Mise à jour le Mardi, 21 Février 2012 11:37 Écrit par Brou Presthone Lundi, 20 Février 2012 12:21
Depuis le 13 mai 2011, Henriette Dagri Diabaté préside aux destinées de la 5e Institution dans l’ordre protocolaire de la République de Côte d’Ivoire. Elle compte lui apporter sa touche personnelle.
Le 21 mai 2011, quand vous mettiez au cou du Président de la République, Alassane Ouattara, le Grand collier, quels sentiments vous animaient ?
Ce fut un moment d’intense émotion et si j’en crois les nombreux témoignages que j’ai reçus, beaucoup de personnes qui ont suivi l’évènement en Côte d’Ivoire et hors de notre pays ont vécu, elles aussi, cette scène mémorable comme un moment historique.
J’étais heureuse d’être le témoin de l’aboutissement d’un combat politique rude auquel nous avons modestement pris part aux côtés de notre leader charismatique, Alassane Ouattara. J’étais émue d’en porter le symbole. En même temps, je pensais à tous ceux, célèbres ou anonymes, vivants ou qui sont tombés sur le chemin de notre quête d’une Côte d’Ivoire plus démocratique où le vivre ensemble sera une réalité.
C’est vrai, je suis fière d’avoir eu ce privilège, cette récompense inestimable.
Le 13 mai 2011, le Président de la République vous nommait à la tête de la Grande chancellerie. Comment percevez-vous votre désignation ?
Je profite de vos colonnes pour remercier le Président de la République de m’avoir permis d’accéder à ce poste qui, dans beaucoup de pays, est réservé aux hommes et plus particulièrement à des militaires.
Peut-être que le Président de la République a voulu qu’une note féminine et un esprit nouveau soient apportés à la gestion de cette institution. Au-delà de l’honneur qui m’a été fait de me choisir pour lui passer le Grand collier autour du cou, le Chef de l’Etat a voulu, par cet acte, envoyer un signal spécifique à la femme ivoirienne qui doit continuer à se battre pour faire prévaloir ses compétences à tous les niveaux, dans tous les secteurs.
Je crois que mes sœurs seront d’accord avec moi pour dire que cette nomination rejaillit sur l’ensemble des femmes. Je suis fière d’avoir ouvert la porte de ce haut poste à la Femme.
Par-dessus tout, je considère cette nomination comme un défi que mes collaborateurs et moi-même sommes prêts à relever.
Dans votre discours de présentation de la nouvelle politique de l’institution, le 2 août 2011, vous indiquiez que la Grande chancellerie a eu tendance à fonctionner comme un guichet à médailles.
Comment allez-vous faire pour changer cette image?
Effectivement, ma conviction est que la Grande chancellerie ne saurait être un guichet à médailles. Au-delà des décorations, il y a beaucoup de choses à faire, surtout en cette période où la société semble avoir perdu ses repères éthiques, avec des dérives graves. La Grande chancellerie doit promouvoir les valeurs du mérite et de l’excellence. C’est cela sa fonction et sa force morale. Nous avons besoin de modèles qui nous incitent à l’excellence.
Je suis prête à regarder partout, à rechercher tout ce qui peut m’aider à mettre ceux qui le méritent en lumière.
Le 2 août 2011, j’ai développé, en présence du Chef de l’Etat, Alassane Ouattara, la nouvelle politique de la Grande chancellerie. Pour nous, les objectifs de cette nouvelle politique sont clairs. Ils visent à inscrire la pratique du mérite et l’émulation dans la vie sociale et professionnelle quotidienne du citoyen ; pratiquer une tradition du mérite ouverte sur l’ensemble des régions et toutes les professions (secteur formel et informel) ; valoriser les personnes décorées dont l’exemplarité est de nature à inspirer la jeune génération.
Nous avons donc conçu un programme d’activités dont certains aspects sont trimestriels ; chaque trimestre étant consacré à un domaine spécifique. En 2011, pour mettre l’accent sur la paix et la réconciliation nationale, nous avons réalisé le trimestre « artisans de paix ». En mars 2012, nous lancerons le programme « Bâtisseurs de l’école ivoirienne »...
Toujours dans le cadre de la nouvelle politique, nous allons créer des prix parrainés par le Président de la République. Il y en aura 11 qui visent à promouvoir le goût de l’effort, reconnaître le mérite, l’excellence et à récompenser les serviteurs de la Nation. Ce, dans les différents domaines que sont : l’agriculture, l’environnement, l’intégration africaine, la paix, la jeunesse et les sports, la femme, l’éducation, l’entrepreneuriat, les arts et lettres, la bonne gouvernance, la créativité et l’innovation technologique, le développement local… Sans aller jusqu’à ouvrir des directions régionales, nous allons installer des comités locaux pour le mérite, en collaboration avec les autorités administratives.
