une du 16 mai 2012

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Islam et sexualité : ENTRE TABOUS, PUDEUR ET MODERNITÉ

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Longtemps considérée comme un tabou en Islam, la sexualité s’invite de plus en plus dans les prêches et sermons des guides religieux. Cette évolution, si elle est salutaire, cache néanmoins un autre problème. Car les musulmans sont de plus en plus contraints de voir une jeunesse obnubilée par les nouvelles technologies, brisant ainsi les normes. Incursion dans un domaine où religion, tabous traditionnels ou supposés religieux et fausse pudeur s’entrechoquent…


En effet, le verset 223 de la sourate 2 codifiant les règles de la sexualité en Islam, se veut clair en la matière. «Vos épouses sont pour vous un champ de labour. Allez à votre champ comme et quand vous le voulez ». S’appuyant sur ce verset, l’imam Mahmoud Konaté de la mosquée  d’Abobo-Banco pense que la sexualité en Islam obéit à des règles bien établies. D’abord, précise-t-il, en dehors de la sodomie « les autres positions » sont autorisées. Et les seules périodes où l’acte sexuel est interdit, sont celles de menstruation ou de lochies. « Toutefois, pendant ces périodes, il peut avoir des attouchements sans acte sexuel ». Et l’imam Dosso du Centre de documentation et de recherche islamique  (Cedris) d’ajouter qu’en Islam, l’idéal des comportements sexuels est une synthèse harmonieuse et un ajustement permanent entre la jouissance et la foi. Toujours selon lui, à la lumière de ses sources d’autorité, l’Islam ne déprécie ni ne nie l’acte sexuel. Il lui confère un sens plus noble que la sexualité se trouve déculpabilisée dans le vécu du croyant. Aussi, continuellement, le vécu du bon croyant musulman est-il un effort permanent d’adaptation de son comportement sexuel à sa foi pratique.

La procréation : principal but de l’acte sexuel en Islam
L'Islam aperçoit la sexualité de l'homme au même titre que ses autres désirs. C'est pourquoi, nous trouvons qu'il a instauré des règles conformes à l'instinct et à la nature afin de satisfaire ces désirs. Cette religion n’a guère tout permis comme les libertins ; mais n’a pas non plus tout interdit. L’Islam offre le droit d’assouvir ses désirs et de concrétiser le but de tout être humain. C’est pourquoi, il considère le mariage comme la base de la combinaison des choses de ce monde tel que le souligne le verset 36 de la sourate 36 : « Louange à celui qui a créé tous les couples, de ce que la terre fait pousser, d'eux-mêmes, et de ce qu'ils ne savent pas ! ».
Les imams ont toujours mis un point d’honneur à rappeler aux futurs mariés la raison essentielle de leur union. Car le Saint Coran a clairement présenté ce but sous forme évocatrice dès lors qu'il dit : « Vos épouses sont pour vous un champ de labour » (Sourate 2 – Verset 223). De ce fait, il a instauré le but de ce lien entre les deux sexes. L'Islam considère le mariage comme la seule voie naturelle dans la procréation et l'assouvissement du désir sexuel. Il permet donc de concrétiser un but humain sans négliger la jouissance personnelle. C'est pourquoi, il incite au mariage tout en le considérant comme une façon d'atteindre l'agrément divin et la récompense divine. L'Islam ne voit pas uniquement dans le mariage un moyen d'unir l'homme et la femme,  un corps à un autre, ou d'assouvir les désirs et les appétits sexuels. Sa vision est plus profonde et plus grande. Il s'agit d'un édifice servant à bâtir le genre humain. Mais c'est aussi un apaisement et une quiétude du point de vue individuel. Et d'un point de vue social c'est une obligation communautaire. Pour cette raison, la vie de couple doit être basée sur l'entraide et l'échange de sentiments. Les époux doivent vivre comme une entité, partager le même lit et ressentir que chacun appartient à l'autre. C’est en cela que, révèle l’imam Sylla Mohamed, le prophète a exhorté les musulmans à épouser les femmes fécondes ; car il souhaite que sa communauté soit la plus nombreuse le jour de la résurrection.

