Nommé Premier ministre/Hamed Bakayoko : Un homme de missions en mission

Hamed Bakayoko (à gauche) désormais confirmé comme le chef du gouvernement. (DR)
Hamed Bakayoko (à gauche) désormais confirmé comme le chef du gouvernement. (DR)
Hamed Bakayoko (à gauche) désormais confirmé comme le chef du gouvernement. (DR)

Nommé Premier ministre/Hamed Bakayoko : Un homme de missions en mission

Le 03/08/20 à 10:35
modifié 03/08/20 à 10:35
Le Président de la République l’a confirmé au poste de Premier ministre, jeudi dernier. Parcours du nouveau chef du gouvernement.
En confirmant, jeudi dernier, Hamed Bakayoko au poste de Premier ministre, le Président de la République Alassane Ouattara mettait ainsi fin aux supputations de tous ordres. La Côte d’Ivoire a, de nouveau, un Premier ministre ! Amadou Gon, de regretté mémoire, « le fils, le fidèle des fidèles » dont la mort afflige le « père », le Chef de l’État, revient sous une autre forme, en quelque sorte : un autre fidèle des fidèles, en remplacement d’un premier, si tôt parti. On ne nomme à ce poste que ceux en qui l’on a confiance, qui ont su mériter la confiance placée en eux ; et qui ont aussi su montrer, par leurs capacités à traduire en actions concrètes, ce qu’on attend d’eux : savoir marquer les esprits dans l’efficacité de leurs méthodes. C’est ce qui s’appelle savoir laisser des traces.

Star de la presse

Et ce Premier ministre dont la nomination n’étonne personne, a su laisser des traces ; là où le hasard de la vie l’a placé. Enfant du multipartisme, Hamed Bakayoko s’était signalé très tôt dans le paysage politique de la Côte d’Ivoire qui se reconfigurait, à l’ombre du Président Félix Houphouët-Boigny vieillissant, comme un élément incontournable du puzzle. Á 26 ans, tout juste. En dirigeant, au temps béni du printemps de la presse, avec toutes ses dérives, un journal, Le Patriote, qui avait servi à atténuer, défendant dans l’insolence de leurs jeunes âges le parti de leurs pères, les attaques surtout de toutes natures, des oppositions ivoiriennes contre le pouvoir de l’époque, le Pdci-Rda. A l’époque déjà, s’arrachait ce journal qui établissait, chaque jour, l’équilibre de la désinformation contre les Bolkotch d’une presse, celle des oppositions déchaînées de l’époque. HamBak, comme l’appellent ses intimes, tissait, chaque jour, n’étant sorti nulle part d’une école de journalisme, son chemin de patron de presse dans ce pays de Félix Houphouët-Boigny qui comptait au nombre de ses journalistes des noms célèbres et non des moindres, sortis des écoles de journalisme du Serti d’Abidjan, du Cesti de Dakar, des écoles de Lille, du Canada, de Bordeaux, etc. Il était, déjà, une star de la presse, journaliste, Directeur de publication du journal Le Patriote, et Président, en 2001, du Conseil national des patrons de presse de Côte d’Ivoire (CNPPCI).

