une du 16 mai 2012

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Dr Abdoulaye Soma : Même « orphelin », il devient le plus jeune agrégé africain en droit public

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« Je me suis senti orphelin pendant la proclamation des résultats » L’Unité de formation et de recherche en Sciences juridiques et politiques (UFR /SJP) de l’université de Ouaga II n’a pas d’école doctorale. Tous les docteurs dans cette filière sont allés décrocher leur parchemin à l’extérieur. Manque de volonté politique ou contraintes objectives ? En tout cas, quelques personnes arrivent à passer à travers « ce rideau de fer » et souvent très jeunes. Sont de ceux-là le tout nouveau Docteur Abdoulaye Soma. Il a réussi au 15e concours d’agrégation du CAMES (Conseil africain et malgache de l’enseignement supérieur) chargé de désigner les enseignants les plus qualifiés de notre continent. C’était du 14 au 22 novembre à Abidjan en Côte d’ivoire. Il devient à 32 ans, le plus jeune agrégé du continent africain en droit public.

 

115 candidats issus d’une dizaine de pays africains. 28 prétendants dans la catégorie droit public. 8 lauréats à l’arrivée jugés dignes de revêtir la toge de Professeur agrégé des facultés de Droit après avoir franchi les trois phases du concours (l’épreuve sur travaux qui consiste à présenter les différentes productions scientifiques devant un jury, le commentaire d’un texte dans une des branches du droit, et enfin la dissertation juridique ou épreuve de spécialité). A noter qu’à l’issue de chaque épreuve, le jury a délibéré et seuls les candidats admissibles étaient autorisés à concourir pour la prochaine étape. Parmi les impétrants qui ont franchi toutes ces phases, Soma Abdoulaye.

Au moment de recevoir, son diplôme, aucune autorité universitaire de son pays à ses côtés. Ce qui ne fut pas le cas des candidats des autres pays. Ils avaient avec eux des délégations de leurs universités respectives, des autorités politiques et des journalistes, venus apporter leur soutien et témoigner leur admiration à leurs candidats qui ont valablement représenté leurs Etats. « Dans certains pays comme le Bénin, le Sénégal, le Cameroun l’agrégation fait l’objet d’une appréciation au plus haut niveau de l’Etat notamment à la Présidence de la République. Mais jusqu’à présent, je n’ai pas encore reçu de félicitation officielle de la part des autorités de mon pays. Je ne sais même pas si elles sont informées » soutient M. Soma. Cela n’entame pas la joie du jeune diplômé qui dit être reconnaissant à ses collègues, supérieurs et amis qui ont contribué à sa réussite. Pour lui, le fait d’être le plus jeune agrégé n’apporte pas de saveur particulière à son succès.

« J’aurai été agrégé en n’étant pas le plus jeune que j’aurai eu la même satisfaction. Le plus jeune, c’est relatif. Cela va peut-être durer deux ans. Il y aura d’autres jeunes agrégés plus jeunes que moi. Ce qui est important c’est d’être agrégé. Et cela, c’est à vie ».

Des docteurs made in Burkina

Pour beaucoup de jeunes, la maitrise en SJP marque la fin des études même quand ils ont la volonté et les ressources intellectuelles de faire un troisième cycle. Le manque de moyens financiers pour continuer à l’extérieur brise bien d’ambitions. M. Soma a eu plus de chances. Arrivé en 2000 à l’université de Ouagadougou, il a bénéficié après sa maitrise, d’une bourse de 6 mois pour aller étudier à Genève en Suisse. Après l’expiration de cette « manne », il repart avec ses propres moyens. Il y fait un DEA en droit constitutionnel et en droit international. Il tape dans l’œil des responsables de l’université de Genève qui le recrutent comme président du conseil de la faculté de droit.

Il est aussi enseignant- assistant dans cette université genevoise. « J’ai enseigné le Droit constitutionnel, international, les droits de l’Homme » nous apprend-t-il. Malgré les portes qui s’ouvrent grandement à lui, il ne perd pas de vue ses propres études. M. Soma soutient sa thèse en 2009 et rentre au « bercail » en Avril 2010. Il est alors recruté comme enseignant à la faculté de Droit de l’Université de Ouaga II.

La préparation du concours d’agrégation l’a conduit à Dakar au Sénégal, à Cotonou au Bénin, à Bordeaux en France, et à Genève pour bénéficier des ressources informatiques, bibliothécaires, et scientifiques nécessaires pour la formation. « J’ai été intensivement préparé par le Pr. Loada au Burkina » nous confie-t-il. En attendant la titularisation qui interviendra au plus tôt dans trois ans avec les productions scientifiques, M. Soma nourrit bien de projets « Je vais m’investir pour « créer » des docteurs au Burkina. J’envisage avoir un centre de recherche d’une école doctorale pour contribuer à la formation, à la préparation des futurs docteurs en droit dans mes domaines de spécialisation (droit international, constitutionnel et droits de l’Homme.

Ce sera une contribution à l’enseignement supérieur, au développement du Burkina. Je veux faire le maximum pour le monde universitaire en collaboration avec des collègues ». L’ancien pensionnaire du lycée municipal de Banfora lance un appel aux autorités politiques et universitaires sur la nécessité de créer un troisième cycle au département SJP de l’université de Ouaga II. Le Dr. Abdoulaye Soma semble avoir fait son devoir en devenant le 2e professeur agrégé en droit de l’université de Ouaga II, après le professeur Augustin Loada. Aux autorités compétentes de faire maintenant le leur.

Tiga Cheick Sawadogo (stagiaire)

Lefaso.net

 

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