Quand Covid-19 et la guerre des prix de l'Opep frappent le secteur pétrolier et gazier en Afrique

Quand Covid-19 et la guerre des prix de l'Opep frappent le secteur pétrolier et gazier en Afrique

Le 26/03/20 à 20:24
modifié 26/03/20 à 20:24
L'effet immédiat du Covid-19 pour le secteur des hydrocarbures a été d’abord senti sur la demande de pétrole brut et sur ses prix
JOHANNESBURG, Afrique du Sud, 26 mars 2020/ -- Les gouvernements africains s’apprêtent à subir une baisse des revenus ; Plusieurs projets d'exploration sont suspendus ; Des milliers d'emplois locaux sont menacés si rien n'est fait.

Alors que les effets à court terme du Covid-19 sur les économies mondiales se font déjà sentir et mettent des millions de personnes dans une situation précaire, ses effets à long terme restent encore inconnus. En Afrique subsaharienne, l'impact se fera encore plus sentir car la pandémie est combinée à un effondrement historique des prix du pétrole, exerçant une pression sur les budgets des États et testant la résilience des sociétés énergétiques les plus puissantes du continent.

L'effet immédiat du Covid-19 pour le secteur des hydrocarbures a été d’abord senti sur la demande de pétrole brut et sur ses prix. La plupart des analystes et des opérateurs conviennent maintenant que 2020 pourrait voir une croissance négative de la demande de pétrole dans le monde, alors que les industries ferment et que les pays du monde entier se confinent. L'effet sur les prix a été dévastateur : ils ont atteint leur plus bas niveau depuis 1991 et se situent actuellement en dessous de 25 dollars le baril.

Pour l'Afrique, cela signifie une pression immédiate sur les budgets des États et leur stabilité macroéconomique. En dehors de l'Afrique du Sud, les plus grandes économies du continent dépendent fortement des revenus pétroliers pour alimenter le budget de l'État et les dépenses publiques et assurer la stabilité macroéconomique. Tous les producteurs d’Afrique subsaharienne avaient budgétisé 2020 avec une référence pétrolière bien supérieure à 50 dollars, de 51 dollars en Guinée équatoriale jusqu’à 57 dollars au Nigéria. Étant donné les prévisions actuelles que les prix du pétrole ne dépasseront pas les 30 dollars pour le reste de l'année, la plupart des budgets doivent être réajustés et les dépenses publiques doivent être considérablement réduites.

Selon le Conseil de l'Atlantique, les principaux producteurs africains pourraient s'attendre à des pertes de plusieurs milliards de dollars de recettes publiques cette année. Le Congo-Brazzaville pourrait être le plus touché, avec une perte représentant 34% de son PIB, dans un pays où le ratio dette / PIB est déjà de l'ordre de 90%. Il en va de même pour l'Angola, où le prix du pétrole à 30 dollars entraînerait une perte de revenus de près de 13 milliards de dollars, soit 13% du PIB. La Guinée équatoriale, le Gabon et le Tchad pourraient connaître des pertes de près de 10% de leur PIB en raison de la crise actuelle. Le Nigéria subirait enfin le plus gros revers avec une perte de 15,4 milliards de dollars, toujours selon le Conseil de l'Atlantique. Si cela ne représenterait que 4% de son PIB, l'impact sur les producteurs marginaux et les emplois locaux serait potentiellement dévastateur. Les nouveaux producteurs subiraient également des pertes de revenus : au Ghana, le Centre africain pour la politique énergétique (ACEP) estime une perte de revenus potentielle de 53% à 743 millions de dollars au lieu des 1,567 milliards de dollars que le pays pensait recevoir cette année.

« Des milliers d'Africains et d'expatriés vont être licenciés dans les pays producteurs de pétrole alors que les entreprises ferment leurs plates-formes de forage et les projets prévus. Nous devons faire face à la réalité car ces temps sont sans précédent. L'incertitude est encore plus frustrante pour les compagnies pétrolières et les travailleurs. Pardonnez-moi, mais il y a du sang dans les rues, dans l'eau et l'air a le coronavirus », a déclaré NJ Ayuk, président de la Chambre africaine de l'énergie et lobbyiste de l'industrie pétrolière. « Les pays producteurs de pétrole doivent se rassembler et travailler avec le secteur privé afin de nous sortir de la crise du Covid-19 et atténuer autant que possible les retombées économiques. Lorsque les États-Unis et l'Europe parlent d'une récession, la plupart des pays africains et nos concitoyens sont probablement déjà entrés en dépression », a ajouté Ayuk.

