Éducation : Quand aller au CP1 avant l’âge requis devient un problème

Des élèves du CP1. (Ph: Dr)
Des élèves du CP1. (Ph: Dr)
Des élèves du CP1. (Ph: Dr)

Éducation : Quand aller au CP1 avant l’âge requis devient un problème

Le 18/09/25 à 17:17
modifié 23/09/25 à 16:03
Cartable au dos, gourde au cou, il est 7 h 30 ce lundi 7 octobre 2024, lorsque le petit M. Kouamé prend le chemin de l’école. Accompagné de sa baby-sitter, ce garçon, qui aura 5 ans l’an prochain, est inscrit en Cours préparatoire première année (CP1) dans une école privée de Yopougon-Maroc.

Encore inconscient des réalités scolaires, il se rend à l’école en traînant les pas. Awa, la jeune fille qui tient sa main, lui promet des friandises s’il se dépêche. Elle s’inquiète : pour elle, il faut vite arriver afin de ne pas manquer le rassemblement prévu à 8 h, moment où l’hymne national est entonné. « Depuis la rentrée, il veut aller à son rythme, il croit encore être à la maternelle », lâche-t-elle, avant de reconnaître qu’il est encore trop petit pour la classe qu’il fréquente.

À l’école Wobin, dans le même quartier, une trentaine d’enfants aux visages angéliques sont en classe. Ces élèves, âgés de 4 à 5 ans, sont eux aussi au CP1. « Ici, les enfants de 6 ans sont déjà en CP2 ou en CE1, c’est-à-dire dans des classes supérieures à celle de Morel », confie un enseignant sous couvert d’anonymat.

Interrogé sur le non-respect des règles du ministère de l’Éducation — qui stipule que l’admission au CP1 n’est possible qu’à partir de 6 ans — l’enseignant pointe du doigt les parents. Selon lui, ceux-ci refusent de comprendre. Ils croient qu’en mettant leurs enfants tôt à l’école, ceux-ci finiront plus vite leur parcours scolaire et pourront travailler rapidement pour les aider. « C’est une manière de préparer sa retraite », ironise-t-il.

Mlle N. Edoukou, quant à elle, estime normal que les enfants de 3 ans et demi ou 4 ans soient inscrits en CP1. Pour elle, attendre 6 ans, c’est « retarder » l’enfant et perdre du temps. « Sous d’autres cieux, les gens ont compris qu’il ne faut pas traîner avec ces choses », argue-t-elle. Elle affirme qu’ayant les moyens de scolariser son enfant dans le privé, c’est à elle de décider de la classe qui lui convient. Elle va plus loin en soutenant que l’État, ne disposant pas de suffisamment d’écoles publiques, impose l’âge de 6 ans pour le CP1.

La ministre Mariatou Koné dans une salle de classe. (Ph: Dr)
La ministre Mariatou Koné dans une salle de classe. (Ph: Dr)



Le camp des partisans de l’âge requis

À l’inverse, dame Konan Laure, cofondatrice de l’école primaire Loscandour de Dabou, partage la position du gouvernement ivoirien. Enseignante de formation, elle estime que l’inscription en CP1 doit concerner les enfants de 6 à 9 ans, comme l’exige le ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation.

« À cet âge, l’enfant est mieux disposé à comprendre et assimiler ce qu’il découvre. Dans mon école, le constat est réel : ceux qui devraient encore être à la maternelle mais se retrouvent au CP1 s’amusent beaucoup, dorment en classe, se fatiguent et s’ennuient », témoigne-t-elle.

Pour elle, les enfants de 3 à 5 ans doivent rester au préscolaire (petite, moyenne et grande sections), avant d’intégrer le CP1.

Un témoignage édifiant

M. Jaurès N., parent d’élève, raconte l’expérience de sa fille Mélissa, très éveillée, inscrite en CP1 à seulement 3 ans et demi, en 2010, dans une école de Koumassi Bia-Sud. « J’étais souvent convoqué parce qu’elle ne suivait pas le rythme. Elle jouait beaucoup pendant que les autres travaillaient. Mais le plus difficile a été au collège, en 4e et 3e. Elle avait 11-12 ans, alors que ses camarades en avaient 15 ou plus. Ma fille avait honte de son âge et fréquentait les plus grands. C’est ainsi qu’à seulement 12 ans, elle a découvert le sexe, initiée par ses amies plus âgées. Elle a vécu précocement l’adolescence. »

Heureusement, poursuit-il, ils ont réussi à la « canaliser » : « Aujourd’hui, elle fait notre fierté. Elle est étudiante en droit, après avoir repris sa classe de terminale. Mais je reste convaincu que je l’ai mise trop tôt à l’école. »

L’avis du psychopédagogue

Madame Odile Pohan, psychopédagogue exerçant en Côte d’Ivoire, n’est pas d’accord avec les parents qui inscrivent leurs enfants au CP1 avant l’âge de 6 ans, surtout ceux qui n’ont pas fréquenté le préscolaire. Pour elle, il s’agit de précocité scolaire.

Des enfants de la maternelle. (DR)
Des enfants de la maternelle. (DR)



Ces enfants, explique-t-elle, n’ont pas acquis les préapprentissages nécessaires au primaire, tels que l’intelligence opératoire et concrète. « Avant 6 ans, l’enfant est encore dans l’intelligence préopératoire : il n’a pas la notion des concepts logiques et reste centré sur lui-même. Cela complique sa socialisation », explique-t-elle.

Au niveau de l’écriture, si la motricité fine n’est pas développée, l’enfant aura une mauvaise graphie et sera lent. En lecture, ceux de moins de 6 ans peuvent rencontrer de grandes difficultés. « Or la lecture est une matière transversale. Un enfant qui lit mal ou ne comprend pas ce qu’il lit risque d’avoir des difficultés dans toutes les autres disciplines, ce qui peut mener à l’échec scolaire », avertit-elle.

Les exceptions

Toutefois, Mme Pohan reconnaît des exceptions : certains enfants ayant suivi les trois sections de maternelle et bénéficié de l’avis favorable de leurs enseignants peuvent intégrer le CP1 avant 6 ans, à condition de passer des tests. Mais pour elle, l’âge idéal reste 6 ans. « Laissez l’enfant aller à son rythme pour lui éviter des difficultés de rendement et surtout l’échec scolaire », conclut-elle.



Le 18/09/25 à 17:17
modifié 23/09/25 à 16:03