Slimane Benaïssa : « On ne fait pas penser une langue, c’est une langue qui nous fait penser »
En ouverture du colloque, le commissaire général du festival, Slimane Benaïssa, a livré une réflexion profonde sur la place des langues maternelles dans la création théâtrale africaine.
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Fidèle à la tradition du Fitb qui associe toujours réflexion et scène, Benaïssa a rappelé que le théâtre africain ne peut se construire qu’en s’appuyant sur les langues du peuple, ces langues « nées dans la rue, forgées par la vie ». Fort de soixante années de parcours artistique, il a témoigné de sa propre quête d’un théâtre algérien authentique, enraciné dans l’oralité.
« Très tôt, j’ai compris que ma langue maternelle s’imposait à moi », a-t-il confié, expliquant avoir choisi l’arabe dialectal comme langue d’expression scénique, parce qu’il reflète la diversité historique et culturelle de l’Algérie. Pour lui, la langue populaire n’est pas un obstacle à la modernité, mais un levier de créativité et d’émancipation. « On ne fait pas penser une langue, c’est une langue qui nous fait penser », a-t-il lancé, rappelant combien chaque dramaturge doit pousser la langue dans ses limites naturelles pour qu’elle puisse traduire les réalités de son temps. Dans un passage émouvant, Benaïssa a évoqué la difficulté d’écrire entre plusieurs langues — l’arabe dialectal, le berbère et le français —, un métissage qu’il vit comme une richesse mais aussi une tension :
« Quelle que soit la langue que j’utilise, je traduis. Et en traduisant, je trahis. »
En conclusion, il a déploré que beaucoup de langues populaires restent marginalisées, alors qu’elles constituent la mémoire vivante des peuples. « Les langues écrites nous sont utiles, certes, mais nos langues maternelles, elles, nous déterminent. Elles sont l’espace de cette mémoire qu’on oublie et qui continue de nous transformer malgré nous. »
Avec cette communication d’une rare intensité, Slimane Benaïssa a donné le ton d’un colloque placé sous le signe de la diversité linguistique et de la réhabilitation des voix populaires africaines.
« Quelle que soit la langue que j’utilise, je traduis. Et en traduisant, je trahis. »
En conclusion, il a déploré que beaucoup de langues populaires restent marginalisées, alors qu’elles constituent la mémoire vivante des peuples. « Les langues écrites nous sont utiles, certes, mais nos langues maternelles, elles, nous déterminent. Elles sont l’espace de cette mémoire qu’on oublie et qui continue de nous transformer malgré nous. »
Avec cette communication d’une rare intensité, Slimane Benaïssa a donné le ton d’un colloque placé sous le signe de la diversité linguistique et de la réhabilitation des voix populaires africaines.