une du 16 mai 2012

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Réconciliez-vous, mais en silence

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Il est toujours très intéressant d'avoir le regard de personnes étrangères sur sa propre situation. Ainsi, il y a quelques jours, j'ai dîné avec des amis tunisiens qui cherchent à investir dans notre pays, du côté de Grand-Bassam. L’un d'eux, qui n'est pas dénué d'humour, m'a dit ceci : " Je viens souvent dans votre pays depuis 2005 et je peux témoigner du gros travail qui est fait depuis la fin de votre crise post-électorale.

 


je  vois  tout  ce  que  votre Chef  de l’Etat fait pour remettre le pays en marche. Mais  lorsque  l’on  est  à l’extérieur,  les  titres  de  vos  journaux  que  l’on  voit  sur  Internet donnent souvent  le sentiment que le pays est toujours en guerre, ou tout au moins pas encore en paix. Par  ailleurs,  le maître mot,    ici, est la réconciliation. On n’entend que ce mot dans tous les discours; et il y  a  même  une  commission  qui  en  est chargée.  Or,  lorsque  l’on  parle  de réconciliation,  cela  veut  dire  qu’il  y  a au moins deux personnes ou groupes de personnes  qui  sont fâchées,  antagonistes,  qui  s’affrontent  ou  sont sur le point de le faire.  Cela    non plus,  n’est  pas très  rassurant pour  ceux  qui ont  envie  de venir  investir dans  votre  pays. Alors,  de  grâce, réconciliez-vous, mais  faites-le  en silence.» J’ai  également échangé avec un confrère français qui revenait d’un reportage à Duékoué,  cette ville qui a cruellement  souffert de  notre  crise  et où  l’on  a  parlé de massacres  de populations civiles.  Voici  ce qu’il  m’a  dit: «J’ai  eu  l’impression,  là-bas, que   deux  camps sont  enfermés  dans  deux  logiques inconciliables.  Avec,    d’un  côté,    les vaincus  qui  s’estiment  victimes  d’une grande injustice, et de l’autre, les vainqueurs,  sûrs  de  leur  victoire,  et  qui  ne font  aucun  effort  pour  tendre  la  main aux autres, les regardent avec mépris et veulent  tout  s’accaparer. Ce  sont  deux groupes  qui  ne  vivent  pas  ensemble, mais  l’un  à  côté  de  l’autre.  Tout  le monde  parle  de  la  nécessité  de  se réconcilier, mais  il  suffit  de  gratter  un peu  pour  que  les  masques  tombent. Alors, tous les vieux démons de l’ivoirité, de  l’autochtonie, de  l’allochtonie et de la possession des terres resurgissent. Les populations autochtones estiment, à tort ou à raison - ce n’est pas à moi d’en juger  -  qu’elles  ont  été  massacrées, dépossédées de leurs terres par les allo- gènes,  et  justice ne  leur a pas  été  rendue. Il est clair que la haine habite toujours  les  cœurs.

Il  faudra  autre  chose que des mots pour guérir  les blessures de ce côté-ci de votre pays.  Il  faudrait, peut-être,  aussi que le pouvoir se résolve à attraper, au moins, un des auteurs des massacres qui ont eu lieu dans cette région  et  à  l’envoyer  à  La Haye  pour tenir compagnie à Gbagbo.» Ce confrère m’a aussi parlé des villages détruits, des personnes vivant dans des camps ou au  Liberia,  et  qui  ne  peuvent  rentrer chez  elles  parce  qu’elles  n’ont  plus  de maison. Et je me suis alors demandé si, dans  l’optique de  la réconciliation,  l’État ne pourrait pas reconstruire les villages détruits, afin que ceux qui n’ont plus de toit puissent rentrer chez eux. Surtout qu’il  ne  s’agit  pas  de  construire  des villas,  mais  souvent  de  simples  cases. Pourquoi, au nom de  la  solidarité, ne  demanderait-on  pas,    par exemple,    aux Ivoiriens  d’apporter  leur c o n t r i b u t i o n pour  la  reconstruction  de  ces villages?  Cela pourrait  se  faire par le biais d’une émission  télévisée  comme  ce fut  le  cas,  il  y  a bien  longtemps de  cela,  pour  un village  au  nord, Poundjou,  qui avait  été  ravagé par  un  incendie. Sans  doute qu’un  tel  geste serait  beaucoup plus  parlant  que les  incantations sur la réconciliation  dont  nous sommes  coutumiers, et mettrait du  baume  aux cœurs meurtris. Si l’on devait situer géographiquement les lieux où la réconciliation est nécessaire, ce  serait  certainement  dans  les  parties méridionale  et  occidentale  de  notre pays. C’est  sans doute  là que  les vainqueurs  devraient  se  montrer  le  moins arrogants. Il est vrai que les partisans de Laurent Gbagbo doivent avoir l’humilité de reconnaître, d’abord, que leur leader a bel et bien perdu  l’élection présidentielle, mais aussi qu’il a  failli plonger  le  pays  dans  une  interminable  et meurtrière guerre, et que ce n’est pas à eux que  l’on doit demander de pardonner aux autres.  Mais  il  est  aussi  vrai  que  lorsque  l’on veut  réellement  la  réconciliation,  le vainqueur  doit  savoir  également  parler au  vaincu,  aller  vers  lui,  lui  tendre  la main,  l’aider  à  se  relever  et  surtout  ne pas chercher à l’humilier


Par VENANCE KONANAN

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