody django. Pas besoin d’en dire plus sur la trame. Le titre est assez éloquent. Tout compte fait, une hirondelle ne fait pas le printemps, même si elle peut l’annoncer.
La commune garde encore son charme, avec des résidences aux architectures futuristes et sa renommée qui en fait toujours, une destination symbolique, d’une ascension sociale.
Lorsque la campagne présidentielle est lancée, une partie de l’opposition ivoirienne, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-Rda) et le Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (Ppa-CI), réunis en Front commun, annoncent une marche illégale.
La bouillante commune de Yopougon est calme. Elle semble s’être assagie. Certainement, tirant leçon de la fermeté des autorités, après les troubles créés par l’incendie d’un bus, début août. La nouvelle, qui surprend, vient de la commune « choco » de Cocody. Celle qui abrite la plupart des quartiers chics d’Abidjan. Les résidences des autorités y sont. Des ambassades, des restaurants et des palaces font sa fierté. En effet, c’est à Cocody que des troubles sont enregistrés à Abidjan. Précisément à Anono et Angré château.
Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé, se rend sur les lieux. 237 manifestants sont mis aux arrêts. Fait 1. Fait 2, nous sommes début novembre 2004. Lorsque l’armée française détruit l’aviation ivoirienne suite au bombardement du lycée Descartes de Bouaké où siégeait un détachement français, tuant neuf soldats français et un civil américain, Abidjan s’embrase. Particulièrement Cocody.
Un déferlement de personnes envahit l’Hôtel Ivoire. De l’autre côté de la lagune, à Abidjan Sud, c’est un autre monde. À Treichville, Marcory, Koumassi et Port-Bouët, l’atmosphère est plutôt détendue. Les maquis sont ouverts. Les populations de ces communes vivent presque tranquillement. Seule la traversée du pont De Gaulle, avec les barrages, rappelle la tension du moment.
Ces deux faits interpellent. La chic commune de Cocody serait-elle devenue une commune mouvementée ? Une commune qui symbolise une réussite sociale. Habiter Cocody est une fierté. Elle a repoussé ses limites géographiques. Elle a annexé bien d’espace. La Riviera s’est développée jusqu’à l’entrée de Bingerville et d’Abatta.
Les limites actuelles des Deux-Plateaux sont à chercher entre Plateau Dokui et Aboboté, dans la commune d’Abobo et la route d’Alépé. Comme quoi, les pieds à Bingerville et à Abobo, mais la tête à Cocody. Tout jeune cadre, qui prend de l’assurance, cherche un logement à Cocody. Même au détriment des conditions d’habitation.
L’essentiel, c’est d’avoir à mentionner sur tout document que sa résidence se trouve à Cocody. Au point où sortir de cette commune est aujourd’hui un parcours du combattant. Tellement les rues sont bouchonnées. Heureusement que de nombreux chantiers y sont en cours.
Qu’est-ce qui explique ce nouveau visage de Cocody ? Il faut remonter dans le temps. Quand le Front populaire ivoirien (Fpi) arrive au pouvoir en 2000, de nombreux cadres du parti habitent Yopougon. Les cadres refondateurs, c’est leur nom, se recrutent pour la plupart dans l’enseignement secondaire et supérieur. Beaucoup de ministres ont leur résidence, à l’époque, au quartier millionnaire de Yopougon, une zone résidentielle.
Pour respecter leur nouveau statut, il s’en suit un exode urbain. Chacun aménage à Cocody. Et cela donne des idées aux jeunes cadres de la commune de Yopougon et d’autres quartiers. Et depuis, le mouvement a continué. Mais, n’oublions pas, sociologiquement, les hommes se déplacent avec leurs habitudes. Aujourd’hui, une grande partie d’Angré vit au rythme de Yopougon.
La bande allant du terminus des bus 81 et 82 jusqu’aux Deux-Plateaux, du côté du château de Versailles, est pratiquement une réplique des zones chaudes de Yopougon. Les espaces de zouglou, de rumba, les maquis et bars climatisés donnent aux habitants presque les mêmes sensations de la Rue princesse.
Petit à petit, les nouveaux quartiers de la commune de Cocody se sont transformés en poches de contestation. Autre explication, les marches qui convergeaient pour la plupart vers le Plateau, ont un nouvel itinéraire. Cette année, en dehors de Yopougon, toutes les manifestations étaient programmées pour se tenir à Cocody. La commune qui regardait auparavant ces activités de loin, en est devenue le centre névralgique.
Certains habitants vivent du coup, ces marches en direct. Avec la conséquence de les contaminer au « goût » des manifestations de protestation. Chose qui rappelle cet album prémonitoire, Cocody rock, de la star internationale du reggae, Alpha Blondy. Dans la chanson qui donne son nom à l’album, il parle aussi de « Cocody rasta ».
Une image bien loin du Cocody traditionnel. Feu Souleymane Koly avait également produit, en son temps, une pièce de théâtre intitulé Cocody django. Pas besoin d’en dire plus sur la trame. Le titre est assez éloquent. Tout compte fait, une hirondelle ne fait pas le printemps, même si elle peut l’annoncer.
La commune garde encore son charme, avec des résidences aux architectures futuristes et sa renommée qui en fait toujours, une destination symbolique, d’une ascension sociale.