Rudy Casbi
Tribune : Les « Blédjeuneuses Laverie » règnent au pays des Éléphants
La Côte d’Ivoire n’a jamais eu peur d’inventer des figures féminines d’exception. Les « Blédjeuneuses » ont déjà prouvé qu’une femme ivoirienne, lorsqu’elle décide de réussir, peut transformer n’importe quel commerce en véritable empire. Aujourd’hui, dans les quartiers populaires d’Abobo, Yopougon, Adjamé, Marcory ou Treichville, une nouvelle opportunité dorée tend les bras à la génération montante : la laverie automatique moderne, propre, rapide... et terriblement rentable.
Le calcul est d’une limpidité rare. Dix machines industrielles, un local bien situé, un forage ou un contrat classique CIE/SODECI, quelques panneaux solaires pour alléger la facture d’électricité. Investissement initial : entre 45 et 70 millions FCFA, selon la ville. Retour sur investissement : dix à quatorze mois, même avec la hausse du kilowattheure. Bénéfice net mensuel une fois l’activité lancée : entre quatre et sept millions FCFA. Aucun autre business légal, accessible sans gros capital ni relations, n’offre une telle vitesse de croisière en Côte d’Ivoire.
La demande, elle, est déjà là, massive. À Abidjan, Bouaké, San-Pedro ou Daloa, des centaines de milliers de femmes, commerçantes, fonctionnaires, mères d’élèves, infirmières, consacrent encore leurs week-ends à frotter des bassines. Beaucoup sont prêtes à payer 2 000 FCFA le cycle express ou 120 000 FCFA l’abonnement mensuel illimité si cela leur rend dix heures de temps libre par semaine et leur épargne des mains abîmées.
Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas le marché : c’est le déclic collectif. Celui qui transformerait les quelques laveries existantes (souvent gérées par des hommes, parfois mal organisées) en un mouvement national 100 % féminin, soutenu par la diaspora.
Imaginez un « Club 225 Laverie » : une plateforme simple via Wave, Orange Money ou Moov, où chaque Ivoirien de France, d’Italie, des États-Unis, du Canada ou du Gabon investirait entre 50 et 200 euros par mois. En douze à seize mois, une laverie complète serait financée et confiée à une femme en Côte d’Ivoire, sœur, fille, nièce ou candidate sélectionnée sur dossier. L’investissement serait remboursé par les flux de trésorerie, puis les bénéfices partagés ou réinvestis.
Avec seulement 2 000 contributeurs réguliers, on ouvrirait 150 laveries par an. Avec 5 000 contributeurs, 400 laveries. Abidjan pourrait compter 5 000 machines en dix ans, et chaque grande ville de l’intérieur verrait naître son propre réseau.
L’État, lui, n’aurait presque rien à faire, si ce n’est faciliter intelligemment : exonérer de droits de douane les machines de moins de 30 kg, instaurer un tarif professionnel « petit commerce » réellement appliqué par la CIE, garantir des microcrédits à taux zéro la première année, labelliser les laveries respectant hygiène, sécurité et emploi féminin. Le reste, les Ivoiriennes sauront le faire. Elles en ont déjà fait la démonstration mille fois.
Car la Côte d’Ivoire n’a jamais attendu qu’on lui dicte comment briller.
Elle a seulement besoin qu’on laisse ses femmes transformer la corvée la plus ancienne en richesse la plus moderne.
Et lorsque les premières « Blédjeuneuses Laverie » fermeront leurs rideaux le soir, fières d’avoir nourri leurs familles sans courber l’échine, le pays comprendra que la véritable émergence 2030 ne reposera pas uniquement sur le cacao ou le pétrole.
Elle viendra aussi du parfum de linge propre flottant sur Yopougon, du ronronnement des machines tournant à plein régime, et du sourire de celles qui, demain, rouleront en GLE grâce à des machines à laver.
Il est temps de lancer le mouvement. La Côte d’Ivoire n’a plus besoin d’attendre un miracle.
Elle a seulement besoin que ses femmes lavent, proprement, massivement et fièrement.
Et ce jour-là, le monde entier comprendra que le vrai « blé d’jeune » ne venait pas des maquis...
Il se trouvait dans les tambours des machines à laver.
Par Rudy Casbi, contributeur
La demande, elle, est déjà là, massive. À Abidjan, Bouaké, San-Pedro ou Daloa, des centaines de milliers de femmes, commerçantes, fonctionnaires, mères d’élèves, infirmières, consacrent encore leurs week-ends à frotter des bassines. Beaucoup sont prêtes à payer 2 000 FCFA le cycle express ou 120 000 FCFA l’abonnement mensuel illimité si cela leur rend dix heures de temps libre par semaine et leur épargne des mains abîmées.
Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas le marché : c’est le déclic collectif. Celui qui transformerait les quelques laveries existantes (souvent gérées par des hommes, parfois mal organisées) en un mouvement national 100 % féminin, soutenu par la diaspora.
Imaginez un « Club 225 Laverie » : une plateforme simple via Wave, Orange Money ou Moov, où chaque Ivoirien de France, d’Italie, des États-Unis, du Canada ou du Gabon investirait entre 50 et 200 euros par mois. En douze à seize mois, une laverie complète serait financée et confiée à une femme en Côte d’Ivoire, sœur, fille, nièce ou candidate sélectionnée sur dossier. L’investissement serait remboursé par les flux de trésorerie, puis les bénéfices partagés ou réinvestis.
Avec seulement 2 000 contributeurs réguliers, on ouvrirait 150 laveries par an. Avec 5 000 contributeurs, 400 laveries. Abidjan pourrait compter 5 000 machines en dix ans, et chaque grande ville de l’intérieur verrait naître son propre réseau.
L’État, lui, n’aurait presque rien à faire, si ce n’est faciliter intelligemment : exonérer de droits de douane les machines de moins de 30 kg, instaurer un tarif professionnel « petit commerce » réellement appliqué par la CIE, garantir des microcrédits à taux zéro la première année, labelliser les laveries respectant hygiène, sécurité et emploi féminin. Le reste, les Ivoiriennes sauront le faire. Elles en ont déjà fait la démonstration mille fois.
Car la Côte d’Ivoire n’a jamais attendu qu’on lui dicte comment briller.
Elle a seulement besoin qu’on laisse ses femmes transformer la corvée la plus ancienne en richesse la plus moderne.
Et lorsque les premières « Blédjeuneuses Laverie » fermeront leurs rideaux le soir, fières d’avoir nourri leurs familles sans courber l’échine, le pays comprendra que la véritable émergence 2030 ne reposera pas uniquement sur le cacao ou le pétrole.
Elle viendra aussi du parfum de linge propre flottant sur Yopougon, du ronronnement des machines tournant à plein régime, et du sourire de celles qui, demain, rouleront en GLE grâce à des machines à laver.
Il est temps de lancer le mouvement. La Côte d’Ivoire n’a plus besoin d’attendre un miracle.
Elle a seulement besoin que ses femmes lavent, proprement, massivement et fièrement.
Et ce jour-là, le monde entier comprendra que le vrai « blé d’jeune » ne venait pas des maquis...
Il se trouvait dans les tambours des machines à laver.
Par Rudy Casbi, contributeur