une du 21 mai 2012

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L’incivilité à la mode ivoirienne

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Il n'est pas rare d'entendre dire que la qualité de vie ne dépend pas de l'embellissement de la ville, mais de l'amélioration des conditions de vie de la population. Ce n'est pas faux. Nous devons aussi nous poser la question de savoir si l'amélioration des conditions d'existence peut être réalisée au détriment de la propreté des rues, du respect des règles de vie en communauté, de l'hygiène…

Saluons la politique d'assainissement des villes dénommée " Opération pays propre ", initiée par le ministère de la Salubrité publique. A Abidjan, le boulevard Nangui Abrogoua à Adjamé, où la circulation des piétons et des véhicules relevait du parcours du combattant a retrouvé son utilisation première. La célèbre ''Rue princesse'' à Yopougon a aussi subi une toilette complète. Après l'intervention des bulldozers et des agents de la salubrité, les Forces républicaines, pour faire respecter l'ordre public, n'ont pas hésité à intervenir de façon musclée, recourant parfois au fouet et aux fessées... Les dérives et les bavures inacceptables de ces forces souvent décriées, leur ont valu le discrédit et entraîné leur retour dans les casernes. Du coup, sans plus tarder, le désordre d'antan a repris. L'occupation anarchique du domaine public a recommencé. Pis, à présent, les actes d'incivilité se multiplient. L'absence de tout contrôle, de moyens efficaces de coercition donne à l'incivilité à la mode ivoirienne, un reflux des plus navrants. On urine partout ! Comme si la population tout entière était devenue subitement victime d'incontinence ; comme si certains concitoyens trouvaient une délectation forcenée à se vautrer dans la pollution de notre cadre de vie. Le chauffeur de taxi en pleine course avec un client gare son véhicule pour vider sa vessie ; le conducteur ordinaire en fait de même. Les alentours des buvettes, les rues, les arbres et autres bosquets empestent des senteurs entêtantes des déjections. N'essayez surtout pas de faire entendre raison. Au mieux, on vous dira avec une mauvaise foi manifeste que c'est un besoin naturel; au pire, l'agressivité verbale se doublera de coups de poing. Le commerçant, lui, recommence à installer son étal et donne le signal de la multiplication des marchés pirates sur les ponts piétons, sur les trottoirs. Il faut bien nourrir et soigner la famille, scolariser les enfants. Les activités commerciales peuvent donc s'adonner à une colonisation sauvage de l'espace public dans l'indifférence générale. Les tentatives de dissuasion policière éloignent momentanément des vendeurs déguerpis qui vont s'installer quelques mètres plus loin. Les plus téméraires ne tardent pas à revenir dans les mêmes endroits d'où ils ont été chassés. Dans les cités, on apporte des modifications au plan initial des constructions sans tenir compte de l'architecture d'ensemble ni des préjudices pour les voisins. On abandonne ensuite les gravats qui s'ajoutent aux dépôts de détritus. Que dire de l'utilisation importune du téléphone portable?

Dans les lieux publics, on hurle pour imposer à tout le monde des conversations privées. Même à l'église et à la mosquée, pendant le culte, on laisse le téléphone détourner l'attention des fidèles. Les tapages nocturnes, dans certaines communes, sont devenus la norme. Les nuisances sonores des stars de la chansonnette, par leur intensité, leur durée et leur fréquence les rendent nocives pour la santé. L'anxiété, l'irritabilité, les troubles de la digestion en découlent, surtout que les décibels sont débités tard dans la nuit, au mépris de la tranquillité des riverains. Le quotidien s'améliorerait de façon significative et durable, si nous tenions compte des règles élémentaires de la vie en communauté. C'est écœurant de constater que seule la répression arrive à nous faire adopter des comportements décents de la vie en société. Ne nous étonnons donc pas des attitudes incorrectes des jeunes à l'égard des personnes âgées. L'éducateur ne dispense pas le savoir-vivre comme un dogme, c'est-à-dire comme une vérité à croire sur parole. Il livre le procédé pour conduire à sa propre vérité. Il est celui qui prêche d'exemple. Il faut en prendre conscience comme des citoyens intelligents, libres et honnêtes dans la cité où le '' le vivre ensemble'' est un objectif incontournable.

Par OUMOU D.

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