une du 16 mai 2012

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Ida Ben alias Tiga Nonguierma : Japonais de naissance, Burkinabè de cœur

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Le plus Burkinabè des Japonais a adopté le pays des hommes intègres comme sa seconde patrie, depuis qu’il y a foulé le pied pour la première fois en 2003. Ida Ben a même laissé femme et enfant au Japon pour mener une vie au service des Burkinabè. Il se sent bien intégré et le mode de vie dans notre Faso lui plaît bien. Quoi de plus normal que des amis lui donnent un nom  : Tiga Nonguierma. typiquement burkinabè.


Certains de ses proches et compatriotes ont dû le prendre pour un fou. Laisser sa famille (sa femme et son fils qui est maintenant marié) pour venir vivre en Afrique. Normal ! Dans son pays, les images diffusées sur l’Afrique à la télévision ne montrent que des animaux sauvages, le désert, l’Afrique à l’ancienne…« J’aime la vie du Burkina. Mais ma famille et certains de mes compatriotes ne comprennent pas. Parce que l’image de l’Afrique qu’ils ont, est qu’il y a beaucoup de guerres et de maladies » explique Ida Ben, entre deux cigarettes de Hamilton, allègrement « grillées », dans son modeste appartement situé au second étage d’un immeuble au quartier Pag la yiri
Les enfants Burkinabè lui rappellent sa propre enfance
De nature jovial et fort sympathique, ce Japonais qui a eu 58 ans, le 19 janvier 2012, révèle, non sans fierté, son histoire d’amour avec le Burkina. Tout commence en 2003, lorsqu’il accepte d’être volontaire international pour le compte de l’Association d’amitié Japon-Burkina Faso, créée par son compatriote en 1995. Et le voilà à Pô dans le Nahouri pour une période de trois ans au cours desquels, il s’investit dans la construction de forages, d’écoles et de dispensaires. Mission terminée, Ida Ben retourne au Japon. Pas pour longtemps, car l’envie de revenir au Burkina ne l’a jamais quitté. C’est que durant son séjour au Burkina, lors de ses visites dans les villages et même à Ouagadougou, l’ancien volontaire a été frappé par le grand nombre d’orphelins et autres enfants de la rue. « Au Japon, ce n’est pas comme ça » fait remarquer le japonais. Ces enfants Burkinabè marchant, pieds nus, et poussiéreux lui ont toujours rappelé sa propre enfance. Et Ida Ben de se rappeler qu’il a marché, pieds nus, jusqu’à l’âge de 8 ans, à une époque où le Japon avait sensiblement le même niveau de pauvreté que le Burkina.
Cette situation des enfants burkinabè a été le principal élément motivant pour ce père d’un enfant, à revenir au Burkina cette fois-ci, à son propre compte avec la ferme intention de construire un orphelinat au profit des enfants burkinabè avec ses propres moyens. Un défi personnel ! Si une première expérience de l’orphelinat a tourné court pour des « convictions personnelles » entre autre, le projet est toujours d’actualité et un terrain est à nouveau disponible à Koubri (à 25 km au Sud de Ouagadougou). De toutes les façons, Ida Ben jure de donner corps à cet orphelinat qui lui tient à cœur, sinon sa présence au Burkina n’a pas de sens.
Et puis cette façon « simple et humaine » de vivre des Burkinabè a aussi séduit Ida Ben, et c’est l’autre raison qui explique qu’il ait laissé famille et amis au Japon pour le Burkina. Il trouve en effet que les Burkinabè sont accueillants et aimables. « La mentalité des Burkinabè me convient. Ils sont gentils et amicaux. Ce qui fait que je peux vivre facilement ici. D’ailleurs, je me suis facilement intégré et maintenant je réfléchis comme un Burkinabè » a expliqué le plus Burkinabè des Japonais. Celui-ci est en effet, amateur de mets locaux comme le gonré, le poulet flambé (grillade traditionnelle du poulet), le dolo (bière locale). Et s’en sort dans des langues locales : mooré, gunrunsi. C’est à la faveur de son séjour au Burkina qu’il a parlé le français pour la première fois et s’est progressivement amélioré.« Avant de venir au Burkina, je n’avais jamais parlé un mot de français », révèle le Japono-burkinabè. Et décrit un rythme de vie dans son pays qui ne lui plaît pas trop : boulot sur boulot, gain effréné de l’argent, dépression, absence de vie familiale.
Un mode de vie bien différent de la « tranquillité » burkinabè qu’il affectionne tant. Si Ida Ben trouve les Burkinabè aimables, gentils et honnêtes, il en a fallu de peu que cette bonne image des Burkinabè vole en éclat chez celui qui a adopté dans son cœur le pays des hommes dits intègres.
Le jour où il a douté des Burkinabè
En effet, obligé de rentrer au Japon pour cause de mutineries militaires, Ida Ben a cru bien faire en confiant 5 millions de FCFA à un ami Burkinabè dans le cadre de la construction du nouveau bâtiment de l’école primaire de Tingandogo, (dans la commune rurale de Komsilga), financée par l’Association amitié Japon- Burkina. Au retour, de son voyage « forcé », l’ami japonais est tombé des nues, lorsqu’il s’est rendu compte que l’argent remis a trouvé une autre destination autre que l’école. Pendant un temps, il a pensé que la plupart des Burkinabè étaient escrocs et véreux. Mais d’éclaircissement en éclaircissement, il s’est simplement rendu compte que tous ses amis burkinabè ne sont pas tous « sales ».
Une autre expérience douloureuse, des mutins militaires se sont présentés un soir (pendant la mutinerie) au restaurant japonais qu’Ida exploitait jadis à la Patte d’oie. Il a été épargné, grâce à son gardien qui a courageusement dit aux visiteurs d’un soir, que son patron n’était pas sur les lieux, alors qu’il s’était terré à l’intérieur, toutes lumières éteintes. « J’ai eu très peur », a t-il avoué. L’orage passé, Ida Ben est plus que jamais déterminé à mener à bien ses projets : orphelinat et renforcement de son restaurant redéployé en face de l’hôtel Nazemsé. Ida Ben, parfaitement intégré au Burkina avec Tiga Nonguierma comme nom burkinabè donné par le chef coutumier de Komsilga, n’a plus qu’un seul rêve pour devenir complètement Burkinabè : obtenir la naturalisation.
Gabriel SAMA
Sidwaya

 

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