Mise à jour le Lundi, 20 Février 2012 15:28 Écrit par MACAIRE DAGRY Lundi, 20 Février 2012 15:21
A quelques jours de l’élection présidentielle sénégalaise, la situation reste toujours confuse, avec de fortes contestations contre la candidature d’abdoulaye Wade par l’opposition sénégalaise. Élu en 2000, après de très longues années d’opposition farouche, le président Wade, a à plusieurs reprises, fait modifier la constitution au gré de ses volontés et selon ses intérêts du moment. ayant ainsi pris l’habitude d’adapter la loi suprême sénégalaise à ses ambitions politiques personnelles, il était donc normal pour cet homme de droit, avocat, d’interpréter, à nouveau, les dispositions de la constitution à son avantage, au mépris du droit qu’il a très souvent évoqué dans des crises politiques en afrique. A plus de 85 ans, après douze ans de pouvoir absolu,
et en dépit de la forte mobilisation d’hostilité à cette nouvelle candidature, le président Wade semble prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, y compris prendre le risque de faire basculer son pays dans la violence et le chaos. Comment expliquer qu’après avoir passé une très grande partie de sa vie politique dans l’opposition, à dénoncer les dérives du pouvoir, l’absence de démocratie réelle ainsi que de libertés individuelles et collectives au sénégal, abdoulaye Wade se comporte, aujourd’hui à plus de 85 ans, comme ceux dont il décriait, avec force, les pratiques qu’il jugeait antidémocratiques ? Comment aussi comprendre son entêtement, à cet âge, avec tant d’expériences de la vie politique africaine et son lot de guerres civiles? Comment analyser aussi le fait que le président Wade qui a été un des acteurs importants dans les crises ivoiriennes jusqu’à la crise post-électorale qui a plongé ce pays dans la désolation, refuse de se retirer ? Comme Gbagbo en côte d’ivoire, il espère peut-être exploiter les faiblesses de son opposition. Le président Wade sait mieux que quiconque à quel point les aventures hasardeuses en politique peuvent anéantir des années d’effort, de développement économique et de paix sociale. Pendant les nombreuses crises sociopolitiques qui ont créé un climat de terreur en côte d’ivoire, beaucoup d’opérateurs économiques étrangers se sont expatriés au sénégal et ont contribué, de fait, à son développement économique. Comme Laurent Gbagbo en côte d’ivoire que Wade a très souvent critiqué dans son entêtement à s’accrocher au pouvoir, en dépit de la mobilisation nationale et internationale contre lui, le président sénégalais est-il, lui aussi, en train de s’enfermer dans une impasse politique incertaine et dangereuse ? Les populations sénégalaises, déjà durement frappées par un taux de chômage important, la guerre civile en casamance et la sécheresse qui limite considérablement ses possibilités de développement économique, seront peut-être les principales victimes de cette obstination. Curieusement, avec la validation de la candidature de Wade et le rejet de celle de Youssou N’dour à cette élection, on s’attendait à un durcissement des actions de mobilisation contre ce tour de « passe-passe » du conseil constitutionnel sénégalais. L’opposition semble, au contraire, se diviser et s’affaiblir. On pourrait même, par moments, se demander si le rejet de la candidature de Youssou N’dour n’arrangerait pas également les autres candidats de l’opposition qui dénoncent, du bout des lèvres, cette décision. Aujourd’hui, l’opposition est complètement désunie. Chaque opposant manoeuvre stratégiquement en espérant tirer un profit personnel de cette zone d’ombre et d’incertitude dans laquelle est plongé le sénégal. Les jeunes du
M23 sont désabusés et commencent à douter des leaders de l’opposition. Toutes ces incertitudes créent, de fait, un véritable espace que tente d’exploiter Wade pour réussir son pari. Pour l’instant, au regard de l’analyse systémique et stratégique de la situation politique sénégalaise, le rapport de force semble tourner en faveur de Wade. Mais pour cela, il faudrait que l’opposition reste toujours divisée et que Wade gagne au premier tour. Mais, si tel est le cas, le risque d’un chaos à l’ivoirienne n’est pas à exclure. En ce moment-là, tous les regards, une fois encore, seront tournés vers l’armée, afin de savoir son positionnement, en acteur déterminant et stratégique dans ce système politique sénégalais très mouvant et incertain. Après la côte d’ivoire et les pays du Maghreb, le Sénégal peut-il sauver son modèle démocratique qui a très souvent fait sa fierté en Afrique ?
Par MACAIRE DAGRY
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