Les effets à long terme que le Covid-19 aura sur le secteur en Afrique dépendent de ce qui s’y passera cette année. Les coupes dans les dépenses d'exploration et l'annulation des plans de forage d’aujourd'hui pourraient potentiellement signifier des années de retard dans les nouvelles découvertes, le remplacement des réserves et la mise en production de nouveaux gisements. Les plus grandes sociétés pétrolières internationales opérant sur le continent réduisent déjà toutes leurs dépenses de 20% en moyenne dans le monde, ce qui devrait avoir un impact sur l'exploration et les projets en Afrique. Alors qu'ExxonMobil envisage plusieurs réductions de dépenses, Shell a déjà annoncé une réduction des coûts d'exploitation sous-jacents de 3 à 4 milliards de dollars et une réduction des dépenses en capital de 5 milliards de dollars. Le Capex organique de Total est réduit de plus de 3 milliards de dollars, ce qui représente 20% de ses dépenses d'investissement prévues pour 2020. Chevron réduit également les dépenses en capital et d'exploration de 20%, entraînant notamment une réduction de 700 millions de dollars des projets et de l'exploration en amont.

Ces CPI devaient prendre d'importantes décisions d'investissement finales cette année ou dans un avenir proche sur des projets de plusieurs milliards de dollars en Afrique. Il s'agit notamment du projet Bonga Sud-Ouest de Shell, des projets Bosi, Owowo West et Uge-Orso d'ExxonMobil ou du projet Nsiko de Chevron. Quelle que soit leur stade d’avancement, il est très peu probable que ces projets soient sanctionnés cette année. Les déclarations récentes d'indépendants vont dans le même sens. Par exemple, Woodside Energy examine actuellement toutes les options pour préserver et améliorer la valeur de son projet pétrolier offshore Sangomar au Sénégal, dont le premier pétrole était attendu en 2023.

Au-delà du pétrole, les projets de gaz naturel et de GNL sont également affectés. L’annonce par ExxonMobil qu’elle reporterait le feu vert de son projet Rovuma LNG de plusieurs milliards de dollars du Mozambique envoie des signaux inquiétants. De même, BP et Kosmos s'efforcent déjà de reporter les dépenses d'investissement de la phase 1 de Tortue 2020 pour leur projet d’unité flottante de GNL de plusieurs milliards de dollars en Mauritanie et au Sénégal. Ensemble, Rovuma LNG et Grand Tortue Ahmeyim représentent les plus grands espoirs de l'Afrique pour renforcer sa position en tant que nouveau centre d'exportation mondial de GNL. Retarder de tels projets aura des conséquences importantes sur la croissance économique prévue dans chacun de ces pays.

Enfin, l'impact à long terme du Covid-19 se joue en ce moment, alors que les programmes d'exploration sont suspendus. Les forages tant attendus comme les plans de FAR en Gambie cette année ont été suspendus. D'autres projets d'acquisition sismique prévus ont également déjà été annulés, tels que ceux d’EMGS au large du Sénégal et de la Mauritanie pour BP qui devait commencer ce mois-ci, ou le projet d'acquisition sismique 3D de Polarcus au large de l'Afrique de l'Ouest. Pendant ce temps, la plupart des cycles de licences qui devaient confirmer l'Afrique en tant que frontière d'exploration mondiale cette année ne seront probablement pas à la hauteur des attentes. Le Soudan du Sud, par exemple, a déjà annoncé la suspension de son cycle de licences pétrolières et gazières cette année.

Alors que les nations africaines sont aux prises avec la crise provoquée par le Covid-19 et la guerre des prix de l'Opep entre l'Arabie saoudite et la Russie, les initiatives qu'elles prennent aujourd'hui détermineront l'avenir de leurs industries pétrolières et gazières pour les prochaines années. Les entreprises locales, qu'elles soient productrices ou prestataires de services, sont en première ligne et ont besoin de tout le soutien possible pour éviter de supprimer des emplois et survivre à la crise. Comme l'a récemment déclaré le PDG de Shoreline Energy, Kola Karim, « lorsque les éléphants se battent, ce sont les petits producteurs qui souffrent. » Soutenir ces petits producteurs et leurs sous-traitants locaux devrait être une priorité pour préserver l’avenir et la prospérité à long terme du secteur pétrolier et gazier en Afrique.

SOURCE : African Energy Chamber


Le 26/03/20 à 20:24
modifié 26/03/20 à 20:24

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