Mise à jour le Lundi, 16 Janvier 2012 11:01 Écrit par Jean-Antoine Zinsou Lundi, 16 Janvier 2012 10:58
Il y a deux groupes d’individus qui attirent mon attention dans la diaspora ivoirienne. Le premier se compose d’Ivoiriens qui s’amusent à exporter sur leur terre d’accueil, les conflits politiques qui ont miné notre pays. C’est le cas en France où il semblerait que certains Ivoiriens de la diaspora se répartissent en pro-LMP et en pro-RHDP qui, trop souvent, passent de l’altercation verbales aux rixes plus ou moins violentes.
Ces Ivoiriens oublient qu’ils devraient plutôt jouer le rôle d’ambassadeurs qui, par leur comportement, attireraient l’attention de personnes susceptibles de venir visiter leur pays. Ils devraient également se considérer en mission commerciale avec pour objectif de mobiliser des ressources afin de contribuer au développement de leur pays. L’exportation des divisions qui ont disloqué le tissu social ivoirien n’a vraiment pas sa raison d’être et elle ne fait que révéler l’étroitesse d’esprit de ceux qui la pratiquent.
D’autres émigrés constituent ce que j’appelle les « kpakpatos » de la politique ivoirienne. Forts des informations qu’ils glanent de-ci de-là, ils animent des débats de salon qui leur donne la satisfaction de se croire impliqués dans la vie politique de leur pays.
Ce sont eux, par exemple, qui se demandent si les sphères dirigeantes du PDCI savent vraiment ce qu’est le rôle des élections dans le jeu démocratique. Les débats qu’ils animent sur le sujet visent à susciter des réactions sur le fait que des dirigeants du PDCI sont obsédés par le poste de Premier ministre alors que les élections législatives ont donné une majorité à leur rival, mais non moins ami qu’est le RDR. Dans une logique du type de régime dont la Côte d’Ivoire s’est dotée, c’est le parti vainqueur des législatives qui doit diriger le gouvernement pour mettre en musique le programme de campagne de son mentor. En se comportant de la sorte, les dirigeants du PDCI montrent bien qu’ils considèrent le pouvoir non pas comme un outil pour se mettre au service du peuple, mais comme un gâteau à se partager entre membres des hautes sphères politiques. Dans ces cas-là, comme par hasard, les différences idéologiques ne sont plus aussi importantes. Comme on le dit au pays c’est ‘’pitiant’’, car la seule question qu’on aimerait que ces dirigeants se posent serait de savoir quelles sont les réformes à entreprendre pour que le parti d’Houphouët-Boigny retrouve son rayonnement de l’époque ? Certains « kpakpatos » pensent que l’un des moyens pour y arriver serait de construire une vraie opposition démocratique en se faisant le gendarme sans complaisance des actions gouvernementales menées sous la tutelle de leurs cousins du RDR. Au lieu de cela, on fait pression pour obtenir au nom de soi-disant accords, une place que les urnes ont refusé de donner.
Le deuxième sujet avec lequel se délectent les « kpakpatos » de la diaspora est celui des nouvelles dispositions prises par la CNPS. Trois dispositions ont été annoncées. La première est l’appel lancé aux entreprises afin qu’elles payent leurs arriérés de cotisations avec comme mesure incitative, la promesse de ne pas leur appliquer les pénalités de retard. En gros, cela veut dire : « nos caisses sont vides, aidez-nous à les renflouer s’il vous plait. » La deuxième mesure consiste à augmenter le taux des cotisations qui, sur deux ans, passent de 8% à 12 puis à 14%. Ce qu’on peut aussi traduire par « nos caisses auront du mal à se remplir avec la mesure précédente, donc aidez-nous à les renflouer sur du long terme. » Enfin, la troisième mesure consiste à reculer l’âge de départ à la retraite afin que chaque travailleur du privé génère cinq années supplémentaires de cotisation.
