Simone Ehivet Gbagbo : La combattante née
Ses origines familiales l'avaient déjà forgée à batailler. Son parcours politique a renforcé le côté félin de l'ex-Première dame.
Sa voix et son physique de madone tranche étonnamment avec son caractère trempé dans l’acier. Surnommée justement par ses partisans, « la dame de fer » ou encore « la lionne », Simone Ehivet Gbagbo est, à biens des égards, le prototype de l’apparence qui trompe.
Combattante dans l’âme, celle qui est aujourd’hui candidate à l’élection présidentielle du 25 octobre, l’est doublement à la base. Née d’un père gendarme, ce qui l’a, quelque part, façonnée à batailler, Simone Ehivet Gbagbo est le deuxième enfant d’une famille de 18 gosses, comme si, là aussi, le sort la destinait à toujours lutter.
« Mon père, le vieux Ehivet Jean, ce qu’il nous a expliqué, c’est, que vous soyez homme ou que vous soyez femme, ce que vous devez conquérir, c’est la capacité de votre propre autonomie », soupire la candidate qui, à force de barouder pour son autonomie, s’est cuirassée un cœur de félin. D’avoir perdu sa mère alors qu’elle avait seulement 6 ans, surtout dans des conditions atroces, n’a pas arrangé vraiment les choses, sauf à renforcer plutôt son côté félin.
Sa candidature à la présidence de la République de son pays n’est pas une ambition spontanée. Loin s’en faut. Le combat dans les urnes lui a valu déjà des trophées. Notamment celui de député-maire d’Abobo, la commune la plus peuplée du pays.
Dire non et assumer
Engagement, rigueur et respect de la parole donnée. Tels sont les trois traits qui identifient l’ex-première dame. Et elle assume, volontiers, ce côté rigide, que toute la Côte d’Ivoire lui connait, marqué par sa propension à dire non, à surtout refuser de jouer à la femme soumise.
Pourquoi une femme ne dirigerait pas les hommes et devrait se condamner à plier l’échine ou à jouer les seconds rôles ? Et quand Simone Gbagbo dit non, elle ne le fait pas sous cape, mais le proclame haut et fort, comme par ces temps-mêmes où elle préfère aller au combat, envers et contre la posture de boycott prise par son ex-époux, l’ancien président Gbagbo.
Encore une fois, la lionne s’émancipe de son ex-compagnon de route, lequel pourtant conserve, malgré tout, le statut de chef d’état-major de la galaxie patriotique dont elle est issue. « Nous partons à cette élection dans des conditions que nous considérons comme extrêmement difficiles. Mais en même temps, nous avons décidé que cette année-là, nous n’allons pas faire la politique de la chaise vide », affiche la combattante qui mobilise les troupes.
Déjà, elle peut se prévaloir d’avoir conquis le chef des « jeunes patriotes », Charles Blé Goudé bien connu dans le mouvement patriotique.
Dure oui, braquée non
Combattante aguerrie, Simone la lionne met toutes les chances de son côté, pour remporter l’escrime électorale, sans être pour autant naïve, car bien consciente de ne pas être la tête de favorite, face à un certain Alassane Ouattara, escrimeur-né et président sortant.
Chaque fois qu’elle parle d’école, l’instinct de l’enseignante rattrape Simone Gbagbo. Par exemple, elle n’a pas du tout apprécié que la dictée ait disparu du système scolaire ivoirien parce que la France, l’ex-métropole, l’avait biffée dans ses écoles.
La même dictée a fait son grand retour dans les classes ivoiriennes, quand la même France l’a fait revenir dans son système scolaire, après avoir constaté, sans doute, que son absence faisait baisser le niveau des apprenants.
« Quand je parle de souveraineté, c’est de cela que je parle. Nous avons ici, les scientifiques, les universitaires, toutes les compétences pour trouver des solutions venant de chez nous. Il faut que nous sortions du complexe du colonisé, du complexe de l’assisté », s’irrite l’historienne, docteur 3e cycle en littérature orale, chercheur en linguistique appliquée et syndicaliste marxiste.
La pédagogue est d’ailleurs l’une des figures pionnières du multipartisme dont le bras armé a été le syndicalisme. Pendant quatre ans, elle a dirigé le Syndicat national des enseignants-chercheurs (Synares) qui était un peu la figure de proue de ce train de liberté qui a connu sa vitesse de croisière en 1990.
