une du 21 mai 2012

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Bé wou bé ô lo !(Les mort ne sont pas morts !)

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À tous ceux qui savent entendre et décrypter les messages subliminaux" Ecoute plus souvent les choses que les êtres/ La voix du feu s'entend/ Entends la voix de l'eau/ Ecoute dans le vent/Le buisson en sanglot/ C'est le souffle des Ancêtres/ (…) Les morts ne sont pas morts/ Ils sont dans l'eau qui coule/ Ils sont dans l'eau qui dort ".

C'est le poète sénégalais, Birago diop, qui a signé ces vers qui ont meublé nos enfances scolaires de récitals de poèmes. Elèves, nous les récitions en faisant des gestes pleins de théâtralité, comme nous recommandaient de le faire nos instituteurs peu instruits eux-mêmes des codes du théâtre. Et nous étions contents d'avoir déclamé ce texte, même si nous ne savions pas ce que disaient réellement ces vers dont la profondeur spirituelle ne s'est révélée, à la plupart d'entre nous, qu'à l'âge de la maturité...

Le souffle des Ancêtres, la voix du feu, le buisson en sanglot. Belle poétisation du référent !, dira le critique avisé. Mais il s'agit surtout, ici, d'une évocation de l'univers parallèle ; cet univers parallèle qui existe bel et bien, et qui parle aux sens de ceux qui sont attentifs à son écoute. Aucune société ne peut vivre et, surtout, survivre, sans le soutien de ses… morts, car " bé wou bé o loh " (les morts ne sont pas morts). Le dire n'est pas professer un animisme ridicule de bon sauvage, mais déclarer sa conviction en la supériorité de l'âme sur la matière, la supériorité de l'esprit sur le corps physique. La récente (et inattendue) défaite de l'équipe ivoirienne de football face à celle de la Zambie vient d'illustrer cette thèse jamais démentie. oui, je fais partie de ceux d'entre les ivoiriens qui pensent que le match du dimanche n'était pas simple : oui, les Zambiens étaient en surnombre sur le terrain. Et c'est ce surnombre qui a fait la différence et vaincu l'équipe ivoirienne. Ce surnombre, c'est l'énergie septième: celle de leurs morts qu'ils sont allés invoquer avant le match, car " bé wou bé ô lo " …

J’ai écouté un présentateur de la rti affirmer hautement à l'écran, que c'était là, un acte puéril. Et j'avais souri. J’avais souri parce que j'avais, moi, compris la signification de cet acte de haute portée symbolique que venait de poser l'équipe zambienne : honorer leurs morts, solliciter leur soutien à un moment décisif du parcours de leur équipe. Ce sont des actes que nous savions faire, dans la société africaine d'hier que nous nous acharnons aujourd'hui à tuer, au nom d'une modernité spirituelle et religieuse qui a suffisamment donné les preuves de son incapacité à répondre à nos angoisses et préoccupations de grande importance…

" survival Zambia ! ", avait écrit ibrahim sy savané, en 1993 (ou 1994), à l'issue d'une belle campagne à la can que venait de signer l'équipe zambienne conduite par Kalusha ; une équipe qui venait pourtant de connaître la tragédie que nous savons. Et savané de souligner, en peu de mots d'une précision d'esthète de l'écriture et de maître de la pensée, ce qui faisait, selon lui, la force de cette équipe: le refus de la mort inutile, la volonté de gagner, pour conjurer le mal et la malédiction ! Savait-il alors, savané, que cet article préfigurait ce qui vient de se réaliser ce dimanche ? ni prophète, ni marabout, ni devin, cet ibrahim sy savané ; seulement un troisième oeil en éveil, et qui sait décrypter les codes de l'incréé…

Lire, lire. Savoir lire les signes. Savoir décrypter les énigmes muettes. Savoir être plus souvent à l'écoute des choses que des êtres! Birago diop l'a su, le maître des diallobé le savait, les maîtres, tous les maîtres des énigmes des choses de l'ombre le savent. " ozea noun oziris ! ", Fait dire à ramsès ii le nègre, thiam Abdul Karim, l'initié aux écritures ésotériques…

il y a longtemps que j'ai dit à mon peuple que ce pays était pris en tenailles par les énergies de l'immobilité. 12 ans, voilà 12 années que durent nos errances improductives. et j'ai dit à ce pays qu'il lui faut demander pardon à sa terre qu'il a souillée ; demander pardon à la mémoire du grand homme qui le créa, et que nous avons offensé par nos graves inconduites ; demander pardon à tous ces morts que nous avons causés dans la démence collective. Demander pardon à la terre de ce pays. Faire une cérémonie de purification de la terre ! Parce que les morts ne sont pas morts : Bé wou bé ô lo. Lequel d'entre tous ces dirigeants pris dans les tenailles du coran ou de la Bible, me comprendra-t-il ? …

L'équipe nationale de football de côte d'ivoire ne remportera jamais le trophée de la can, tant qu'elle n'aura pas le soutien du peuple ivoirien réconcilié et uni autour d'elle. Mais comment parvenir à se réconcilier quand tant de frustrations et de morts indignes labourent encore le cœur de ceux qui ont subi mille et une humiliations durant cette dernière décennie ?

Par TIBURCE KOFFI

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