Comédie musicale/"Sassouma Bereté, la femme de l’ombre": Quand la scène restitue la voix oubliée de l’empire mandingue

Une comédie musicale portée par une scénographie vive et une musique enveloppante. (Ph: Dr)
Une comédie musicale portée par une scénographie vive et une musique enveloppante. (Ph: Dr)
Une comédie musicale portée par une scénographie vive et une musique enveloppante. (Ph: Dr)

Comédie musicale/"Sassouma Bereté, la femme de l’ombre": Quand la scène restitue la voix oubliée de l’empire mandingue

Le 09/12/25 à 15:09
modifié 09/12/25 à 18:24
La salle Niangoran Porquet du Palais de la culture Bernard Dadié de Treichville s’est transformée, le 6 décembre, en un véritable creuset mémoriel pour accueillir la comédie musicale "Sassouma Bereté, la femme de l’ombre".

Portée par la compagnie Guê-Zo, dans le cadre de Tramiss’Art, avec le soutien du ministère de la Culture et de la Francophonie ainsi que du Centre national des arts et de la culture (Cnac), la pièce propose une immersion dans l’empire de Wagadou, loin des récits figés.

Dès les premières minutes, le public est happé par une scène rythmée, un chœur puissant, des tableaux chorégraphiés où musique, chant et narration s’entrelacent. Sous la direction de Damey Maho, le metteur en scène, les huit comédiens reconstruisent une fresque politique et sociale. Celle de Sassouma Bereté, première épouse du roi, longtemps présentée comme une figure hostile dans l’épopée de Soundiata.

Pour Damey Maho, cette relecture était nécessaire. « Nous avons rouvert les livres, mais aussi les silences... On s’est demandé ce que l’histoire avait laissé tomber entre ses propres lignes, ce qu’elle avait simplifié, écarté ou remodelé. Nous avons confronté les sources, relu les récits traditionnels, cherché les versions parallèles pour comprendre comment une femme a pu passer du rôle de mère à celui d’ennemie officielle. »

Et d'ajouter : « Il ne s’agit pas de réécrire l’histoire, mais de la regarder autrement, là où les voix se perdent et où les interprétations prennent le dessus. »

À la place de la version qui accuse les griots d’avoir pris parti, Damey Maho propose un débat nuancé : « Chaque génération raconte selon ses outils, ses repères et son époque. Les récits évoluent, ils se transforment, parfois sans mauvaise intention. Notre travail a été de revisiter ces transmissions pour faire entendre une autre tonalité, une autre humanité. »

La pièce, portée par une scénographie vive et une musique enveloppante, s’impose comme une comédie musicale où la mémoire, la poésie et la puissance du jeu créent un récit neuf, ample et profondément incarné.

Marraine de la compagnie Guê-Zo, Virginie N’Guessan, présidente de l’Association des femmes juristes de Côte d’Ivoire (Afj-CI), a salué « une œuvre qui redonne aux femmes la place qu’on leur refuse trop souvent ».

L’opératrice économique, Marie-France Ebirim, marraine du spectacle, a, quant à elle, insisté sur « le message de paix et de responsabilité que porte la femme dans tout foyer et dans toute société ».

La création inscrit désormais Sassouma au centre du récit, là où son histoire n’avait jamais cessé de réclamer sa place.

JAURÈS DROHGBA (stagiaire)


Le 09/12/25 à 15:09
modifié 09/12/25 à 18:24