Venance Konan: ‘‘ Je cherche à améliorer ma société en jetant sur elle un regard critique ! ’’ (acte 1)

Venance Konan.
Venance Konan.
Venance Konan.

Venance Konan: ‘‘ Je cherche à améliorer ma société en jetant sur elle un regard critique ! ’’ (acte 1)

Après sa large présentation sous nos plumes, le livre de VK poursuit son chemin, sous le regard de journalistes africains. In extenso, les réponses de l’auteur, face à Freddy Mulumba, directeur général de la Radiotélévision nationale de la RDC.

Venance Konan, vous êtes un provocateur, qui avez déjà publié un livre parlant de « Nègreries ». Est-ce à dire que les Ivoiriens ne comprennent pas ce qui se passe dans leur propre pays ?

Non, pas du tout! « Nègreries » est un néologisme qui traduit un peu toutes les choses anormales que nous faisons. Entre autres, la corruption, la croyance en la sorcellerie et bien d’autres. Il y a plusieurs choses comme cela qui sont propres aux Africains. Cela ne veut pas dire que nous sommes les seuls à avoir des comportements irrationnels. D’autres personnes les ont aussi. Mais j’aime bien rire de moi-même. C’est dans ce contexte que j’ai écrit « Nègreries ».

Ne donnez-vous pas ainsi raison aux Blancs racistes qui diraient par exemple, heureusement qu’il y a parmi les Noirs des gens qui pensent comme nous ?

Qu’ils le pensent, c’est leur problème, parce que tout comme chez nous, il y a aussi chez eux des gens qui ont des comportements inconcevables ! Je suis très à l’aise pour décrire les tares de ma société. Si quelqu’un veut s’en accaparer pour parler de racisme et autres, je suis désolé. Je cherche à améliorer ma société en jetant sur elle un regard critique !

Le dernier ouvrage de Venance Konan (DR)
Le dernier ouvrage de Venance Konan (DR)



Votre dernier livre en date est intitulé, « Si le Noir n’est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas l’empêcher de se tenir debout. » Pourquoi un tel titre ?

Je voudrais tout d’abord expliquer que ce titre est une citation d’un Américain noir du nom de Frédéric Douglas. Il est né esclave. Il a réussi à se libérer et s’est éduqué. A la fin de sa vie, il est devenu un conférencier très réputé et un politicien très respecté dans les États-Unis du XIXe siècle. Ce qui n’était pas donné. C’est aussi lui qui, lors d’un très long discours, à Boston (un discours dans lequel j’ai extrait ce titre), a dit: ‘’beaucoup de gens se demandent ce qu’on doit faire des Noirs’’. Surtout les abolitionnistes qui le disaient. Et je leur ai dit : justement, ne faites rien, parce que tout notre malheur vient de ce que vous avez fait de nous. Laissez-nous. Si nous ne sommes pas capables de nous tenir debout, laissez-nous tomber. Mais seulement, ce que je vous demande, c’est de ne pas nous empêcher de nous tenir debout. Et cette idée, je l’adresse à tous mes frères Africains, pour leur dire, battons-nous pour nous mettre debout parce que si nous ne le faisons pas, ce n’est pas quelqu’un d’autre qui viendra le faire à notre place. C’est à nous de nous tenir debout. C’est à nous d’arrêter de croire que quelqu’un viendra construire notre développement. C’est à nous d’arrêter de tendre la main et de toujours demander de l’aide. A eux, je dis non, parce que nous pouvons nous prendre aussi en charge. Nous avons tous des cerveaux. De plus, nous avons sur ce continent des ressources suffisantes pour nous nourrir et nous faire avancer. Mais dans le même temps, je dis aux autres attention, si nous voulons nous mettre debout, ne nous empêchez pas. Parce que jusque-là, il y a eu plusieurs tentatives pour nous mettre debout, mais on nous a empêché, simplement parce que nous sommes dans un rapport où malheureusement, nous sommes pour le moment les vaincus de l’histoire. Il est cependant important que les Africains sachent qu’ils n’ont pas été toujours des vaincus et qu’ils ont un jour été des vainqueurs ! Mais comme nous ne voulons pas écrire notre propre histoire ou du moins, comme nous ne diffusons pas suffisamment notre histoire, nous sommes nombreux, nous les Africains à croire que notre sort a été d’être toujours des esclaves, toujours des serviteurs des autres. Alors que ce n’est pas vrai.Dans votre livre, vous parlez du Noir couché et de la vieille malédiction du Noir.

A quoi cela renvoie-t-il ?

Je pars du principe qu’aujourd’hui, le Noir est couché, parce qu’il a été vaincu. Quand on plonge dans l’histoire, il y a eu ce que les Blancs ont appelé la malédiction du Noir, et que nous avons accepté comme notre malédiction. Dans la Bible, il est écrit qu’un certain Noé a bu de l’alcool, il s’est saoulé et est allé se coucher nu. Un de ses fils l’aurait vu et que Noé aurait maudit ce fils-là. Et voilà que dans ce livre, on nous dit que les descendants de ce fils maudit, c’est nous les Noirs. Qu’est-ce que nous avons à avoir dans cette histoire ? D’abord ce n’est pas Dieu qui l’a dicté à quelqu’un. Ce sont des hommes qui ont écrit leur histoire en fonction de leur idéologie du moment. Nous ne sommes concernés en rien. Mais le drame, c’est que nous, Africains, l’avons intériorisé. D’ailleurs, je commence mon livre en racontant l’histoire des Amériques et en montrant comment les Européens ont conquis l’Amérique ; comment ils ont massacré les Indiens et après, l’Afrique. C’est à ce moment-là que nous avons été vaincus.

C’est à ce moment qu’ils ont écrit la Bible. Les Arabes aussi l’ont récupéré dans leur Coran. Eux également ont estimé que nous sommes maudits. Ils nous ont également esclavagisés. Mais le drame, c’est que nous Africains l’avons accepté.

Si on comprend bien, les fautifs, ce sont les Africains ?

Nous sommes fautifs aussi. Je ne veux pas dire que nous sommes les seuls fautifs. Ce sont d’abord les autres qui ont créé cela, mais comme nous adhérons à cette idée, nous ne faisons qu’aggraver les choses. Il faut que nous nous libérions aussi spirituellement.

La suite demain

Freddy Mulumba



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