Bouchons à Adjamé Saint Michel : Quand les conteneurs dictent la circulation

Bouchons à Adjamé Saint Michel : Quand les conteneurs dictent la circulation

À Adjamé, une simple rue s'est transformée en casse-tête quotidien pour les automobilistes. Chaque jour, camions, tricycles et piétons s'y disputent un espace déjà saturé. Et au milieu du chaos, ce sont parfois de simples riverains qui tentent de réguler une circulation devenue incontrôlable.
Au milieu d’un attroupement de véhicules ayant du mal à circuler, se tient un homme. Vêtu d’un jeans de couleur bleue, d’un t-shirt beige, il n’a ni sifflet ni panneau. Entre klaxons de véhicules et usagers impatients de se frayer un chemin, il essaie tant bien que mal, par des signes de la main, de guider les automobilistes.

Au volant d’un gros camion transportant du gaz butane, dans la file d’attente depuis plus de 15 minutes, Yacouba Koné préfère éteindre le moteur de son véhicule en attendant son tour de passage. « J’ai l’habitude de passer ici, quand je viens faire les livraisons à Adjamé. C’est difficile de circuler sur cette route. Il y a toujours ici des bouchons et un désordre inexplicable. Je pense que ce désordre et ces embouteillages permanents sont créés par cette activité de déchargement de conteneurs », lance-t-il, l’air agacé.

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Nous sommes dans la commune d’Adjamé, précisément à la rue qui mène à la paroisse Saint Michel, plus précisément après l’édifice religieux, en provenance de la commune du Plateau. Ici, l’activité est dense en ce début d’après-midi du jeudi 27 novembre 2025. On y trouve des entrepôts de marchandises appartenant à des entreprises de bateau-cargo.

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Les entrepôts pointés du doigt

Les véhicules peinent à circuler aisément, c’est un casse-tête chinois pour les habitués de cette rue. Des jeunes sont à la tâche. Ils sont préoccupés à charger et à décharger les camions de conteneurs, de gros bacs de marchandises, parfois à deux ou trois.

Les tricycles, eux, défilent à foison. Sur la même rue, sont stationnés par endroits des camions, des fourgonnettes et plusieurs tricycles en attente aussi d’être chargés. Sans compter les nombreuses balles de pagne de plusieurs couleurs déversées, rendant difficile la marche des piétons obligés, eux aussi, de se faufiler entre les véhicules.

Selon Fatai Hamed, gérant du point de loterie sur cette rue depuis maintenant 1 an, l’embouteillage s’explique par deux raisons : la présence d’entrepôts de conteneurs de marchandises variées et le fait que la voie soit très souvent utilisée par les automobilistes.

« Ce n’est pas tous les jours qu’il y a l’embouteillage. Mais quand ça arrive, c’est très souvent au niveau des entrepôts à cause des conteneurs qui viennent. Quand ils viennent et qu’il n’y a pas de place, les camions garent sur la voie. Actuellement, il n’y a pas de conteneurs mais vous voyez qu’il y a l’embouteillage, ce qui veut dire que cette voie est beaucoup utilisée par les taxis, les chauffeurs de personnel, les gbaka qui passent pour fuir les bouchons ou prendre des raccourcis. Je suis né dans ce quartier et j’ y ai grandi. Normalement, cette voie n’était pas très fréquentée par les véhicules avant. Ce qui fait que moi-même, j’aide à réguler la circulation quand l’embouteillage s’aggrave », déclare Fatai Hamed.

Quant à Bakary Koné, vendeur de café, il soutient que les seuls jours où la voie est désengorgée, c’est lorsqu’il n’y a pas d’arrivage de conteneurs.

La réaction des propriétaires d’entrepôts

« Nous sommes transitaires : nous recevons des marchandises, des conteneurs et nous gérons leur arrivée et leur sortie. C’est du transport maritime, du bateau-cargo. Les clients achètent leurs produits à l’étranger et nous nous chargeons de les faire venir. C’est de façon légale que nous sommes installés sur cette rue », explique Amadou Sylla, responsable de chargement de l’un des entrepôts.

Il explique que les embouteillages sur cette rue sont quasi permanents. Quand ils s’estompent, quelques minutes après, le calvaire reprend de plus belle. Sensible à la galère des automobilistes, le responsable de chargement fait savoir qu’il passe la majeure partie de son temps à faciliter la circulation aux usagers.

S’agissant des accusations portées contre eux relatives à leurs activités sur la rue, le jeune homme se veut clair : « Notre travail se fait surtout la nuit, et les conteneurs sont déplacés tôt le matin ou le soir. Ceux qui manipulent les gros camions ne sont même pas présents dans cette zone à ces heures. Notre espace de stockage principal est à Adjamé Village, là où il y a eu le déguerpissement. C’est là-bas qu’on stocke les conteneurs venant du port, parce qu’ici il n’y a pas de place. Dès qu’un conteneur est déchargé, un autre arrive puis il repart. Donc, la zone ici n’a rien à voir avec les gros camions qui créeraient un blocage », se justifie-t-il.

Avant d’ajouter : « Le vrai problème, c’est le comportement des conducteurs. Certains ne pensent pas aux autres. Il suffit qu’un conducteur hésite quelques secondes, qu’un autre force le passage, et tout se bloque. Chacun veut passer, personne ne veut laisser le passage à l’autre, on met son véhicule un peu trop en avant, et la circulation se retrouve bloquée. Pourtant, en quelques secondes, ça pourrait se débloquer si chacun faisait un petit effort. Ce qu’il faut, ce sont des campagnes de sensibilisation pour que les mentalités changent », propose-t-il.

De son côté, Ibrahim Cissé, responsable, lui aussi, d’un entrepôt, confie que la plupart des camions garent sur l’espace libre d’Adjamé Village et que, selon la loi, ils ne sont pas autorisés à circuler la journée. Il rappelle que l’engorgement de la voie dans la journée est dû aux clients qui viennent récupérer les colis. Pour lui, la responsabilité des récurrents embouteillages est partagée. « C’est vrai que nous sommes responsables. Mais les chauffeurs qui passent ici ne sont pas saints non plus. Ils sont très souvent impatients et nous sommes obligés nous-mêmes d’aider à réguler la circulation », consent-il.

DANIELLE SERI (stagiaire)