ENQUÊTE EXPRESS / Face au phénomène des congés anticipés : Les administrations entre impuissance et réaction

ENQUÊTE EXPRESS / Face au phénomène des congés anticipés : Les administrations entre impuissance et réaction

Groupe Scolaire Thanon Namanko, sis aux Vallons, à Cocody, la commune la plus huppée de la ville d’Abidjan. Lêkê (chaussures plastiques) aux pieds, le visage badigeonné de craie et de kaolin, des élèves habillés en pantalons de couleur kaki perturbent les cours. Ils manifestent le désir d’obtenir des congés anticipés. C’est la récréation et la cour de l’école est bondée d’élèves.

Bamogo Patindé, professeur de Physique-Chimie, habillé en polo vert, pantalon noir, le visage barbu, assis sur un banc sous le préau, affirme d’un ton convaincant : « Les élèves sont amis entre eux et sont de différents lycées et collèges. Ils sont régulièrement en contact et se donnent des informations de même que des fakenews, afin d’anticiper leur départ en congés, via les réseaux sociaux ». Pour lui, les élèves à la base de ces manifestations sont « les moins studieux du système ». Jean Eby, professeur d’espagnol, vêtu d’un costume de couleur gris-cendre, cravate rose, sourire aux lèvres, renchérit : « ces perturbateurs viennent avec des cailloux, des bâtons et des armes blanches ». Il déplore « l’inconscience de ces jeunes violents ».

Yopougon, la plus grande commune de la capitale économique ivoirienne, un peu plus au Nord de Cocody. Le mode de propagation du phénomène des congés anticipés est tout autre. Au Lycée professionnel Mohammed 6, vêtu d’un pantalon noir, d’une chemise et d’une ceinture blanche, l’étudiant en hôtellerie Moïse Koffi explique le processus suivi pour perturber les établissements. « Dans cette école, la Fesci se sert des élèves et des étudiants pour boycotter les cours », révèle-t-il, les larmes aux yeux. Censeur dans ledit Lycée, Madame Touato, une belle femme au teint clair, la taille moyenne, la quarantaine bien révolue, révèle que « l’administration est incapable de les sanctionner parce qu’ils sont couverts par la FESCI ».

Contrairement aux différents établissements visités à Abidjan, le Collège moderne d’Apprompronou, dans l’Indénié Djuablin, à 239 kilomètres d’Abidjan, donne le bon exemple. Ici, les membres de l’administration ont pris des mesures drastiques contre ces perturbateurs. Jeune rouquin, barbu, coiffé à (?) ras, avec une calvitie au milieu de la tête, le professeur d’anglais Soro Doma explique : « Le collège ne reste pas sans voix face à cette situation. L’année dernière, nous avons conduit deux de nos élèves perturbateurs de cours au commissariat d’Abengourou ».

Pour maintenir et endiguer ce phénomène des congés anticipés, certains enseignants proposent que les chefs d’établissements organisent des tournois sportifs, des interclasses, des concours et des journées culturelles à une semaine des congés afin de maintenir les élèves dans les salles de classe.

Dochiéré KONE

Eunice TOUATO

Elodie SORO

Oumou KARABOUALY

Mesures drastiques contre quiétude !

Congés anticipés. Disons plutôt désordre, indiscipline et violence revendiqués ! N’est-ce pas ce qui se passe dans les établissements scolaires à l’approche des congés ? L’école ivoirienne, socle de l’apprentissage, devient aujourd’hui le socle de l’aliénation. Les élèves s’y adonnent à des manigances et à de la violence, juste pour quelques semaines, sinon quelques jours d’absence. Congés anticipés, ça s’appelle. Ecœurant, désolant, surtout révoltant ! Des actes de violence et de rébellion insensés qui laissent des blessures dans nos cursus scolaires et universitaires. C’est à juste titre que, quand les coupables sont saisis par les forces de l’ordre ou démasqués par leur propre établissement, ils sont envoyés pour fréquenter les Commissariats ou la prison. Ces mesures drastiques, il en faut pour la quiétude des lycées et collèges en Côte d’Ivoire.

Wilfried DION

Le désordre à l’école, à qui la faute ?

Dans cette société en pleine mutation, si l’Afrique peine encore à prendre son envol dans le concert des grandes nations, c’est parce que nos dirigeants n’ont pas encore compris que la formation efficiente de la jeunesse est la pierre angulaire de tout progrès. Chez nous, en Côte d’Ivoire, la norme, ce sont les congés anticipés dans le système éducatif. Cette réalité n’émeut personne. Nos autorités semblent s’y plaire.

L’année dernière, nous avons assisté, comme des spectateurs attristés par le casting d’un film d’horreur, à ces congés anticipés orchestrés par certains élèves en manque de repères. A la fin de l’année académique, la Direction des Examens et Concours (DECO) a brandi, comme un trophée de guerre, le résultat. Il est sans appel : Plus 6.500 cas de fraude et de tricherie lors des examens à grand tirage.

A qui la faute ? A cette question de fond, il est difficile d’apporter une réponse tranchée. Car, de toute évidence, nous avons laissé notre système éducatif entre les mains d’une mafia appelée cyniquement Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci). Elle a la possibilité de gérer le calendrier scolaire selon les humeurs de ses leaders.

A qui la faute ? Aucune idée. Parce que nous avons à la tête de nos institutions éducatives des personnes qui ne sont pas toujours des modèles. La faute n’incombe sûrement pas à ces personnes qui ont leurs enfants ailleurs, dans les meilleures universités du monde, et qui gèrent notre éducation nationale.

A qui la faute ? Ce n’est pas la faute aux parents non plus ! Certains d’entre eux ne savent pas qu’un enfant, on l’éduque, on le nourrit, on lui donne des valeurs sociales pour qu’il ne soit pas une entrave à la vie communautaire. Ne leur demandez pas de faire ce qu’ils ne savent pas !

Christian KOSSONOU


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