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Sénin Ahoua Don Mello : Technocrate et souverainiste
Technicien rigoureux et stratège discret, son parcours raconte l'histoire d'un homme qui, après avoir servi les plus grands, rêve aujourd'hui d'incarner sa propre légende.
Pendant longtemps, Ahoua Don Mello a été l’un de ces hommes de l’ombre dont on devine l’influence à la discrétion du ton et à la précision du geste. Technocrate rigoureux, militant fidèle, stratège solitaire, il incarne, à lui seul, une certaine idée du pouvoir. Celui que l’on construit patiemment, loin des projecteurs, avant d’oser l’affronter en plein jour.
Son parcours, dense et sinueux, traverse près de quarante ans de vie politique ivoirienne. De Paris à Abidjan, de Conakry à Moscou, l’homme a tout connu. La clandestinité, le pouvoir, l’exil, et aujourd’hui l’audace d’une candidature présidentielle en solitaire. Une trajectoire hors norme, marquée par la constance d’un mot : renaissance.
Subtilités du militantisme en exil
C’est sur les bords de la Seine, dans le Paris bouillonnant du début des années 1980 que débute son militantisme politique. Étudiant ivoirien en quête de savoir et de justice, Ahoua Don Mello rejoint, entre 1983 et 1985, le noyau dur du Front populaire ivoirien (Fpi) naissant. Dans les cafés parisiens de la rive gauche, il apprend les codes de la contestation, les subtilités du militantisme en exil, et le poids des idées à travers une lecture boulimique des penseurs de gauche. Discret mais efficace, il s’impose rapidement au sein du secrétariat de la section France du Fpi, ce vivier d’intellectuels qui prépare déjà l’après Houphouët-Boigny.
De retour au pays en 1985, il plonge dans la réalité politique ivoirienne, à Bouaké, ville stratégique et carrefour sociopolitique de la Côte d’Ivoire. Sur le terrain, il organise, mobilise, structure. Très vite, ses qualités d’ingénieur se mettent au service du parti. Ahoua Don Mello analyse, organise et planifie comme on bâtit des ponts. En 1988, il intègre le secrétariat général du Fpi en qualité de responsable de l’organisation, devenant ainsi l’un des architectes du mouvement.
De 1990 à 1996, il préside le Comité de contrôle du parti. Sa rigueur et son sens du devoir lui valent le respect d’un appareil politique alors en pleine expansion. Mais déjà, derrière la loyauté, s’esquisse une envie d’autonomie.
Renaissance
En 1997 en effet, des désaccords profonds avec la direction du Fpi le poussent à claquer la porte. Il crée alors son propre parti politique dénommé « La Renaissance ». Un nom qui sonne comme un manifeste, un clin d’œil à ceux qui croient encore en une politique forgée sur des idées plutôt que celle faite d’allégeances et de suivisme.
Ce choix audacieux ou plutôt cette rupture courageuse lui vaut d’être marginalisé. Mais l’homme ne se renie pas. « Il préfère la solitude de la conviction aux conforts du compromis », glisse un de ses collaborateurs. Pourtant, la fidélité à Laurent Gbagbo, son mentor de toujours, finira par reprendre le dessus. En 2000, il revient au bercail, appelé au plus près du pouvoir.
Conseiller spécial du président, il entre dans le premier cercle. Son rôle est de penser, anticiper, alerter. Un poste stratégique qui, sans être clinquant, a tout de même des ramifications profondes. La crise post-électorale de 2010 le propulse brutalement sur le devant de la scène. Ahoua Don Mello devient la voix d’un régime déclinant.
Dans un contexte explosif, il affûte sa rhétorique et défend, avec une certaine détermination, la ligne de son camp. C’est la période où l’homme discret devient, pour la première fois, une figure publique. Mais la défaite de 2011 le contraint à l’exil : direction Conakry.
Là, auprès du Président Alpha Condé, il retrouve une tribune et un rôle. Il est nommé conseiller spécial chargé des grands projets. Ses années guinéennes font de lui un acteur des coulisses africaines du pouvoir, un stratège aux connexions continentales. Jusqu’au coup d’État du 5 septembre 2021 qui met un terme au régime de son hôte Alpha Condé.
Brics
Rien ne semble pourtant pouvoir freiner son ascension internationale. En 2021, il est nommé Haut représentant des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. En 2023, il est promu vice-président chargé des projets stratégiques de l’organisation. Derrière cette fonction se dessine un rôle d’influence : celui d’un technocrate panafricain œuvrant à relier les économies africaines aux nouvelles puissances émergentes. L’ingénieur devient géopoliticien.
Le retour en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo, ancien pensionnaire des geôles de la Haye, en 2021, le ramène naturellement dans le giron de la gauche ivoirienne, cette fois-ci au sein du PPA-CI (Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire). Il y occupe la vice-présidence en charge du panafricanisme. Mais en juillet 2025, un coup d’éclat va bouleverser les équilibres. Face au rejet de la candidature de Laurent Gbagbo, Ahoua Don Mello dépose la sienne.
Souverainiste
Officiellement, il s’agit d’une « mesure de précaution » compris comme un acte de rupture. Le parti le désavoue, le démet de ses fonctions. L’ancien fidèle devient l’outsider. Avec un leitmotiv, celui de souverainiste pour, dit-il, (re)donner à l’Afrique et particulièrement à la Côte d’Ivoire son entière « souveraineté » politique, économique et militaire.
Validée par le Conseil constitutionnel, sa candidature marque un tournant. Le technocrate, longtemps conseiller de l’ombre, se lance enfin à visage découvert dans la course au pouvoir suprême.