Plus lionne que madone
Qui mieux que Simone Gbagbo pour se décrire elle-même ? « J’ai été souvent présentée comme une personne très dure, très braquée. Ceux qui disent cela, c’est parce qu’ils ne me connaissent pas bien. Je suis déterminée. Je suis ferme. Quand je crois à quelque chose, j’y crois. Et j’y vais. Je n’accepte pas n’importe quoi. Mais en même temps, je suis prête à écouter. Je suis prête à composer », nuance-t-elle. Composer sans se caporaliser.
Simone Gbagbo reste, quoi qu’on dise, une femme de caractère comme son défunt géniteur qui fut « un homme de caractère » selon son propre témoignage. La fille, aujourd’hui mère de sept enfants, a emprunté du père son trait protecteur et affable, mais a beaucoup pris de son côté autoritaire. « Je suis le produit de mon père parce que ma mère est partie très tôt », avoue-t-elle.
Maldonne ou bonne donne, jamais Simone Gbagbo n’abandonne. Et Simone pèse en personne sur ce qui l’environne. Elle donne et se donne. Bûcheronne, matrone, patronne, elle additionne les couronnes et les collectionne.
Fauconne, jamais elle n’abandonne, ni ne se subordonne, qu’on l’emprisonne ou la torsionne. Simone, c’est la marronne qui toujours bouillonne plus qu’elle ne bourdonne. Sa personne étonne, impressionne, façonne. C’est une fauconne qu’aucune donne ne désarçonne ni ne frisonne. Qu’elle tâtonne ou tamponne, jamais elle ne se subordonne, quelle que soit la donne.
Combattante aguerrie...
À 79 ans, la lionne ou la dame de fer estime avoir réussi sa vie. Quoiqu’ayant connu toutes les situations, le meilleur et le pire, à commencer par la clandestinité où elle a dû changer plusieurs fois de noms. Car combattre à tout pris à son prix à payer. Simone Gbagbo a connu ce qu’elle appelle elle-même « les coups de matraques » de la vie.
Chaque fois, elle a su rebondir. « Malheureusement on est en Afrique. Et malheureusement, ces combats-là, ne se mènent pas sans coups de matraques, sans emprisonnement », regrette-telle. La geôle est donc passé par là, se transformant pour l’enseignante, en une véritable école.
« J’ai appris beaucoup sur moi-même. J’ai appris que je devais beaucoup apprendre. J’ai appris que j’étais en mission et que la mission n’était pas terminée et que pour cela, il fallait consolider ma relation avec mon Dieu. Ça été une période d’apprentissage pour approfondir ma connaissance », analyse-t-elle évoquant son emprisonnement, avec 18 autres compagnons, au lendemain la crise de postélectorale 2010-2011.
Entre religion et opinion, la prison lui aura permis d’établir le pont. Comme quoi, la marche n’est jamais achevée.
« Mon père, le vieux Ehivet Jean, ce qu’il nous a expliqué, c’est, que vous soyez homme ou que vous soyez femme, ce que vous devez conquérir, c’est la capacité de votre propre autonomie », soupire la candidate qui, à force de barouder pour son autonomie, s’est cuirassée un cœur de félin. D’avoir perdu sa mère alors qu’elle avait seulement 6 ans, surtout dans des conditions atroces, n’a pas arrangé vraiment les choses, sauf à renforcer plutôt son côté félin.
Sa candidature à la présidence de la République de son pays n’est pas une ambition spontanée. Loin s’en faut. Le combat dans les urnes lui a valu déjà des trophées. Notamment celui de député-maire d’Abobo, la commune la plus peuplée du pays.
Dire non et assumer
Engagement, rigueur et respect de la parole donnée. Tels sont les trois traits qui identifient l’ex-première dame. Et elle assume, volontiers, ce côté rigide, que toute la Côte d’Ivoire lui connait, marqué par sa propension à dire non, à surtout refuser de jouer à la femme soumise.
Pourquoi une femme ne dirigerait pas les hommes et devrait se condamner à plier l’échine ou à jouer les seconds rôles ? Et quand Simone Gbagbo dit non, elle ne le fait pas sous cape, mais le proclame haut et fort, comme par ces temps-mêmes où elle préfère aller au combat, envers et contre la posture de boycott prise par son ex-époux, l’ancien président Gbagbo.
Encore une fois, la lionne s’émancipe de son ex-compagnon de route, lequel pourtant conserve, malgré tout, le statut de chef d’état-major de la galaxie patriotique dont elle est issue. « Nous partons à cette élection dans des conditions que nous considérons comme extrêmement difficiles. Mais en même temps, nous avons décidé que cette année-là, nous n’allons pas faire la politique de la chaise vide », affiche la combattante qui mobilise les troupes.
