Mise à jour le Mardi, 21 Février 2012 11:03 Écrit par Jean-Antoine Zinsou Lundi, 20 Février 2012 19:17
Lorsque les Éléphants ont perdu leur finale au bout de la nuit, c'était comme si le ciel s'abattait sur de très nombreux Ivoiriens. La détresse d'un Didier Drogba faisait peine à voir et atténuait, un tant soit peu, la véhémence des commentaires acerbes de ceux qui faisaient de lui le responsable de la défaite, oubliant trop facilement qu’à de nombreuses occasions, ce joueur avait largement contribué à porter notre équipe vers la victoire.
Au lendemain de cette interminable nuit, alors qu'on aurait pu s'attendre à un retour en catimini, on a eu droit à une très belle fête pour l'accueil de nos héros défaits. Belle image d'un président, de membres du gouvernement et de hauts dignitaires qui, au-delà de la récupération politique qui les motive toujours un peu, envoyèrent ainsi des messages très forts à tous les Ivoiriens.
Le premier message, c'estqu'une défaite ça s'accepte. En plus, lorsqu'elle fait suite à un combat loyal et âprement mené, l'effort impliqué, l'espoir et le rêve suscités suffisent à justifier une célébration. Une ambiance de fête et un jour férié, rien de tel pour célébrer une attitude, un état d'esprit qui tout en imposant respect et admiration, réduisent à sa plus simple expression la douleur occasionnée par cette finale perdue. On souhaiterait que les politiciens africains s'imprègnent de cette grande leçon et qu'ils comprennent qu'il leur faut toujours accepter le verdict négatif des urnes avec presqu'autant d'enthousiasme que s'ils avaient gagné le scrutin, pour peu que le combat ait été loyal.
Le deuxième message que l'on peut tirer de cette Fête qui visait à effacer les stigmates d’une courte nuit de déception et de frustrations, c'est qu'il suffit d'une grande dose de bonne volonté doublée d’une forte motivation pour effacer les traces de la douleur. Des Ivoiriens anonymes ont accepté de transcender leur propre douleur en la minimisant par rapport à celle des joueurs qui ont tout donné pour offrir dame coupe à une nation qui en avait tant besoin. N'est-ce pas là une bonne partie de la recette que les Ivoiriens cherchent pour se réconcilier? Pour peu qu'on soit motivé et qu'on fasse preuve de bonne volonté, on arrivera certainement à ravaler nos douleurs respectives et à effacer la haine née chez certains d’entre nous. Ce n’est qu’à ce prix qu’on réussira à recréer la Côte d’Ivoire fraternelle d’antan.
Le troisième message, c'est que même si tout porte à croire qu'on est le plus fort, on n'est jamais à l'abri d'un plus petit que soi. Sur le papier, les Ivoiriens étaient les grands favoris, mais ce sont les challengers décomplexés qui ont ramené la coupe au pays. Comment ne pas faire un parallèle entre cette situation et celle que font vivre les sondages aux partisans d’un candidat à l’élection présidentielle ? Ce n’est pas parce que les sondages vous donnent largement vainqueur que vous devez vous croire à l’abri des surprises d’un scrutin et inversement.
Le quatrième message, c'est que tristesse et joie sont les deux faces d'une même pièce. La profondeur de la douleur des Ivoiriens accompagne la joie débordante d'un peuple qui aura attendu dix-neuf ans pour faire son deuil d'une équipe de football disparue brutalement au large des côtes gabonaises. Beau pied de nez de la vie n’est-ce pas ? Tout bien pesé, cette défaite des Ivoiriens peut presque paraitre insignifiante devant la portée qu’aura eue cette victoire pour des millions de Zambiens qui, grâce à elle, peuvent enfin tourner la page de ce tragique accident d'avion. Tout Ivoirien qui nourrissait un ferme espoir de victoire pour se réconcilier avec ses compatriotes de l’autre camp, doit accepter d’aller à la réconciliation en se contentant de l’image de cette liesse populaire affichée malgré la défaite. Si seulement les extrémistes du groupe ‘’La Majorité présidentielle’’ pouvaient comprendre ce message et laisser la vie se charger de leur donner l'occasion d'effacer leur souffrance et leur colère, au lieu de chercher à se rendre justice eux-mêmes, ils rendraient un grand service à leurs compatriotes. Il est alors fort possible que ces mêmes compatriotes récompensent cette attitude lors de la prochaine élection présidentielle.
Les footballeurs ivoiriens qui se voyaient sacrés à l’échelle du continent et qui se sont battus pour y arriver sont malgré tout, les propres artisans de leur défaite. Tous les sages vous diront que celui qui cherche à voir sa responsabilité dans les choses négatives qui jalonnent le chemin de sa destinée au lieu de pointer un index accusateur vers les autres, fait preuve de réalisme et de maturité. Il en va de même pour les défaites électorales. Il faut savoir identifier et reconnaitre les erreurs qu’on a pu faire pour en arriver là. Si au lieu de prétendre que tout est de la faute de l’adversaire et de ses alliés tant nationaux qu’internationaux, le groupe de LMP acceptait de reconnaitre que s’ils n’ont pas gagné, c’est bien parce qu’ils ont laissé une brèche dans laquelle s’est engouffrée l’adversaire, ce serait un grand facteur d’apaisement tant pour eux-mêmes que pour le climat sociopolitique du pays. Le parti défait par l’élection présidentielle de 2010 doit se dire qu’il est en grande partie responsable de sa défaite. Seule une analyse sans complaisance des facteurs internes ayant conduit à la défaite, leur permettra de tirer des enseignements pour les prochaines échéances. Il en va de même pour le PDCI qui, au lieu de se poser les vraies questions sur la faible représentation dans l’hémicycle du parti d’Houphouët-Boigny, s’arc-boute sur la promesse de poste de Premier ministre qui n’a pour seule légitimité que l’importance accordée à la parole donnée. Qu’un KKB essaie d’amorcer la pompe de l’autoanalyse et voilà qu’on lui jette des noms d’oiseaux à la figure tout en l’accusant de s’attaquer au président Bédié. Où va-t-on avec de telles réactions ? Pour moi, c’est sûr on marche à reculons.
Certes la victoire des Éléphants aurait peut-être facilité la réconciliation. Mais cette réconciliation n’aurait sans doute été que festive et superficielle. La défaite nous donne des leçons à méditer et la vraie réconciliation ne sera possible que si les Ivoiriens, à commencer par les hommes politiques, acceptent de tenir compte des leçons de cette défaite au goût amer.
Jean-Antoine Zinsou
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