Charles Kouakou, réalisateur du film Toukpê: "Les alliances vont nous permettre de vivre dans cette Côte d'Ivoire dont nous rêvons"

Charles Kouakou, le réalisateur qui sensibilise les populations à travers son film « Toukpê ». (Ph: Dr)
Charles Kouakou, le réalisateur qui sensibilise les populations à travers son film « Toukpê ». (Ph: Dr)
Charles Kouakou, le réalisateur qui sensibilise les populations à travers son film « Toukpê ». (Ph: Dr)

Charles Kouakou, réalisateur du film Toukpê: "Les alliances vont nous permettre de vivre dans cette Côte d'Ivoire dont nous rêvons"

Le 21/08/25 à 09:28
modifié 21/08/25 à 15:17
Charles Kouakou, réalisateur du film Toukpê, organise une caravane de sensibilisation à l'importance des alliances. Baptisée Route de la paix, cette caravane démarre le 24 août à Toumodi.
Pouvez-vous nous faire un peu l’historique des alliances en Côte d’Ivoire ?

Il serait très fastidieux de retracer l’historique des différentes alliances, car elles sont nombreuses. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, dans le film Toukpê, nous n’abordons pas le sujet de manière exhaustive. Nous le faisons plutôt pour rappeler que chaque peuple a ses alliés, et pour montrer ce que permettent les alliances et ce qu’elles interdisent. Ce sont ces aspects qui constituent le cœur de notre approche.

Comment les alliances ont-elles jadis impacté nos sociétés ?

Pendant longtemps, nous avons été un peuple marqué par les migrations, souvent jalonnées de conflits. Par la suite, pour vivre en paix, les communautés ont tissé des alliances. Grâce à elles, nos parents et nos aïeux ont pu régler de nombreux différends. Malheureusement, ces traditions sont aujourd’hui méconnues par une partie de la population.

Et pourquoi un film sur les alliances aujourd’hui ?

Après les différentes crises que nous avons connues, nous avons compris que beaucoup ignorent la force des alliances, pourtant essentielles dans notre tradition. Il était donc important de les remettre en lumière. En 2020, à Toumodi, il y a eu une grave crise avec mort d'hommes. Mais elle a pu être réglée grâce aux Tagbanan, alliés des Baoulé. Cette communauté est intervenue par le jeu de l’alliance pour éteindre le feu. Cela nous a confortés dans l’idée qu’il fallait raviver cette tradition. Le N’Zrama Festival, initié à Toumodi par la ministre-gouverneure Raymonde Goudou-Coffie, a un volet culturel qui promeut les alliances. Et comme on le dit, le cinéma est l’outil le plus puissant d’éducation de masse. C’est pourquoi, à travers ce film, nous avons voulu éduquer l’ensemble de la population, et surtout la jeunesse, afin qu’elle s’approprie ce pan de notre tradition.

Pouvez-vous présenter brièvement le film ?

Ce sont des scènes de vie. L’histoire commence avec un policier qui devait partir en mission. Finalement, la mission est annulée. Or, ce jour-là correspond à l’anniversaire de son épouse. Il décide donc de lui faire une belle surprise en rentrant à la maison. Mais en arrivant, il découvre sa femme dans une situation compromettante avec celui présenté comme son cousin. Que fait alors un homme qui aime les alliances ? L’histoire démarre. Suivez le film et vous verrez.

Que voulez-vous véritablement montrer ?

Nous voulons démontrer que, quelles que soient les situations, même les plus difficiles à supporter sur le plan émotionnel, les alliances offrent une voie de règlement pacifique. Nos parents savaient toujours trouver, grâce à elles, des solutions aux problèmes, même aux plus complexes.

Il y a eu l’avant-première le 4 août à l’Hôtel Ivoire. Désormais, vous partez à la rencontre des populations à l’intérieur du pays !

Nous commençons le 24 août 2025, à Toumodi, dans le cadre d’une caravane que nous avons baptisée « La route de la paix par les alliances ». Ce n’est pas simplement une projection de film, mais une opportunité de faire vivre l’alliance. En effet, avant la diffusion, 37 différentes communautés expliqueront leurs alliances. Les alliés se reconnaîtront et partageront avec le public des récits de conflits réglés grâce à ces alliances, ou encore les opportunités qu’elles leur ont offertes. L’objectif est que chacun comprenne que les alliances sont une réalité. Ensuite, nous procéderons à la projection du film qui dure 52 minutes.

Le choix de Toumodi est-il fait à dessein ?

Oui. Ce film a été inspiré par la ministre Raymonde Goudou-Coffie, qui est originaire de Toumodi. Moi-même, le réalisateur, je viens aussi de Toumodi. Et comme le dit l’adage, « la charité bien ordonnée commence par soi-même ». Après Toumodi, la caravane sera lancée vers d’autres localités, notamment celles qui ont été marquées par de fortes tensions lors de la crise, comme Dabou.

Nous sommes dans un processus électoral. Pensez-vous que le film arrive à point nommé ?

Oui. Il est vrai que nous n'avons pas fait le film pour les élections, car les alliances ne concernent pas seulement les périodes électorales. C'est tous les jours que nous devrions pouvoir vivre cette fraternité. Il est vrai que certains redoutent toujours les tensions liées aux élections. Mais, je vous rassure que de plus en plus, les périodes électorales ne seront plus des sources de crise.

Votre initiative s’inscrit dans quel cadre ?

Du vivre-ensemble.

À l’occasion de cette caravane, aurez-vous des messages particuliers à adresser à la population ?

Il y aura des messages. Les populations seront invitées à respecter les alliances et à éviter tout acte que celles-ci interdisent. L’essentiel, c’est de ne jamais verser le sang d’un allié. Nous croyons que les alliances nous permettront de bâtir la Côte d’Ivoire dont nous rêvons. Une Nation où la fraternité est vécue au quotidien. Nous voudrions aussi remercier le président des chefs de communauté, qui est également chef des tribus. Il a déjà commencé à mobiliser les 37 communautés afin qu’elles viennent partager leurs expériences de l’alliance avec les populations et la jeunesse. C’est une contribution majeure et nous verrons que demain sera meilleur.


Le 21/08/25 à 09:28
modifié 21/08/25 à 15:17