Papi fera-t-il de la résistance ?

Le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, candidat du RHDP. (DR)
Le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, candidat du RHDP. (DR)
Le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, candidat du RHDP. (DR)

Papi fera-t-il de la résistance ?

Le 14/03/20 à 12:11
modifié 14/03/20 à 12:11
Les choses sont allées très vite au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), parti au pouvoir. Une semaine après que le Président de la République, président de ce parti, a déclaré ne pas vouloir briguer un troisième mandat, le Rhdp a choisi son candidat. Il s’agit d’Amadou Gon Coulibaly, l’actuel Premier ministre. Présentons-le rapidement.

Arrière-petit-fils de Péléforo Gbon Coulibaly, le mythique chef des Sénoufo qui appela tout le nord de la Côte d’Ivoire à voter pour Félix Houphouët-Boigny afin qu’il soit élu à l’Assemblée nationale française en 1946, il est le fils de Gon Coulibaly, ingénieur de formation, qui fut député de Korhogo de 1959 à 1990.

Amadou Gon Coulibaly est né le 10 février 1959 et fut un brillant élève au lycée moderne de Dabou où il décrocha son baccalauréat série C en 1977. Il obtint une bourse française et s’en alla poursuivre ses études en France. Il en revint ingénieur, diplômé du Centre des hautes études de la construction de Paris, comme son père. Il entra aux « Grands Travaux » que dirigeait alors Antoine Cesareo et en gravit toutes les marches jusqu’à en devenir le numéro deux. Lorsque M. Alassane Ouattara était le Premier ministre d’Houphouët-Boigny, il remarqua le jeune Amadou Gon Coulibaly et le nomma conseiller technique dans son cabinet.

Le destin des deux hommes venait de se lier à jamais. Amadou Gon Coulibaly fut en 1994, l’un des membres fondateurs du parti le Rassemblement des républicains (Rdr) dont Alassane Ouattara devint le président en 1999. Il gravit les échelons pour en devenir le secrétaire général délégué. Il est élu député en 1995. En 1999, il est emprisonné en même temps qu’une vingtaine de dirigeants du Rdr, dont Madame Henriette Dagry Diabaté, après des manifestations interdites par le pouvoir d’Henri Konan Bédié. Amadou Gon Coulibaly qui était député voit son immunité levée pour des propos jugés offensants envers le Président de la République.

C’est à la suite du coup d’État de 1999 qu’ils seront libérés. Amadou Gon Coulibaly sera élu maire de Korhogo en 2001, et nommé secrétaire général de la Présidence lorsque M. Alassane Ouattara sera élu Président de la République en 2010. En 2017, il est nommé Premier ministre. Dans la mesure où il est celui qui conduit la politique définie par le Président de la République, il peut parfaitement revendiquer une part du succès obtenu par le Président Ouattara, notamment sur le plan économique. Il est connu comme un homme qui maîtrise ses dossiers, et un infatigable travailleur. Pendant ce temps, que se passe-t-il en face ?

Être ou ne pas être... candidat ? Telle est la violente question qui doit agiter quelques têtes chenues en ce moment. Il faut dire que la décision du Président de la République de ne pas briguer un nouveau mandat a dérangé bien des stratégies. Nous avons d’un côté M. Henri Konan Bédié, 86 ans au compteur, qui rêvait de revenir au pouvoir pour prendre sa revanche sur son destin, et de l’autre, M. Laurent Gbagbo, 75 ans au compteur, qui, lui, rêvait de prendre sa revanche sur Alassane Ouattara qui l’avait terrassé lors de l’élection présidentielle de 2010. Henri Konan Bédié, patron du Pdci, n’a jamais digéré le coup d’État qui l’a chassé du pouvoir à la fin de l’année 1999, alors qu’il avait procédé à des changements constitutionnels pour se maintenir au pouvoir jusqu’à la fin de sa vie. Il avait, entre autres, fait passer le mandat présidentiel de cinq à sept ans et introduit dans la constitution des dispositions censées éliminer de la course celui qu’il voyait alors comme son adversaire le plus redoutable.

Laurent Gbagbo, lui, n’avait tout simplement pas accepté sa défaite en 2010, ce qui coûta la vie à plus de trois mille personnes dans notre pays. Pour lui et ses partisans, le fait que le président du Conseil constitutionnel d’alors, Paul Yao-Ndré, l’avait déclaré élu en tordant le droit, c’était ce qui devait être. Et son possible acquittement au procès que lui a intenté la Cour pénale internationale est interprété comme une victoire qui l’autoriserait à revenir récupérer le poste qui lui était dû.

Une candidature du Président Ouattara était le prétexte que cherchaient Bédié et Gbagbo pour justifier les leurs. M. Ouattara n’étant plus candidat, ils devraient affronter Amadou Gon Coulibaly qui est nettement plus jeune qu’eux, au grand dam des jeunes de leurs partis qui avaient rêvé que leurs leaders leur feraient la passe. Au Pdci notamment, certaines jeunes pousses avaient pendant un certain temps « mouillé le maillot » dans l’espoir d’être adoubées par Bédié. Mais ce dernier a donné le sentiment de vouloir mener lui-même le combat. Cela avait calmé leurs ardeurs. Mais la décision du Président Ouattara leur a donné à nouveau de l’espoir.

Et quelques-uns recommencent à donner de la voix. Ils souhaitent secrètement que leur leader fasse de même. Que se passerait-il si Papi faisait de la résistance ? Il y a à parier que les rangs de son parti s’éclairciraient davantage. Mais s’il était gagné par la sagesse, à qui passerait-il le flambeau ? Ce ne sont pas les jeunes ambitieux qui manquent dans son parti, mais apparemment il n’avait pas été prévu de plan B. Attendons de voir.

Au Fpi, la donne est différente. Tout dépend de ce que la justice internationale décidera à l’égard de Laurent Gbagbo. Les « frontistes » non plus n’ont pas prévu de plan B, au cas où leur leader ne sera pas libre de revenir briguer la présidence de son pays. Affi N’guessan qui est en embuscade sera-t-il suivi par tout son parti ? Cela est loin d’être sûr. Attendons aussi pour voir.


Le 14/03/20 à 12:11
modifié 14/03/20 à 12:11

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