Mise à jour le Lundi, 23 Janvier 2012 11:41 Écrit par VENANCE KONANAN Lundi, 23 Janvier 2012 11:32
C’est dans les difficultés que l’on reconnaît ses vrais amis. Dans un passé récent, lorsque nous avions eu quelques difficultés à déloger un certain LG qui avait volé notre démocratie naissante et les rêves de développement de notre pays, nos amis français étaient venus nous donner un coup de main. Aujourd’hui, ils ont des problèmes avec une certaine agence de notation dénommée Standard and Poor’s qui leur a volé un A.
Ils en avaient trois et Standard and Poor’s leur en a piqué un, ce qui les met dans de grandes difficultés. Ils ont aussi des problèmes avec les Talibans d’Afghanistan qui ont tué quatre de leurs soldats. C’est très grave ça, un soldat français qui meurt dans une guerre. Un soldat français qui va en guerre, il peut tuer, mais il ne doit jamais être tué. Sinon cela crée une crise dans son pays. Il y a eu des parents qui ont porté plainte contre leur pays parce que leur fils, un soldat, avait été tué pendant la guerre en Afghanistan. Nous Ivoiriens, ne pouvons rester indifférents à ces problèmes de nos amis français. Aussi, je demande à tous les Ivoiriens amis de la France et à tous les Français vivant dans notre pays de faire cet exercice : chaque matin, au réveil, crier très fort et trois fois de suite : « Standard and Poor’s, Talibans, oh honte ! » Vous pouvez demander à la mère Simone, la déportée à Babylone (Odienné), grande spécialiste en malédictions. Elle vous dira que cela soulage de maudire une institution contre laquelle on ne peut rien.
Cet exercice d’aide à un ami en difficulté étant fait, allons à ce qui nous préoccupe le plus en ce moment, nous Ivoiriens. C’est notre réconciliation. Mais un ami tunisien nous ayant recommandé de nous réconcilier sans faire trop de bruit, afin de ne pas effaroucher les potentiels investisseurs dont nous avons grand besoin, je vous prie donc de lire cet article dans le silence le plus complet. Dans un précédent article, j’avais proposé que tous les Ivoiriens se mettent ensemble pour reconstruire les villages de l’ouest qui avaient été détruits pendant la crise. Un ami m’a fait remarquer qu’il n’y a pas que l’ouest qui a souffert de la crise, mais qu’il y a aussi Bouaké où des maisons ont été détruites, pillées, occupées illégalement, où des femmes ont été tuées depuis le début de la crise en 2002. C’est exact. On pourrait donc demander à ceux qui occupent illégalement des maisons de les restituer à leurs propriétaires. Ce n’est pas très difficile à faire, a priori.
On pourrait ensuite recenser toutes les maisons détruites du fait de la guerre depuis 2002, et organiser ce que l’on pourrait appeler « la semaine de la solidarité », au cours de laquelle tous les Ivoiriens et amis de la Côte d’Ivoire, toutes les entreprises seraient appelés à faire preuve de générosité. Avec les sommes récoltées et avec un coup de pouce de l’Etat, on pourrait entamer la reconstruction de ce qui avait été détruit, ou tout au moins aider un tant soit peu ceux qui ont perdu leur toit. Chacun de ceux-là comprendra alors qu’il n’a pas été abandonné, mais qu’il a pu retrouver sa dignité grâce à la solidarité de tous ses compatriotes. Cela peut aider à guérir bien des plaies et à réconcilier les frères en palabres que nous sommes. On pourrait, dans le même élan, puiser dans nos traditions africaines et dans nos religions actuelles pour demander pardon à nos morts de cette crise, aux ancêtres que nos turpitudes ont offensés, à la terre sur laquelle le sang a coulé. Une fois cet exercice d’exorcisme collectif fait, ce qui n’exclut nullement que la justice fasse son travail de sanction de ceux qui ont commis des crimes, nous pourrions alors regarder plus sereinement notre avenir. Si le passé ne doit jamais être oublié, il est cependant dangereux de s’y enfermer. Nous devons impérativement sortir de ce passé récent et douloureux pour nous projeter dans le futur. Nous avons des avenirs à construire pour nous-mêmes et nos enfants. Nous ne pouvons pas les construire sur la haine et la rancœur. Nous avons l’impérieux devoir de sortir de cette spirale de la haine pour retrouver à nouveau l’amour.
Un autre ami m’a aussi fait remarquer, à propos de ce précédent article, qu’à Duékoué, il n’y a pas, d’un côté, des vainqueurs et de l’autre, des vaincus ; d’un côté, des victimes et de l’autre, des bourreaux, et que les crimes ont été commis de tous les côtés. Soit ! Personne n’a nié cela. Mais le plus important, à mon avis, n’est pas dans les accusations. S’il est nécessaire, dans le cadre de la réconciliation, que celui qui a péché reconnaisse, en toute humilité, sa faute, il est tout aussi important que le vainqueur, car il y en a un dans notre histoire, reste également humble et tende la main au vaincu, l’aide à se relever.
Venance Konan
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