L'éditorial d'Adama Koné: Développement et copie originale

La maison de Donald Trump
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L'éditorial d'Adama Koné: Développement et copie originale

Le 11/12/23 à 16:27
modifié 11/12/23 à 17:37
Cette histoire est une fiction. Elle reste pourtant d'une actualité criante, tellement elle colle à la réalité. Elle illustre bien une certaine mentalité ou perception africaine: le zèle ou l'exagération des populations du continent noir. Nous avons décidé de la copier non pas dans l'intention d'en faire un exemple à partager mais tout le contraire: s'en inspirer pour se débarrasser des mauvais comportements.
C’est l’histoire de deux ministres de l’Économie et des Finances. Le premier, de l’Afrique et le second de l’Europe. En mission, le ministre africain rend une visite de courtoisie à son homologue européen, à sa résidence. Une belle bâtisse luxueuse qui ne peut passer inaperçue. Elle force l’admiration. Tout naturellement, le ministre visiteur est ébahi, impressionné. Il se pose des questions. Les principales sont de savoir combien une telle réalisation a coûté, mais surtout comment elle a été financée. Son hôte l’invite à l’une des nombreuses fenêtres et lui lance : « Cher ami, ce n’est pas compliqué. Tu vois le sentier qui traverse cette forêt. Eh bien, il a été financé sur le budget de l’État, mais pour dire vrai, c’était une route qui y était prévue ».

Son interlocuteur hausse la tête en signe de compréhension. Plusieurs idées lui traversent l’esprit. Mais il n’oublie pas de féliciter son homologue européen et le remercie pour le tuyau qu’il vient de lui donner. Quelques années passent après le retour dans son pays. Les deux ministres sont toujours en fonction. Ayant échappé à deux remaniements. L’Européen reçoit une invitation de l’Africain à passer des jours de vacances ensoleillées. Il fait de lui son invité d’honneur, pour une cérémonie privée spéciale. La crémaillère, l’inauguration de son château. En fait, c’est une réplique de la résidence du ministre européen de l’Économie et des Finances.

Le jour de la cérémonie, c’est une véritable surprise pour le Blanc. Il voit la copie identique de sa maison, légèrement plus grande. Les rôles ont changé. Tout aussi étonné, il approche le Noir et l’interroge : « Comment as-tu réalisé une telle prouesse, cher ami ? » Le ministre africain lui fait une tape amicale à l’épaule tout en l’entraînant à une fenêtre : « Tu vois cette forêt, là devait passer une autoroute ». Moralité. Le Blanc a utilisé une partie du financement de la route pour construire sa maison, mais il a fait un sentier. Sous les tropiques, tout le budget de l’autoroute a été injecté dans le ciment. Aucune trace du projet dans la forêt restée vierge. De la fiction à la réalité, les exemples se ressemblent.

Prenons donc le cas pratique de la percée des cellulaires en Afrique. Alors que les prévisions de pénétration de ce nouvel outil de la fin des années 1990 étaient modérées, les opérateurs ont vite fait de revoir leurs estimations. L’outil de communication a enregistré une percée fulgurante. Pulvérisant des records. La vulgarisation et l’exagération connues des utilisateurs africains ont très vite mis les réseaux en difficulté. Il est arrivé des moments où des Ivoiriens avaient quatre portables avec deux numéros par téléphone. Au point qu’ ils se perdaient dans la recherche de l’appareil qui sonnait. Mais en plus du nombre, il y a la qualité du téléphone. La semaine dernière, en mission en France, nous avons constaté qu’aujourd’hui encore, certaines personnes sont aux premiers modèles de portables. Dans nos pays, c’est plutôt la course aux dernières livraisons technologiques.

Dernier exemple. La scène se déroule à l’aéroport de Roissy Charles-De-Gaulle, en France. Notre attention est captée par le grésillement ou chôcôbi d’un voyageur. L’accent est tellement pointu qu’il pousse à la curiosité. A la vue de celui qui parlait, un voisin s’écrit « il chôcô plus que les Blancs ». Du ministre au voyageur, en passant par le téléphone, trois situations qui traduisent la même réalité. Celle du zèle, de l’exagération de l’Afrique dans la copie des comportements de l’Occident. En fait, ce n’est pas à ce niveau, dans la copie pâle, que l’Africain est attendu.

Il est attendu dans la copie de l’ardeur au travail. Quand on se réveille à 4h30 pour courir derrière le métro, pourquoi ne pas en faire autant ici ? Quand on gère au centime près son revenu, pourquoi ne pas appliquer la même rigueur ici ? Il est également attendu des Africains qu’ils vivent dans des cadres sains. Qui se comportent comme dans les rues occidentales en ne jetant pas les peaux de bananes, les papiers mouchoirs, les restes d’arachides ou de maïs dans la rue. Qu’ils assainissent leur environnement de vie, par la propreté des lieux. Qu’ils se comportent en bons citoyens, donc respectueux des règles de la société, de l’État et des biens communs. Si seulement, on pouvait copier à l’excès, mais dans la mesure, ces comportements et pratiques, on aurait eu une copie originale du développement.


Le 11/12/23 à 16:27
modifié 11/12/23 à 17:37