une du 16 mai 2012

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Télédétection : ÉDOUARD FONH-GBEI LEVE LE VOILE

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ÉDOUARD FONH-GBEIÉDOUARD FONH-GBEILa télédétection est définie scientifiquement comme l’acquisition d’information à partir d’instrument non en contact avec l’objet étudié. Pouvez-vous nous donner une définition plus accessible?

 

Effectivement, cela paraît un peu abstrait. C’est en fait la capture de l’information à partir de satellites. Information sur la terre ou partout ailleurs. Et ensuite, le traitement de cette information pour qu’elle soit lisible et visible par une personne humaine. Entre la capture et l’information qu’on reçoit, il y a tout un processus qui fait partie de la méthode même de la télédétection : traitement d’image, classification… Ce que vous obtenez après le traitement, c’est en fait une carte. C’est la situation réelle, c’est la personne ou un objet bien défini de manière géo spatiale. Et ça, c’est l’aspect scientifique. Mais il y a ce qu’on fait de ces résultats.

 

Justement, quelles sont les applications de la télédétection?

Elles sont de différents ordres. On peut les utiliser pour pouvoir aménager un territoire, mettre en place un système d’aide à la décision ; en terme environnemental, localiser des manifestations par exemple. En clair, la télédétection donne des informations qui résolvent des problèmes qui sont d’ordre transversal. Voilà pourquoi au Cntig, notre domaine d’activité est très varié. De la défense à la sécurité publique, en passant par les collectivités locales, on est prêt à donner des solutions à partir des informations qu’on aura obtenues par la télédétection.

Y a-t-il des cas concrets d’utilisation de vos résultats dans la gestion du pays au sommet de l’État?

Oui bien sûr. Pour la bonne gouvernance, récemment, le gouvernement a mis en place le Plan national de développement (Pnd) pour les investissements à réaliser dans les cinq ans. On a utilisé le Cntig comme le point focal pour mettre en place le système d’information géographique, illustrer les investissements qui seront faits dans les différentes villes. On appelle cela la cartographie des interventions. La technique est simple: c’est de pouvoir localiser combien d’infrastructures seront utilisées avec l’argent des bailleurs de fonds, dans quel district et ce qu’on en aura fait. Cela est complété par un système de suivi qui va dire, chaque année, ce qui a été réalisé, quel est le montant pris pour le faire et ce qu’il reste à faire. C’est un exemple pratique pour illustrer la bonne gouvernance. En ce qui concerne la défense nationale, afin de sécuriser les quartiers, la télédétection peut être utilisée pour détecter les poches qui seraient criminogènes. La police peut donc utiliser les informations de la télédétection et le système d’information générale à l’appui pour planifier ses programmes d’intervention dans les quartiers un peu difficiles.

Ces différents services sont-ils conscients des solutions que vous pouvez leur apporter?

C’est là notre tâche. Elle est colossale. La Côte d’Ivoire est un pays sous-développé qui veut devenir un pays émergent. Aller vers cet objectif, c’est donner, mettre à la disposition de ces différentes structures les capacités qui pourraient les y aider. C’est ce qu’on s’atelle à faire: aller vers ces départements et leur dire, voilà ce qu’on peut faire pour améliorer votre travail. C’est dans ce cadre que j’ai participé à l’appel à candidatures. J’étais en Amérique du nord, mais j’ai préféré venir pour apporter ma pierre à la construction du pays.

A vous écouter, on se rend compte que la télédétection contribue à améliorer nos vies. Ses résultats peuvent servir d’instruments de prévention. Mais, cas concret,

on a assisté à l’érosion des côtes maritimes. On se demande bien où vous étiez!

Il fallait mettre en place le système de suivi. Ce système n’était pas en place pendant ce temps. Le gouvernement a pris vraiment les choses en main et a procédé à l’appel à candidatures pour mettre des systèmes qui prédisent plus ou moins des catastrophes comme celle que vous venez d’évoquer, de sorte à ce qu’on puisse déplacer les hommes en cas de nécessité. En tout cas, le nouveau Cntig que je dirige est prêt à aller dans ce schéma.

Dans le même registre, quelle est votre contribution dans le cadre de la déforestation?

Tout ce qui est forêt et agriculture, c’est notre domaine. La télédétection est capable de donner une situation spatio temporelle de l’occupation de nos sols, de la nature de nos forêts. On est capable de dire aussi la vitesse à laquelle la forêt disparaît. Et, en même temps, prévoir les méthodes pour y pallier.