Ces nouvelles mesures constituent du pain béni pour nos « kpakpatos » qui feignant de s’appuyer sur le modèle des pays démocratiques dans lesquels ils ont immigré, lancent des débats sur le fait qu’ un tel aveu de risque de cessation de paiement, devrait susciter le lancement d’un audit sur la gestion de cet organisme essentiel au bien-être d’une bonne partie des travailleurs ivoiriens. Ils n’hésitent pas à montrer leur incompréhension devant le fait qu’un si peu discret appel de fonds n’entraîne pas un refus du gouvernement. Ce refus serait d’autant plus justifié que les nombreux emplois que la politique gouvernementale va générer devraient accroître le nombre de cotisants jeunes, donc de longue durée, et de ce fait, augmenter de façon substantielle les ressources de la CNPS. Nos « kpakpatos »animent également leurs débats avec des supputations sur les raisons pour lesquelles la société civile et les syndicats ne réagissent pas devant la mesure d’allongement de l’âge de la retraite. Selon eux, à y regarder de plus près, cela revient à générer des cotisations dont bon nombre de travailleurs ne pourront que peu ou pas profiter. Leur conclusion est tirée du fait que dans un pays ou l’espérance de vie fluctue plutôt entre 50 et 60 ans, cette mesure est discutable. La situation est différente dans les pays occidentaux où l’espérance de vie oscille entre 70 et 80 ans. Nos « kpakpatos » se font également les gorges chaudes sur le fait qu’un gouvernement qui veut faire du pays une locomotive de la sous-région ne se soucie pas de l’impact de l’augmentation du taux des cotisations sociales sur le coût du travail, alors qu’on sait que les investisseurs préfèrent de loin les pays offrant une main-d’œuvre à faible coût. Au lieu de faire du benchmarking de taux de cotisation, n’aurait-il pas mieux valu faire du benchmarking de coût du travail pour voir où l’offre salariale en Côte d’Ivoire se situe par rapport à celle du groupe des pays émergeants qu’elle souhaite rejoindre ?
Nos « kpakpatos », en vrais paparazzis, ne se contentent pas de commenter l’actualité de leur pays. Ils émettent des avis bruyants sur des situations politiques survenues en dehors de la Côte d’ivoire et n’hésitent pas à faire des parallèles, histoire de convaincre ceux qui les écoutent, de leur vaste culture politique et de faire admettre comme véridique, leurs thèses personnelles. Ces temps-ci, l’un des sujets de prédilection concerne le revirement des thèses sur l’attentat ayant visé le Président Juvénal Habyarimana à l’origine du génocide rwandais. Pendant dix-huit ans, on nous a expliqué que ce sont les hommes de Paul Kagamé qui étaient les auteurs de cet attentat. Aujourd’hui, on nous dit qu’il faut croire que ce sont plutôt des extrémistes Hutu qui auraient abattu l’avion dans lequel se trouvait l’ancien président rwandais. Cette situation est du pain béni pour les « kpakpatos » qui y trouvent des arguments supplémentaires pour fustiger l’hégémonie de la vision des Occidentaux relayée par leurs puissants médias. En effet, des deux choses l’une : soit l’ancienne version est vraie et dans ce cas, il convient de chercher les motivations cachées de cette nouvelle version, soit c’est la nouvelle version qui est vraie et là aussi, il faut se demander pourquoi pendant dix-huit ans, on a soutenu un mensonge ?
Dans le premier cas, peut-être s’agit-il de satisfaire le régime actuel pour des raisons économiques et, dans le deuxième cas, il s’agissait peut-être de diaboliser un régime un peu trop indépendant. Le parallèle est alors facilement fait, par nos « kpakpatos », avec les fameuses preuves de l’existence d’armes de destruction massive en Irak, à l’origine du cauchemar que continuent de vivre les Irakiens. Si besoin est, et pour chauffer le débat, nos « kpakpatos » sont prêt à extrapoler et à dire qu’en Côte d’Ivoire, il se pourrait que dans une ou deux décennies, on nous démontre que la vérité d’aujourd’hui sur l’issue des élections est fausse. Heureusement que ces petites discussions aboutissent à la conclusion que chacun peut avoir sa vérité sans que cela nous empêche de travailler tous ensemble pour développer notre pays.
Nostalgiques de leur culture, les « kpakpatos » de la diaspora n’hésitent pas à commenter la nouvelle décision des autorités chinoises qui consiste à limiter au strict minimum, les programmes de télévisions de type occidental où l’on fait la place belle au matériel et au bling-bling. Pour ces autorités, ces programmes ainsi que les longues séries télévisées basées sur des intrigues amoureuses, familiales et financières, modifient profondément et négativement les mentalités des Chinois qui se détournent alors facilement de leur culture et des valeurs qu’elle porte. Les « kpakpatos » ont là des arguments de poids pour fustiger les niaiseries qui s’étalent à longueur de programmes de la RTI, faisant croire aux jeunes que rien ne vaut l’argent et la vie facile auxquels ils pourraient avoir accès en faisant preuve d’un peu d’audace et de roublardise. Nos « kpakpatos » se mettent à rêver de médias en général et d’une télévision nationale, en particulier, qui contribueraient sans réserve, à l’établissement du sentiment d’appartenance à une nation. Sentiment dont ne peut se passer un gouvernement tourné à ce point vers le développement rapide du pays…..
Jean-Antoine
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