Design et mobilier africains : Pourquoi la Côte d’Ivoire et l’Afrique doivent forger un écosystème dynamique d’ici 2035

Noël Wallabregue, initiateur du Salon du mobilier
Noël Wallabregue, initiateur du Salon du mobilier
Noël Wallabregue, initiateur du Salon du mobilier

Design et mobilier africains : Pourquoi la Côte d’Ivoire et l’Afrique doivent forger un écosystème dynamique d’ici 2035

Le 22/08/25 à 06:41
modifié 22/08/25 à 06:53
Dans un continent où la créativité artisanale rencontre l’innovation contemporaine, le secteur du design et du mobilier africains émerge comme un pilier économique prometteur.

En Côte d’Ivoire, le marché du mobilier est estimé à environ 704,59 millions de dollars US en 2025, avec une croissance annuelle projetée de 2,06 % jusqu’en 2030, selon des analyses sectorielles. Mais pour bâtir un véritable écosystème dynamique à l’horizon 2035 — date à laquelle l’Afrique comptera près de deux milliards d’habitants et des besoins immenses en infrastructures et biens de consommation — des initiatives comme celles de l’artiste ivoirien de renommée mondiale Jean Servais Somian et du Salon du Mobilier et de l’Objet de Design (SMOB) de Cotonou, porté par Noël Wallabregue, apparaissent cruciales.

Un secteur en plein essor porté par des entrepreneurs innovants

Ancré dans des savoir-faire ancestraux, le mobilier africain connaît un essor remarquable, entre artisanat traditionnel et montée en gamme innovante.

Jean Servais Somian, designer ivoirien installé à Grand-Bassam, illustre cette fusion. Spécialisé dans le bois de coco, il transforme des troncs tombés en meubles sculpturaux, à l’image de sa série Les Demoiselles de Grand-Bassam, exposée dans des galeries internationales. Dans une interview accordée à African Print in Fashion en 2017, Jean Servais Somian expliquait :

« Mon travail est inspiré par les formes organiques de la nature africaine, et je vise à montrer que l’Afrique peut produire un design haut de gamme, durable et culturellement riche. »

Ses créations, souvent issues de coco recyclé, s’inscrivent dans les tendances mondiales de l’éco-design, tout en valorisant les ressources locales.

À Cotonou, le SMOB, initié par Noël Wallabregue, veut aller plus loin en construisant un écosystème global. Du 16 au 18 octobre prochain, ce salon, décrit comme « un mouvement visant à valoriser une industrie de pointe », réunira designers, artisans et acheteurs. Près de 5 000 participants y sont attendus pour démontrer le champ des possibles et poser les bases d’un écosystème florissant.

Le dynamisme est également porté par d’autres figures emblématiques. L’Éthiopien-américain Jomo Tariku conçoit des meubles modernes inspirés de l’art africain, comme des chaises rappelant des masques traditionnels, et milite pour la visibilité des créateurs noirs. La Nigériane Tosin Oshinowo, fondatrice d’Oshinowo Studio à Lagos, développe des meubles associant esthétique africaine et durabilité, influençant le discours continental sur le design. En Tanzanie, Jacqueline Ntuyabaliwe, fondatrice de Molocaho by Amorette, a bâti un empire du mobilier à partir d’une petite entreprise, misant sur des pièces sur mesure pour le marché urbain.

Des investisseurs qui misent sur l’avenir

L’écosystème attire de plus en plus d’investisseurs. Aruwa Capital Management a injecté 2,5 millions de dollars US dans Taeillo, une startup nigériane de mobilier technologique. L’IFC, bras financier de la Banque mondiale, a accordé un prêt de 13 millions de dollars US à Marifala en Guinée pour moderniser sa production. D’autres fonds, comme HUB Growth Capital, Montane Capital ou encore le Furniture Fund du National Empowerment Fund en Afrique du Sud, financent des initiatives similaires. Ces investissements, souvent orientés vers les PME, montrent que le secteur peut séduire les capitaux privés comme publics.

Défis structurels à surmonter

Malgré ces avancées, le secteur reste fragmenté. La dépendance aux importations, le manque d’infrastructures modernes et une formation insuffisante freinent son développement. En Côte d’Ivoire, l’ONUDI soulignait dans son Étude diagnostique industrielle (2023) que le mobilier affichait un faible avantage comparatif (RCA de 0,1), reflétant une compétitivité limitée. Accès au financement restreint, infrastructures défaillantes, main-d’œuvre insuffisamment qualifiée (43 %), coupures d’électricité (76 % des entreprises touchées) et concurrence informelle (2/3 des firmes formelles concernées) constituent autant d’obstacles.

Pour y remédier, l’ONUDI recommande le développement de chaînes de valeur locales, l’amélioration de l’accès au financement grâce aux fintechs et à la microfinance, ainsi que l’investissement massif dans la formation professionnelle et les zones industrielles intégrées. Alignées sur le Plan National de Développement 2021-2025, ces réformes pourraient transformer le secteur en un moteur d’emplois qualifiés et compétitifs.

Trois piliers pour un écosystème résilient

D’ici 2035, trois leviers apparaissent essentiels :

1. Des infrastructures durables : modernisation des filières bois et investissements dans des zones industrielles intégrées.

2. La formation et l’innovation : développement de cursus en design moderne via des institutions comme l’INSAAC, et rôle catalyseur du SMOB dans le transfert de compétences.

3. Le financement et l’accès aux marchés : mobilisation de la ZLECAf pour booster les exportations et attirer des partenariats public-privé.

La Côte d’Ivoire, locomotive d’une renaissance africaine

Avec une croissance projetée à 6,7 % en 2025, la Côte d’Ivoire peut devenir un hub régional. Jean Servais Somian, mentor à la Fondation Donwahi, incarne ce leadership : « Si je n’ouvre pas de portes, c’est comme si ce que je fais n’était pas transcendé », confiait-il récemment.

Le SMOB, en créant des ponts entre le Bénin et la Côte d’Ivoire, s’inscrit dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Avec des entrepreneurs comme Tariku ou Oshinowo et des investisseurs comme Aruwa Capital, la Côte d’Ivoire peut impulser une synergie continentale.

Vers 2035 : une Afrique créatrice et autonome

À l’horizon 2035, un écosystème structuré pourrait faire de l’Afrique un leader mondial du design durable, générant des millions d’emplois pour sa jeunesse. Comme le résume Noël Wallabregue : « Entre savoir-faire artisanal et innovation, le mobilier africain est un levier économique en pleine structuration. »

La Côte d’Ivoire, avec des talents comme Jean Servais Somian et des plateformes comme le SMOB, doit saisir cette opportunité pour bâtir une Afrique souveraine et prospère. Le temps presse : l’avenir du design africain se construit aujourd’hui.

Casbi Rudy, correspondance particulière



Le 22/08/25 à 06:41
modifié 22/08/25 à 06:53