Reportage/Le "Faux départ" du Mogho Naaba : Un rite oscillant entre mémoire et sérénité, en plein centre de Ouagadougou
Ce jour-là, outre les résidents de Ouagadougou, des touristes et même des écoliers en excursion s'attroupent autour du tronc des arbres. En attente de ce moment exceptionnel. Nous sommes arrivés un peu plus tôt et avons eu l'opportunité de converser avec un certain Paré L., un homme d'une soixantaine d'années appuyé contre sa bicyclette sous un arbre. Il nous confie avec humour qu'il vient chaque vendredi pour « réclamer son loyer » au Mogho Naaba, une allusion à l'humour traditionnel partagé entre Mossis et Samos, les véritables habitants du plateau mossi.
Au fur et à mesure que le moment se rapproche, la foule s'agrandit. Des guides décryptent la scène pour des visiteurs, principalement occidentaux. L'inauguration de la cérémonie a eu lieu avec l'arrivée du Premier ministre du royaume, Ouidi Naaba, suivie par celle d'autres ministres et dignitaires.
Depuis des siècles, ce même rituel se déroule de manière identique chaque vendredi matin. Le Mogho Naaba, habillé en rouge et or, fait son apparition sur scène, flanqué de sa garde et de ses conseillers. Un silence chargé d'émotion s'impose. On entend les tambours résonner au loin. Le roi est au centre de toutes les attentions.
Tout à coup, des détonations de canon retentissent : le Faux départ débute. Le roi feint une proclamation de guerre. C'est une action symbolique, hautement codifiée, où chaque mouvement porte une signification. Les conseillers avancent, le retiennent et le dissuadent. Au final, le monarque se rend. Il regagne la zone sacrée pour en sortir vêtu de blanc, symbole de son choix pour la paix. La fin de la cérémonie est signalée par une seconde détonation de canon.
Ce moment transcende la simple représentation pour devenir un message : la guerre doit être le dernier recours. Le roi représente la sagesse et l'apaisement. Ce n'est pas une performance, mais un enseignement transmis de génération en génération. Mahamadi Sawadogo, un commerçant de Zogona, nous a déclaré : « C'est une occasion importante, une affirmation que la paix doit toujours l'emporter sur les affrontements ».
La cérémonie dépasse les limites des siècles. Elle trouve ses origines dans l'ancien système de gouvernance des mossi. Un observateur nous éclaire en disant que ce rituel évoque également une vieille légende : celle d'un frère du Mogho Naaba qui aurait dérobé des insignes royaux avec l'assistance d'un membre de la cour. Voilà pourquoi cette représentation du roi prêt à les reprendre.
Il est important de ne pas confondre le Mogho Naaba et le Ouagadougou Naaba à Ouagadougou. Le second fait partie des Samos et son palais est situé à Ninsin, à peu près cinq kilomètres du palais du Mogho Naaba.
Cette pratique du « Faux départ » nous rappelle que les décisions majeures doivent être influencées par la pensée et non pas par l’instinct. En dépit des transformations au cours des siècles, le royaume Mossi conserve ce symbole de stabilité.
Pendant environ trente minutes, tout paraît suspendu. Chaque geste est pesé, chaque murmure paraît défier le temps. On visualise les rois d'autrefois, répétant cette même action, unissant le passé et le présent.
Lorsque le Mogho Naaba se retire avec ses conseillers, la foule demeure figée un moment. Personne ne s'exprime. Encore une fois, la paix a été maintenue. Et c'est probablement là le véritable atout de ce peuple : utiliser la tradition comme un instrument de sagesse, d'unité et de transmission.
Il est important de signaler que le Naaba Baongo II (de son vrai nom Ousmane Congo) est le 37e Mogho Naaba (empereur des Mossi), prenant la relève de son père, le Mogho Naaba Kougri, décédé le 8 décembre 1982.
Envoyé spécial à Ouagadougou