Obligations ou devoirs pour les époux ?
À ce sujet, les savants des quatre écoles de jurisprudence islamique ont émis plusieurs avis.
Ainsi, pour les Hanafites, les époux ont le droit de se demander de faire l’amour. Et quand la demande vient de l’un ou de l’autre, celui à qui l’on demande doit répondre obligatoirement. Pour les Malékites, l’école la plus suivie en Afrique de l’ouest, les rapports sexuels incombent à l’homme vis-à-vis de la femme s’il n’y a aucune excuse valable. La troisième école, celle des Chaféites pense plutôt que l’acte en lui-même n’est obligatoire qu’une seule fois car la jouissance est un droit et non une obligation. De plus pour cette école, c’est le désir ou l’amour qui pousse vers cette jouissance et ce sont deux choses que l’on ne saura imposer ni rendre obligatoire. Quant aux Hanbalites, ils pensent que l’homme doit faire l’amour à la femme au moins une fois tout les quatre mois s’il n’y a pas d’excuse. Car le but du mariage est de veiller aux intérêts des époux et de les protéger de tout mal.
Toutefois, il est bon de rappeler que selon des propos du Prophète de l’Islam, (que la paix, la miséricorde d’Allah soit sur lui) en la matière,  la femme doit répondre aux désirs de son mari quelles que soient ses occupations et la période. Si elle refuse alors qu’elle n’est pas en période de menstrues, de lochies ou n’est pas malade, elle sera maudite.

Le sujet encore tabou dans plusieurs foyers
Si d’autres versets du Coran abondent dans le même sens que la sourate 2 du verset 223, très peu sont les musulmans qui acceptent d’intervenir sur la question. Pour certains, il s’agit de pudeur pendant que d’autres prennent pour prétexte une règle islamique qui soutient que celui qui aura la pire des situations est l’homme ou la femme qui aura dévoilé les secrets charnels au grand jour.
Pour l’imam Bamba Morifi de la mosquée d’Attécoubé, il faut éviter de faire l’amalgame. Car il ne s’agit pas de dévoiler ce qui se passe entre les époux. Cette mauvaise interprétation des propos du Prophète dont la conséquence immédiate est le refus de parler de l’acte sexuel, est souvent l’une des principales causes de divorce chez les musulmans.  En effet, poursuit-il, très souvent les conjoints n’abordent pas le sujet entre eux. Et il leur est impossible d’en parler à d’autres personnes même quand l’un des partenaires n’est pas satisfait. Du coup, le couple de frustration en frustration s’effrite. Quand des imams avertis en la matière sont appelés pour les réconcilier, ils se rendent vite compte que le véritable problème est d’ordre sexuel pendant  que les époux essaient d’évoquer d’autres problèmes.
« Les mariés qui rencontrent des problèmes au niveau sexuel préfèrent nous en parler au téléphone et refusent toujours de décliner leur identité ou encore nous donnent de fausses identités », explique l’imam Mahmoud Konaté. Pour ce dernier, ce problème est aussi à la base de la polygamie chez les musulmans. Pourtant ajoute-t-il, au cours des séminaires, prêches ou sermons, les imams et autres guides religieux font l’effort d’attirer l’attention des fidèles sur la question. Des prédicateurs vont jusqu’à entrer dans certains détails afin de donner plus de moyens à certains couples pour aborder la question. « Les choses se sont améliorées ces dernières années. Mais il reste encore des efforts à faire car la sexualité a toujours été considérée comme un sujet tabou en Afrique ; et les premiers musulmans de l’époque précoloniale n’ont pas échappé à cette règle », conclut-il.
Pour Ouattara Mahmoud, professeur dans un lycée d’Abidjan,  il faut aborder cette question dans le couple. Car lorsqu’on vit avec quelqu’un, on apprend à le connaître. Et comme la question essentielle du mariage étant le sexe, il appartient aux partenaires de toujours en parler afin de savoir si l’un ou l’autre n’est pas satisfait ou aurait des plaintes. « C’est une question si cruciale que si elle n’est pas résolue, le couple risque de voler en éclat ou encore ce sera la porte ouverte à l’infidélité pour l’un des conjoints », renchérit-il. Car convaincu que le désir sexuel figure parmi les sentiments les plus forts et les plus profonds de l’homme. Et la non satisfaction de celui-ci pourrait causer des troubles et transformer la vie de ce dernier en un véritable cauchemar

Une génération de plus en plus irrespectueuse des normes islamiques
La seule et unique voie d’accès à l’acte sexuel pour le musulman est et demeure le mariage. Mais aujourd’hui, la jeunesse musulmane est à la croisée des chemins entre une évolution rapide des mentalités guidée par l’occident, et des principes islamiques très stricts datant de plus de 1400 ans.
Pour Nassara Fadiga, étudiante en licence de droit, tout en reconnaissant les interdits en la matière, elle pense qu’il faut être réaliste. La société d’aujourd’hui offre tout le nécessaire pour désobéir à Dieu. « Les choses ont changé et la pression sociale est telle que la fornication aujourd’hui passe inaperçu et est même devenue la norme ». Ce point de vue, elle le partage avec plusieurs autres jeunes musulmans parmi lesquels Koné Seydou pour qui : « il est presque impossible de résister aux agressions vestimentaires des jeunes filles. Elles  mettent un point d’honneur à déstabiliser les hommes tant leur habillement sont des invitations à la fornication. Comme on le dit la chair étant faible, nous ne pouvons résister à ces filles qui nous agressent à longueur de journée ».

Ouattara Ouakaltio
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