Décès de Bruly Bouabré: Le monde de l’art vient de perdre un monument

mardi, 28 janvier 2014 15:06
Le doyen Bruly Bouabré (à droite) en compagnie de son curateur Yaya Savané Le doyen Bruly Bouabré (à droite) en compagnie de son curateur Yaya Savané Crédits: archives (CHEICKNA D. Salif)
[28-01-2014  16H00] Inventeur de l’alphabet bété de 448 pictogrammes monosyllabiques, philosophe, scientifique, artiste, on ne tarit pas d’éloges pour ce savant qui a inventé un alphabet universel, recensé et expliqué les scarifications, la comptabilité africaine et les poids Akan à peser l’or.

Décès de Bruly Bouabré: Le monde de l’art vient de perdre un monument, ce mardi

 

Le patriarche Frédéric Bruly Bouabré, n’est plus. Le grand baobab de l’art contemporain s’est couché, ce mardi 28 janvier, aux environs de 6 heures du matin, à son domicile d’ Abidjan-Yopougon-Gesco. Très affligé par cette disparition, celui qu’il appelle affectueusement son « fils », le conservateur Yaya Savané, nous a indiqué qu’ hélas, « le vieux s’en est allé ».

De source médicale, depuis le 26 décembre 2012, Bruly Bouabré luttait contre le diabète et la colopathie. Oublié, victime du cursus académique, Frédéric Bruly Bouabré né en 1923 à Zépréguhé (village de Daloa dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire), est pourtant l’artiste ivoirien le plus connu sur le plan international. Et un des grands noms des arts africains.

 

 Artiste à multiples facettes tant par sa création écrite que picturale, Bruly Bouabré est un véritable monument vivant. Comme en témoigne sa participation à la ‘’Documenta de Kassel’’ (Allemagne 2002), la plus importante rencontre des arts plastiques sur le plan international. Inventeur de l’alphabet bété de 448 pictogrammes monosyllabiques, philosophe, scientifique, artiste, on ne tarit pas d’éloges pour ce savant qui a inventé un alphabet universel, recensé et expliqué les scarifications, la comptabilité africaine et les poids Akan à peser l’or.

Bruly Bouabré est un homme singulier qui sera le témoin d’un fait d’ailleurs singulier, le jeudi 11 mars 1948, au Sénégal où il était en fonction au service de sécurité de l’Afrique occidentale française (Aof). « J’ai été témoin d’un fait singulier. J’ai observé le disque solaire qui changeait de couleurs. Il était divisé horizontalement en deux parties. La partie inférieure était plus blanche que la partie supérieure. Progressivement tout le disque a viré totalement au blanc pour ensuite donner sept couleurs. C’est alors que le jaune a explosé et a consumé toutes les autres couleurs. Dans la soirée, je suis entré en transe », raconte Bruly Bouabré pour expliquer d’où il est parti.

 

 Suite à cette transe, il a été interné. Pendant cette période, Bruly mettait sur papier toutes les pensées qui lui venaient en rêve. C’est de là que « Le livre des lois divines dans l’ordre des persécutés » tire son origine. Un véritable trésor. On y trouve toute la tradition, la thérapie, la pharmacopée. « Ce livre mérite d’être enseigné dans les facultés de philosophie », soutient Yaya Savané, conservateur de musée.

Ce livre qui renferme plus de 500 pensées, constitue un code de comportement et une philosophie. C’est ce qui fait dire que Frédéric Bruly Bouabré est  aussi le fondateur d'une religion. Celle de « l’ordre des persécutés ».

 

 

CHEICKNA D. Salif

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