Honni soit qui Mali pense

Le 03/12/19 à 11:36
modifié 03/12/19 à 11:36

Honni soit qui Mali pense

Bien malien, pardon, bien malin celui qui, venu d’ailleurs, pourra nous dire qu’il comprend quelque chose à la politique ivoirienne.

Ainsi, hier, le Président de la République était encensé, qualifié de travailleur infatigable et de grand bâtisseur par l’un des dinosaures de la politique ivoirienne. Et voici le même homme vouant, du jour au lendemain, aux gémonies le même Président de la République, au motif que ce dernier, plutôt que de travailler à lui céder le pouvoir l’année prochaine, aurait proposé qu’ensemble, ils le transmettent à une nouvelle génération.

Et son bilan serait devenu brusquement si mauvais que plus aucun Ivoirien ne veut encore le suivre ou même l’écouter. Ainsi, selon ce dinosaure de notre politique, le dernier meeting organisé par le parti du Président de la République à Paris n’aurait été suivi que par des Maliens du quartier Château-Rouge qui sortaient fort justement d’une mosquée toute proche. Il paraît que la même chose se serait produite aussi à Sinfra.

Et, à Paris, chacun de ces heureux Maliens aurait reçu la somme de cent euros qui fait quand même plus de soixante mille de nos francs. Tiens, pourquoi seulement des Maliens ? N’y a-t-il qu’eux à Château Rouge ? Il n’y avait vraiment aucun Ivoirien qui traînait dans les environs que les cent euros auraient tenté ? Non, il fallait que ceux qui ont assisté à ce meeting ne soient pas Ivoiriens, mais étrangers et, tiens pourquoi pas, Maliens. Honni soit qui Mali pense. Pardon, honni soit qui mal y pense.

Ça nous change des ressortissants de l’autre pays voisin qui cherchent toujours à voler notre belle nationalité. Pour le moment, c’est notre joli attiéké que les Adioukrou mangent sans boire de l’eau que l’une des leurs aurait labellisé pendant que nous comptions les Maliens de Château Rouge. Est-ce que ce monde est sérieux ? Est-ce que cet homme politique se prend au sérieux ? Trêve de bavardages ! Dans moins d’un an maintenant, nous aurons à choisir celui ou celle qui conduira notre destin en tant que peuple.

Il s’agira pour nous de choisir l’homme, la femme ou l’équipe qui sera à même de comprendre les enjeux du monde d’aujourd’hui et qui aura les armes techniques, intellectuelles, relationnelles et financières pour nous permettre d’y faire face. Regardons justement la réalité en face, comme nous y a invités le ministre secrétaire général de la Présidence Patrick Achi, samedi dernier, lors de la journée d’hommage au Chef de l’Etat organisée par les populations de Bettié. Notre pays est aujourd’hui sur une lancée qui lui permettra, dans très peu de temps, si le rythme actuel est maintenu, de se retrouver dans le groupe des pays dits émergents. Ce sont toutes les institutions financières internationales chargées d’évaluer les pays qui le disent.

Et personnellement, je ne vois aucune raison pour qu’elles disent le contraire de la réalité. Le choix nous appartient de maintenir ce rythme, en continuant avec une équipe qui nous a conduits là où nous sommes, ou de faire un bond de vingt ans en arrière en choisissant un homme ou une femme qui cherche juste une revanche. Nous ne devons, cependant, pas oublier, comme l’a aussi rappelé le ministre Patrick Achi à Bettié, que notre pays réalise ses performances économiques dans un environnement marqué par une avancée plus qu’inquiétante de la menace terroriste. Il ne se passe pratiquement plus un seul jour sans que les terroristes tuent des civils ou des militaires au Mali, au Niger, au Nigeria ou au Burkina Faso, autant de pays qui nous sont proches.

Aujourd’hui, la France a décrété que tout le Burkina Faso est déconseillé à ses ressortissants. Nous-mêmes, Ivoiriens, avons déjà été victimes d’une attaque terroriste à Grand-Bassam. Comment ces terroristes s’infiltrent-ils dans un pays et y font leur nid ? C’est en profitant des faiblesses de ce pays. Au Burkina Faso comme au Mali, les terroristes ont profité de la chute des régimes de Blaise Compaoré et d’Amadou Toumani Touré dit ATT. Dans nos pays, la première préoccupation de tout nouveau pouvoir est de chasser ceux qui étaient là auparavant et d’installer ses affidés, au mépris souvent des notions d’expérience et de compétence.

Au Burkina Faso comme au Mali, tous les systèmes mis en place par les anciens pouvoirs pour lutter contre le terrorisme ont été remplacés par des nouveaux qui n’en avaient pas nécessairement la compétence, vu qu’en matière de renseignement, il faut du temps pour se créer un réseau efficace. Et les terroristes qui ne sont pas nés de la dernière pluie l’ont si bien compris qu’ils ont profité de ce vide créé par les nouveaux pouvoirs pour avancer sur le terrain. Si le Burkina Faso tombe, comme beaucoup d’observateurs le craignent, la prochaine cible sera la Côte d’Ivoire, parce qu’entre autres choses, les terroristes cherchent le contrôle d’un port.

Et si nous nous amusons à vouloir changer un système qui a fait ses preuves en nous préservant jusqu’à présent de toutes les tentatives d’attaques terroristes contre notre pays qui n’ont jamais cessé, sous prétexte que nous voulons, par sentimentalisme ou toute autre raison, confier notre destin à un vieillard qui refuse d’entrer dans l’histoire par la grande porte, ou à un jeune homme qui n’a même pas terminé ses études et s’est introduit dans notre histoire par effraction, et qui ne rêvent tous deux que de revanche, nous nous mordrons cruellement les doigts.

Venance Konan
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