Déjà, elle peut se prévaloir d’avoir conquis le chef des « jeunes patriotes », Charles Blé Goudé bien connu dans le mouvement patriotique.
Dure oui, braquée non
Combattante aguerrie, Simone la lionne met toutes les chances de son côté, pour remporter l’escrime électorale, sans être pour autant naïve, car bien consciente de ne pas être la tête de favorite, face à un certain Alassane Ouattara, escrimeur-né et président sortant.
Chaque fois qu’elle parle d’école, l’instinct de l’enseignante rattrape Simone Gbagbo. Par exemple, elle n’a pas du tout apprécié que la dictée ait disparu du système scolaire ivoirien parce que la France, l’ex-métropole, l’avait biffée dans ses écoles.
La même dictée a fait son grand retour dans les classes ivoiriennes, quand la même France l’a fait revenir dans son système scolaire, après avoir constaté, sans doute, que son absence faisait baisser le niveau des apprenants.
« Quand je parle de souveraineté, c’est de cela que je parle. Nous avons ici, les scientifiques, les universitaires, toutes les compétences pour trouver des solutions venant de chez nous. Il faut que nous sortions du complexe du colonisé, du complexe de l’assisté », s’irrite l’historienne, docteur 3e cycle en littérature orale, chercheur en linguistique appliquée et syndicaliste marxiste.
La pédagogue est d’ailleurs l’une des figures pionnières du multipartisme dont le bras armé a été le syndicalisme. Pendant quatre ans, elle a dirigé le Syndicat national des enseignants-chercheurs (Synares) qui était un peu la figure de proue de ce train de liberté qui a connu sa vitesse de croisière en 1990.
Plus lionne que madone
Qui mieux que Simone Gbagbo pour se décrire elle-même ? « J’ai été souvent présentée comme une personne très dure, très braquée. Ceux qui disent cela, c’est parce qu’ils ne me connaissent pas bien. Je suis déterminée. Je suis ferme. Quand je crois à quelque chose, j’y crois. Et j’y vais. Je n’accepte pas n’importe quoi. Mais en même temps, je suis prête à écouter. Je suis prête à composer », nuance-t-elle. Composer sans se caporaliser.
Simone Gbagbo reste, quoi qu’on dise, une femme de caractère comme son défunt géniteur qui fut « un homme de caractère » selon son propre témoignage. La fille, aujourd’hui mère de sept enfants, a emprunté du père son trait protecteur et affable, mais a beaucoup pris de son côté autoritaire. « Je suis le produit de mon père parce que ma mère est partie très tôt », avoue-t-elle.
Maldonne ou bonne donne, jamais Simone Gbagbo n’abandonne. Et Simone pèse en personne sur ce qui l’environne. Elle donne et se donne. Bûcheronne, matrone, patronne, elle additionne les couronnes et les collectionne.
Fauconne, jamais elle n’abandonne, ni ne se subordonne, qu’on l’emprisonne ou la torsionne. Simone, c’est la marronne qui toujours bouillonne plus qu’elle ne bourdonne. Sa personne étonne, impressionne, façonne. C’est une fauconne qu’aucune donne ne désarçonne ni ne frisonne. Qu’elle tâtonne ou tamponne, jamais elle ne se subordonne, quelle que soit la donne.
Combattante aguerrie...
À 79 ans, la lionne ou la dame de fer estime avoir réussi sa vie. Quoiqu’ayant connu toutes les situations, le meilleur et le pire, à commencer par la clandestinité où elle a dû changer plusieurs fois de noms. Car combattre à tout pris à son prix à payer. Simone Gbagbo a connu ce qu’elle appelle elle-même « les coups de matraques » de la vie.
Chaque fois, elle a su rebondir. « Malheureusement on est en Afrique. Et malheureusement, ces combats-là, ne se mènent pas sans coups de matraques, sans emprisonnement », regrette-telle. La geôle est donc passé par là, se transformant pour l’enseignante, en une véritable école.
« J’ai appris beaucoup sur moi-même. J’ai appris que je devais beaucoup apprendre. J’ai appris que j’étais en mission et que la mission n’était pas terminée et que pour cela, il fallait consolider ma relation avec mon Dieu. Ça été une période d’apprentissage pour approfondir ma connaissance », analyse-t-elle évoquant son emprisonnement, avec 18 autres compagnons, au lendemain la crise de postélectorale 2010-2011.
Entre religion et opinion, la prison lui aura permis d’établir le pont. Comme quoi, la marche n’est jamais achevée.