Le Golden Boy

Mission en marche, une autre lui sera donnée. Celle de diriger une Radio. Ce sera Nostalgie. En tant que PDG de Radio Nostalgie Côte d’Ivoire, en 1993, et PDG de Radio Nostalgie Afrique, quatre ans plus tard, en 1997. Avec une équipe, s’entourant toujours d’hommes et de femmes capables de le suivre, jusqu’au bout de la mission à lui donnée, il réussit le pari de faire de Radio Nostalgie une fréquence à l’audience intacte. De là, sans aucun doute, ce sobriquet qui le suit comme son double : Golden Boy de la presse en Côte d’Ivoire. C’est un peu un Obélix qui avait goûté très tôt à la potion magique, puisqu’à 13 ans, déjà, en 1978, il dirigeait, en tant que rédacteur en chef, le Journal du Collège moderne d’Adjamé. Je le revois encore, en 1991, à l’avenue 1, à 26 ans tout juste, dirigeant d’une main de maître, en patron, au rez-de-chaussée d’une aile de la Résidence De Gaulle, la mission à lui confiée : être un répondeur automatique efficace, sans gants, aux écrits sans gants des journaux de l’opposition des époques de toutes les dérives qui avaient mis aux vestiaires les règles de déontologie les plus élémentaires. Aujourd’hui, ce journal si précieux de l’époque, avec les mutations du paysage politique, et ses mutations éditoriales, tient toujours sa place dans le paysage médiatique ivoirien, en défenseur patenté du pouvoir en place. Devait-on s’en étonner ? Que non !

Serviteur loyal et patient

Hamed Bakayoko grandit à l’ombre protecteur du premier Premier ministre de l’histoire de la Côte d’Ivoire, et évolue dans le sillage de la trajectoire politique de cet homme devenu, après moult péripéties, Président de la République de Côte d’Ivoire, depuis bientôt dix ans : Alassane Ouattara. Il a choisi de le servir. Nommé jeudi, disons confirmé dans ses fonctions de Premier ministre, non par intérim assumé avec loyauté et efficacité, il assume désormais pleinement ce haut poste de l’État, cumulativement à celui de ministre d’Etat, chargé de la Défense.

En serviteur loyal

On peut tout dire de lui ; qu’il ne sort guère d’une grande école ; qu’il n’a pas fait le cursus qui amène à ce poste – comme s’il en existait bien un- ; on peut tout dire de lui, dis-je, mais on ne peut pas nier ce fait important : il sort d’une école, qui forme aux choses pratiques, et permet de tracer son chemin et de boutonner son histoire : l’école de la vie, la meilleure sans aucun doute, quand on sait en tirer les opportunités qu’elle offre, les parts d’expériences pratiques à capitaliser. Cette école, lui a aussi appris deux choses essentielles: la fidélité et la patience. En tout. Un principe de vie guidé par son éducation spirituelle de laquelle ne saurait se départir l’ex-Président de l’Association des élèves et étudiants musulmans de Côte d’Ivoire, section du Collège moderne d’Adjamé. Á qui sait attendre et poser ses pas ...

Un fidèle en remplace un autre

Goethe a raison dans ses Conversations avec Eckermann : « Ce n’est pas assez de faire des pas qui doivent un jour conduire au but, chaque pas doit être lui-même un but en même temps qu’il nous porte en avant ». On peut donc écrire : un fidèle part, un autre arrive. Cette main d’autorité qui le confirme à son poste, non seulement de ministre de la Défense de la Côte d’Ivoire, mais surtout de premier des ministres de la République, ne se trompait pas. C’était dans la logique d’une continuité. Porter en avant un homme qui avait assumé l’intérim avec efficacité. Croire au contraire, aurait étonné plus d’un. Félicité par le défunt, sous les applaudissements de ses homologues, le jour du retour en Côte d’Ivoire du Premier ministre, il aurait même été impensable que ce ne fût pas lui.

Du sérail et populaire

C’est un politique qui a pu asseoir sa notoriété auprès de tous les partis politiques, avec des atouts énormes :

- Sa jeunesse. Ce n’est guère un critère suffisant, certes, mais il est jeune et il sait parler le langage de cette jeunesse ; danser ses danses, porter ses habits ; sachant, à l’occasion, pour ses fonctions, s’habiller comme il faut, en costumes de son rang ;

-Homme de contact, ouvert et solidaire, avec un sens élevé de la générosité, il a su se construire une image de l’homme près des uns et des autres, sans distinctions ;

