Kouakou Habonouan Louis (PCA de l'Onep) : "La gouvernance de l’Onep est au beau fixe"

Kouakou Habonouan Louis, président du conseil d'administration de l’Office national de l’eau potable. (DR)
Kouakou Habonouan Louis, président du conseil d'administration de l’Office national de l’eau potable. (DR)
Kouakou Habonouan Louis, président du conseil d'administration de l’Office national de l’eau potable. (DR)

Kouakou Habonouan Louis (PCA de l'Onep) : "La gouvernance de l’Onep est au beau fixe"

Vous avez remporté, le 2 septembre 2020, le prix de l’efficacité du Conseil d’administration. Qu’est-ce que cette distinction promeut ?

Effectivement, à la tête du Conseil d’administration de l’Office national de l’eau potable (Onep), nous avons remporté le prix de l’efficacité du Conseil d’administration, à la deuxième édition du prix d’excellence, de la gouvernance et de la performance des entreprises publiques, organisée par le ministère chargé du Budget et du Portefeuille de l’État, à travers la Direction générale du Portefeuille de l’État. C’est une distinction qui récompense le Conseil d’administration le plus efficace, parmi les conseils d’administration des sociétés publiques ou des sociétés à participation financière majoritaire ou minoritaire de l’État de Côte d’Ivoire. Il s’agit-là d’implémenter de bonnes pratiques de gouvernance et des standards mondialement reconnus, qui concourent à une nette amélioration de la gestion des entreprises, et par conséquent, crée de la valeur.

Quelles sont les actions que vous aviez menées et qui vous ont valu la faveur du jury ?

Premièrement, nous avons été distingués sur la base de critères fixés par le ministère du Budget et du Portefeuille de l’État. Deuxièmement, on a été primé sur la base du travail que nous avons abattu à la tête de L’Onep de 2018 jusqu’aujourd’hui. Lorsque nous avons pris fonction en octobre 2018, nous avons mis sur pied un certain nombre d’outils de gouvernance qui se sont avérés efficaces. En effet, aujourd’hui, L’Onep est doté d’une cartographie des risques bien établie. Elle a, à son actif, un plan de continuité d’activités bien établi aussi, tout comme un organigramme de l’entreprise validé en bonne et due forme par le Conseil d’administration. L’Onep dispose, en outre, d’un manuel de procédure en matière technique, financière, administrative et comptable, validé lui aussi par le Conseil d’administration. Il en est de même pour le cadre des emplois validé également par le Conseil d’administration. En tout cas, c’est tout une panoplie d’outils de gouvernance qui ont été mis en place et qui font que la gouvernance de l’Onep est au beau fixe. Le résultat, comme je le disais tantôt, c’est la création de la valeur pour nous permettre d’être à la pointe du service public, hautement social, qui consiste à donner de l’eau potable aux populations. Aujourd’hui, il ne se passe pas de jour sans que la presse fasse écho de l’inauguration du système d’alimentation en eau potable dans tout le pays. Notamment, par le ministre de l’Hydraulique et l’Onep. Ce sont tous ces éléments qui ont contribué à notre distinction.

Tout changement requiert beaucoup de sacrifices. Comment, en si peu de temps, êtes-vous parvenu à mettre en place ces outils et toutes ces réformes ?

La résistance au changement est une problématique difficile en entreprise, étant donné qu’il s’agit avant tout d’une question liée aux hommes qui sont au début, à la fin et tout au long du processus. Il a fallu donc mettre en place un système managérial basé sur la confiance, entre le Conseil d’administration et la direction générale. Il fallait, dans un premier temps, que toutes les composantes de l’entreprise se rendent bien compte que ces deux organes de la superstructure sont en parfait accord sur l’élément incompressible qu’est le travail, surtout, le travail bien fait. Une fois en fonction le 02 octobre 2018, nous avons mis à profit le dernier trimestre de ladite année pour installer la confiance. A partir de cet instant, l’implémentation du processus s’est déployée tranquillement. L’ensemble des directions et les services qui en découlent ont bien cerné la nouvelle vision, les missions ainsi que les valeurs qui leur ont été clarifiées. De sorte que le reste n’a consisté qu’en la mise en œuvre du processus. Après quoi, nous avons initié un ensemble de plans stratégiques avec des objectifs précis, au nombre de quatre. Le premier part de 2020 à 2022 ; le deuxième de 2023 à 2025 ; le troisième, de 2026 à 2028 et le dernier, de 2029 à 2030. Comme le dit si bien notre ministre, mon aîné Tchagba Laurent ; cela nous permettra d’être très éloquent, en termes d’accessibilité en eau potable, aussi bien en zone urbaine qu’en zone rurale vis-à-vis des populations.

Vous faites partie de la première promotion des administrateurs certifiés de l’espace Uemoa. Cette formation a-t-elle contribué à glaner ces lauriers à la tête du Conseil d’administration de l’Onep ?

Absolument ! Je suis administrateur civil de profession. Lorsque je prenais la tête du Conseil d’administration de L’Onep, je faisais face à de nouvelles réalités. Je me suis dit que je ne pouvais percer les secrets de cette nouvelle aventure que par la formation continue. Donc, grâce à l’Institut national des administrateurs de Côte d’Ivoire (Inadci), présidé par Mme Zunon Kipré, nous avons fait un parcours initiatique, en termes de gouvernance d’entreprise, de la Côte d’Ivoire au Canada, en passant par le Maroc. Nous avons eu à visiter bon nombres de thématiques ayant trait à la gouvernance des entreprises privées et publiques. En outre, nous faisons partie de la première promotion des administrateurs certifiés de sociétés publiques. Il faut dire qu’à la base, il y a eu une communication du gouvernement ivoirien qui rendait obligatoire la formation des administrateurs des entreprises publiques. Pour moi, toutes ces formations ont permis de bonifier et de booster ce que nous avons pu faire et ce que nous continuons de faire à la tête de l’Office national de l’eau potable. Le challenge, à présent, c’est de maintenir le cap, pour satisfaire les populations, vœux chers au Président Ouattara et au gouvernement du Premier ministre Hamed Bakayoko.