Pensez-vous ici être suffisamment équipés pour mener vos missions, comparativement à l’Amérique du nord où vous avez travaillé?

On a les garanties. Pas suffisamment en équipements, mais on a le minimum pour commencer. Notre plan d’urgence a été approuvé par la tutelle, la Primature. Des fonds seront alloués pour mettre en place le dispositif, afin de résoudre rapidement ce problème.

Le 9 février, vous avez un séminaire. A quoi répond-il?

C’est un séminaire de relance. J’ai pris service, il n’y a pas plus de trois mois. On est presque à nos cent jours. Et à cent jours, on a trouvé utile de présenter ce qui a été fait, et où nous en sommes. C’est un séminaire de redynamisation et de repositionnement du Cntig dans son rôle d’accompagnement stratégique de l’État, dans sa marche vers une économie émergente. Quand je suis arrivé, le Cntig, était une structure orientée vers les «services». C’est une mauvaise orientation, qui a nécessité une restructuration.

Sans anticiper sur ce que vous allez dire à ce séminaire, peut-on avoir la primeur de votre touche à la tête de cette institution?

On a mis en place des systèmes de suivi, de bonne gouvernance, différentes procédures dans les départements, de sorte à s’inscrire dans les objectifs qui nous ont été fixés. On a pu recruter des compétences, au niveau de la diaspora notamment ; on a formé en un mois des gens par des Canadiens, à travers la coopération, pour renforcer les capacités de nos travailleurs, etc. La motivation est là. Près de 80% de notre équipe sont gonflés à bloc et prêts à aller plus loin.

Vous vous inscrivez désormais dans une dynamique de communication?

Oui, cela fait partie de la promotion. J’estime que tout ce qu’on fait doit être communiqué aux gens, pour qu’on sache que l’information se trouve ici. On a beau tout faire, sans communiquer, on ne peut aller de l’avant.

Pour un pays encore agricole, il serait maladroit que l’on ne parle pas des retombées de la télédétection pour l’agriculture, en termes de qualité et de productivité.

Bien entendu, avec le système d’information géographique, un dérivé de la télédétection, on peut parler d’agriculture de précision. Cette agriculture se fait avec les données géo spatiales de télédétection. Aujourd’hui, on sait que la majorité des terres ne sont pas mécanisées. Dans ce processus, nous entendons jouer un rôle primordial.

Peut-on dire finalement que la télédétection est une discipline transversale?

Tout à fait. Voilà pourquoi, nous sommes logés au sein de la Primature. Il n’y a pas un ministère qui peut nous revendiquer. On est utile aussi bien au ministère de la Défense pour la surveillance de nos frontières, à celui de l’Agriculture, pour nos forêts, nos cultures, qu’à l’urbanisation quand il s’agit de planifier les infrastructures à faire, au transport pour prévenir les embouteillages, à la bonne gouvernance, etc. C’est un service transversal dont les capacités ont besoin d’être renforcées, et dont les ressources humaines doivent être hautement qualifiées.

Vous qui avez travaillé à l’extérieur, vous étiez certainement dans des conditions de travail et de rémunération intéressantes. Qu’est-ce qui vous a motivéà retourner au pays?

Effectivement, j’ai travaillé à l’extérieur en tant que directeur d’institut. J’ai été au Texas, à Montréal, à Toronto. Avant de venir ici, j’étais encore en activité. Notre contribution est toujours importante, quand il s’agit de notre propre Nation. A un moment, on désire contribuer, quand le besoin est là. En même temps, on a constaté qu’en Côte d’Ivoire, c’est le moment pour engager le changement. Ce changement, c’est avec les fils du pays, mais qui sont ailleurs et qui ont des connaissances. Ce ne sont donc pas pour des raisons pécuniaires que nous sommes revenu.

Pour terminer, j’encourage les autres camarades de l’autre côté qui ont servi à un moment donné dans des structures de l’Occident à revenir dans leur pays. J’ai travaillé avec des Chinois, des Indiens qui, à un moment donné, sont repartis chez eux et qui sont à la base de l’émergence de leur pays. Nous pouvons nous aussi le faire. J’ai travaillé au cœur de certaines opérations qui sont importantes dans ces pays développés. Cette contribution en valait la peine, parce qu’on écrit l’histoire ensemble. Je lance donc un appel à tous les Ivoiriens de la diaspora qui ont des compétences à venir saisir cette chance que donne le gouvernement, de sorte à ce que nous puissions nous insérer dans les différentes structures et apporter notre contribution.

Interview réalisée par

ADAMA KONÉ