- Sa popularité. Aimé de son parti d’origine, le RDR, il fait figure aujourd’hui de disque dur du Rassemblement, le RHDP et de Premier ministre des défis à relever. Notamment, celui de renouer le dialogue avec l’opposition et faire baisser la température politique qui s’élève à trois mois de l’élection présidentielle. Et son audience va même au-delà de son parti, parce qu’il sait entretenir ses relations, ayant très tôt aussi, milité au sein des regroupements associatifs : président, en 1986, entre autres, de l’Amicale des élèves et étudiants ivoiriens au Burkina Faso ; président en 1990 de la Jeunesse estudiantine et scolaire du PDCI (JESPDCI) ;

- Un homme de missions en mission, qui a gagné bien des défis, en s’entourant, chaque fois, d’une bonne équipe composée d’hommes et femmes de toutes les compétences, sans distinctions ; le propre de ceux qui savent ce que les différences, à la différence des sectarismes, font gagner...

Á chacun son étoile

« Chaque pas doit être un but ». Le voici à 55 ans, à un carrefour important de sa vie. Nul doute que sa longue expérience politique, à l’ombre de son mentor, lui sera un adjuvant pour relever les défis à venir, devenu aujourd’hui Premier ministre, Chef du gouvernement, ministre de la Défense. Et ce, après 17 ans de postes ministériels, depuis mars 2003 : ministre des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication ; 2011: Ministre de l`Intérieur et de la Sécurité ; 2018- ministre d’Etat, ministre de la Défense.

Á toutes ses fonctions, patient, à l’école de la vie, il a su se constituer une carapace d’homme d’État, gravissant, étape par étape, les marches rouges des allées du pouvoir, cultivant sans cesse la réussite dans ses missions, la fidélité en un homme, le président de la République. Jeudi dernier, veille de la Tabaski, l’heure d’une autre mission sonna. Á qui sait attendre... Premier de tous les ministres

Premier ministre de son pays, une autre mission commence pour lui. Pour cet homme de mission, toujours prêt pour les missions, celle-ci est la plus gratifiante, sans doute, mais aussi la plus éprouvante, stressante, en tant que premier de tous les ministres. Le chantier est vaste, et les échéances courts. Parmi eux ? Comment rétablir le fil du dialogue fécond avec l’opposition et créer un climat moins lourd pour les échéances à venir qui cristallisent toutes les passions ?

Á des jeunes, le ministre d’état, ministre de la Défense, maire d’Abobo, l’une des plus grandes commune du pays avait tenu ce message : Le plus important, c’est de faire son travail, sans « ambitions démesurées. L’ambition, c’est bien, mais il ne faut pas en faire une fixation... Chaque fois que j’avance, je le fais par rapport à ma position... Si tu travailles (bien), ce sont les résultats de ton travail qui vont porter ton ambition ». Comme beaucoup de militants de son parti, il a eu aussi ses parts de grâces, mais aussi de souffrances endurées. On sort de ses épreuves, aguerri, et prèt sans aucun doute pour un autre challenge. Une autre mission.

Face à son destin

La politique a « bouffé » sa jeunesse, mais il ne se laisse pas « bouffer » par elle. On dit de lui qu’il aime le « show », mais c’est aussi l’autre manière de faire la politique, dans le « show des ambiances décontractantes», tout en ne perdant pas, dans ses récréations, les lourdes responsabilités qui pèsent sur ses frêles épaules de 55 ans, entré si tôt dans le chaudron de la politique. On ne confie pas la sécurité d’un pays à un individu incapable de surveiller une basse-cour. Demain, s’il parvenait au pouvoir suprême par la grâce de son destin, on ne dira pas qu’il n’a pas fait ses preuves ; ayant toujours su rester serein, imperturbable, face aux montées fangeuses des attaques personnelles. Qu’il réussisse, pour le bien de la Côte d’Ivoire. Ce challenge n’a pas de prix.


Le 03/08/20 à 10:35
modifié 03/08/20 à 10:35

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