À soixante-sept ans, Ahoua Don Mello joue sa partition. Ses partisans voient en lui un homme d’expérience, affranchi des querelles partisanes. Ses détracteurs, eux, l’accusent d’ambition solitaire et de trahison. Mais tous s’accordent sur un point. « C’est un technocrate brillant et un homme de dossiers », disent de lui, certains analystes de la scène politique ivoirienne. Avec sa candidature validée par le Conseil constitutionnel, l’histoire offre à Ahoua Don Mello l’occasion d’un destin national.
Saura-t-il convaincre les électeurs ? La réponse sera connue au soir du 25 octobre 2025.
Subtilités du militantisme en exil
C’est sur les bords de la Seine, dans le Paris bouillonnant du début des années 1980 que débute son militantisme politique. Étudiant ivoirien en quête de savoir et de justice, Ahoua Don Mello rejoint, entre 1983 et 1985, le noyau dur du Front populaire ivoirien (Fpi) naissant. Dans les cafés parisiens de la rive gauche, il apprend les codes de la contestation, les subtilités du militantisme en exil, et le poids des idées à travers une lecture boulimique des penseurs de gauche. Discret mais efficace, il s’impose rapidement au sein du secrétariat de la section France du Fpi, ce vivier d’intellectuels qui prépare déjà l’après Houphouët-Boigny.
De retour au pays en 1985, il plonge dans la réalité politique ivoirienne, à Bouaké, ville stratégique et carrefour sociopolitique de la Côte d’Ivoire. Sur le terrain, il organise, mobilise, structure. Très vite, ses qualités d’ingénieur se mettent au service du parti. Ahoua Don Mello analyse, organise et planifie comme on bâtit des ponts. En 1988, il intègre le secrétariat général du Fpi en qualité de responsable de l’organisation, devenant ainsi l’un des architectes du mouvement.
De 1990 à 1996, il préside le Comité de contrôle du parti. Sa rigueur et son sens du devoir lui valent le respect d’un appareil politique alors en pleine expansion. Mais déjà, derrière la loyauté, s’esquisse une envie d’autonomie.
Renaissance
En 1997 en effet, des désaccords profonds avec la direction du Fpi le poussent à claquer la porte. Il crée alors son propre parti politique dénommé « La Renaissance ». Un nom qui sonne comme un manifeste, un clin d’œil à ceux qui croient encore en une politique forgée sur des idées plutôt que celle faite d’allégeances et de suivisme.
Ce choix audacieux ou plutôt cette rupture courageuse lui vaut d’être marginalisé. Mais l’homme ne se renie pas. « Il préfère la solitude de la conviction aux conforts du compromis », glisse un de ses collaborateurs. Pourtant, la fidélité à Laurent Gbagbo, son mentor de toujours, finira par reprendre le dessus. En 2000, il revient au bercail, appelé au plus près du pouvoir.
Conseiller spécial du président, il entre dans le premier cercle. Son rôle est de penser, anticiper, alerter. Un poste stratégique qui, sans être clinquant, a tout de même des ramifications profondes. La crise post-électorale de 2010 le propulse brutalement sur le devant de la scène. Ahoua Don Mello devient la voix d’un régime déclinant.
Dans un contexte explosif, il affûte sa rhétorique et défend, avec une certaine détermination, la ligne de son camp. C’est la période où l’homme discret devient, pour la première fois, une figure publique. Mais la défaite de 2011 le contraint à l’exil : direction Conakry.
Là, auprès du Président Alpha Condé, il retrouve une tribune et un rôle. Il est nommé conseiller spécial chargé des grands projets. Ses années guinéennes font de lui un acteur des coulisses africaines du pouvoir, un stratège aux connexions continentales. Jusqu’au coup d’État du 5 septembre 2021 qui met un terme au régime de son hôte Alpha Condé.
Brics
Rien ne semble pourtant pouvoir freiner son ascension internationale. En 2021, il est nommé Haut représentant des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. En 2023, il est promu vice-président chargé des projets stratégiques de l’organisation. Derrière cette fonction se dessine un rôle d’influence : celui d’un technocrate panafricain œuvrant à relier les économies africaines aux nouvelles puissances émergentes. L’ingénieur devient géopoliticien.
Le retour en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo, ancien pensionnaire des geôles de la Haye, en 2021, le ramène naturellement dans le giron de la gauche ivoirienne, cette fois-ci au sein du PPA-CI (Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire). Il y occupe la vice-présidence en charge du panafricanisme. Mais en juillet 2025, un coup d’éclat va bouleverser les équilibres. Face au rejet de la candidature de Laurent Gbagbo, Ahoua Don Mello dépose la sienne.
Souverainiste
Officiellement, il s’agit d’une « mesure de précaution » compris comme un acte de rupture. Le parti le désavoue, le démet de ses fonctions. L’ancien fidèle devient l’outsider. Avec un leitmotiv, celui de souverainiste pour, dit-il, (re)donner à l’Afrique et particulièrement à la Côte d’Ivoire son entière « souveraineté » politique, économique et militaire.
Validée par le Conseil constitutionnel, sa candidature marque un tournant. Le technocrate, longtemps conseiller de l’ombre, se lance enfin à visage découvert dans la course au pouvoir suprême.
À soixante-sept ans, Ahoua Don Mello joue sa partition. Ses partisans voient en lui un homme d’expérience, affranchi des querelles partisanes. Ses détracteurs, eux, l’accusent d’ambition solitaire et de trahison. Mais tous s’accordent sur un point. « C’est un technocrate brillant et un homme de dossiers », disent de lui, certains analystes de la scène politique ivoirienne. Avec sa candidature validée par le Conseil constitutionnel, l’histoire offre à Ahoua Don Mello l’occasion d’un destin national.
Saura-t-il convaincre les électeurs ? La réponse sera connue au soir du 25 octobre 2025.