La tendance au niveau de la Direction générale du Portefeuille de l’État, c’est le contrat de performance. L’Onep a-t-il déjà franchi ce pas ?

Oui, nous avons déjà notre contrat de performance avec la Dgpe. C’est un contrat clair assorti d’indicateurs très précis.

L’Onep est-il intéressé par la certification ISO ?

Oui ! Nous avons également cette ambition. Le processus est aujourd’hui très avancé, nous avons donné des instructions à la direction générale pour que jusqu’à la fin de l’année, la certification Iso 9001 version 2015 soit acquise.

L’actualité, c’est la Covid-19. Quel est l’impact de cette pandémie sur l’ensemble de vos activités ?

Nous avons un plan de continuité d’activité, comme je le disais tantôt. Mais aucun plan de continuité d’activité n’avait prévu cette pandémie à notre connaissance, de sorte que lorsqu’elle est survenue, le Conseil d’administration a demandé à la direction générale de tenir compte de son impact sur les activités de l’Onep. Ce qui a été fait. Aujourd’hui donc, nous pouvons affirmer que notre société est résiliente, parce qu’en dépit de cette maladie inattendue, ses activités se poursuivent. Les populations n’ont pas été abandonnées, elles continuent de bénéficier de ses prestations.

Quel est le taux de réalisation de vos projets inscrits au titre de l’année 2020 ?

Nous avons un Conseil d’administration imminent qui doit se pencher sur la question. Mais passé le premier semestre, nous avons pratiquement réalisé la moitié des projets prévus pour cette année 2020. Je dis «pratiquement», parce que c’est sur la base d’une moyenne que je le dis. Car, si on tient compte d’un benchmark des entreprises publiques, on verra que nous sommes logés à la bonne enseigne, et très bien classé d’ailleurs.

Tout n’est pas forcément parfait. Quelles sont aujourd’hui les vulnérabilités que l’Onep est appelé à corriger ?

Il y a beaucoup de travail à faire à l’Office national de l’eau potable. Il s’agit notamment de défis qui touchent l’aspect financier. L’Onep est une société non commerciale, donc loin du secteur marchand. Par conséquent, nous vivons de subventions de l’État. Ce qui est important, c’est que le domaine de prédilection de l’Onep est le secteur de l’eau, donc éminemment social et important. Cela doit nous permettre de nous organiser pour trouver des financements additionnels. Nous avons, à ce titre, ce que nous appelons les Mod (Maîtrise d’ouvrages délégués) qui sont des sources de financement, mais qui ne sont pas toujours régulières. Car, même s’il y a des projets auxquels l’Onep est partie prenante, il reste qu’il demeure toujours le parent pauvre. Ces Mod représentent une bonne partie des entrées de nos ressources financières. Nous sommes donc en train de nous organiser, le Conseil d’administration a donné des instructions à la direction générale pour suivre de près ce dossier, en faisant en sorte que les Mod émanant de la Sodeci, des bailleurs de fonds et de l’État ne soient plus en souffrance. C’est toute une politique qui est menée dans ce sens, de sorte que cela vienne vivifier l’Onep. Il y a aussi notre laboratoire qui doit être une source d’entrées financières. Aujourd’hui, il produit des solutions hydroalcooliques, dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. C’est un laboratoire qui doit monter en puissance. En tout cas, le Conseil a donné des instructions pour qu’à terme, ce laboratoire engrange des ressources financières. Il y a par ailleurs d’autres défis qui se situent dans un cadre structurant. Notamment, avec le ministère de l’Hydraulique, ainsi que d’autres parties prenantes. Au niveau du Conseil d’administration, nous sommes au stade des réflexions, pour donner les instructions nécessaires. Le marché de l’eau en bouteille est assez florissant aujourd’hui. Le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique a son mot à dire dans la production, tout comme le ministère du Commerce. Mais l’Onep est responsable de la potabilité de l’eau qui est consommée en Côte d’Ivoire. Donc nous sommes en train de mener des réflexions. Nous allons nous rapprocher des différentes parties prenantes, en commençant par notre ministère de tutelle. Nous estimons que toutes ces eaux mises en bouteilles devraient pouvoir attester d’une certaine potabilité. L’organe habilité à le faire, c’est bien l’Onep. Comment ? Les réflexions en cours nous permettront de le dire. Toujours est-il que, si ces réflexions sont bien menées, elles permettront de procurer des sources financières à l’Onep.

Quelles sont alors les perspectives de l’Onep ?

Nous sommes en train d’implémenter un certain nombre d’outils qui, à terme, doivent nous permettre de grandir. On peut naître petit et grandir au fil du temps. Nous sommes dans un secteur non marchand, mais de réelles possibilités commerciales existent pour l’Onep, comme je l’ai énuméré plus haut. Nous pensons qu’on peut faire de sorte qu’on arrive à se passer de la subvention de l’État. D’ailleurs, cette subvention a une tendance fortement baissière, d’année en année, de sorte qu’on est souvent confrontés à des manques à gagner qui nous obligent à engranger des ressources ailleurs. Si le Conseil d’administration et la direction générale se donnent la main, pour bien mener la politique de gouvernance et de performance via les sillons qu’on a tracés, l’Onep pourra aboutir à la création de valeurs autres que sociales c’est-à-dire apporter uniquement de l’eau aux populations.

Interview réalisée par ÉTIENNE ABOUA ET DAVID YA


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