Vous avez également indiqué que vous voulez faire de la Grande chancellerie une « institution forte ».
Qu’entendez-vous par cette expression?
Une institution est forte lorsqu’elle arrive à se hisser à la hauteur des objectifs qui lui sont assignés. Nous nous efforcerons de mettre l’accent sur l’éveil, la pratique et le développement des vertus républicaines, à savoir : l’esprit civique, l’intégrité, le sens de l’honneur, le dévouement à la patrie, l’émulation dans la vie sociale et professionnelle quotidienne. Une institution est forte quand elle a une autonomie de réflexion et d’action.
Où commence et s’arrête votre champ d’intervention?
La culture du mérite concerne tous les secteurs de la vie sociale. Nous accorderons une attention au monde rural et au secteur informel. Mais, il est évident que c’est en investissant dans la jeunesse et donc dans l’éducation que nous pouvons renforcer les bases de la société. Nous ne sommes pas ministre de l’Education, ni ministre de la Jeunesse, mais en travaillant avec ces secteurs et leurs responsables, nous aurons la possibilité de contribuer à faire en sorte que l’excellence devienne le repère et que nous sortions des tristes histoires de tricheries et de « machettes » que nous avons connues.
Avez-vous les moyens pour faire appliquer votre politique?
Comme toute institution, nous avons exprimé nos besoins à l’Etat de Côte d’Ivoire, au vu des objectifs qui nous sont assignés par le Président de la République. Et nous sommes optimistes car le décret concernant le nouvel organigramme qui nous permettra de disposer des compétences nécessaires pour réaliser notre programme est signé.
Comment et sur quelle base choisit-on les récipiendaires?
Jusqu’ici, dans le cadre des décorations ordinaires, c’est généralement sur saisine qu’elles sont remises, sous réserve que les personnes qui en font l’objet remplissent les conditions requises.
La Grande chancellerie saisit les institutions et les ministères par lettre-circulaire dans laquelle un quota de distinctions est attribué.
Les conditions exigées sont la moralité, le civisme (bon citoyen), l’âge, la durée du service, le tout assorti de bons et loyaux services dans une activité publique ou privée.
Nous avons, à la Grande chancellerie, deux Conseils aux fins d’examiner les propositions et surtout de nous assurer de l’application stricte des règlements. Les candidatures qui recueillent leur avis favorable font l’objet d’un corps de projet de décret qui est adressé au Président de la République.
C’est à la suite de toutes ces démarches que le choix des candidats à la décoration est définitivement arrêté. Il est prévu deux grandes cérémonies de décorations ordinaires : le 1er janvier et le 7 août de chaque année.
Pour vous, quelle devrait être la valeur d’une médaille ?
Une médaille est la matérialité de la reconnaissance d’un mérite. A ce titre, celui ou celle qui en détient une porte une responsabilité morale vis-à-vis de ses contemporains. Il doit se montrer, en tout temps et en tout lieu, à la hauteur de cette reconnaissance de la Nation.
Comment allez-vous rompre avec la vieille habitude qui a donné le sentiment à plus d’un que les décorations sont des récompenses attribuées à des amis ?
Dans le cadre des innovations que nous apportons, nous rédigeons un manuel de procédures qui sera publié et accessible à tous ceux qui le souhaitent. La rigueur doit être de mise à l’échelle de toutes les tutelles administratives qui nous transmettent des demandes de distinctions.
On vous reproche de n’avoir pas décoré de grandes figures du pays depuis que vous êtes à la tête de la Grande chancellerie. On parle, par exemple, de M. et Mme Bédié, Mmes Madeleine Tchicaya, Fatou Sylla Diakité.
De tels oublis auraient été, j’en conviens, très regrettables. Personnellement, j’ai un respect et une appréciation réelle de toutes les personnes que vous citez, et d’autres encore.
Cela dit, ceux qui s’expriment dans les journaux, pourraient s’informer davantage. Ils devraient savoir, par exemple, que M. Henri Konan Bédié, en sa qualité d’ex-Président de la République, est déjà Grand-Croix de l’Ordre national, la plus haute distinction qui existe. On ne peut plus le décorer en Côte d’Ivoire parce qu’il a eu tout ce que l’on peut obtenir. Les autres marques de reconnaissance qu’on peut lui témoigner sont, comme on l’a fait, par exemple, pour le troisième pont, de baptiser un édifice en son nom.
Quant aux autres personnes citées dans les journaux, à une exception près, elles ont toutes déjà été décorées plusieurs fois et à de très hauts niveaux. Par exemple, Mme Tchicaya est commandeur dans l’Ordre national, Mme Auguste Denise est Officier …
Quant à Mme Bédié, par courrier en date du 16 novembre 2011, nous avions pris l’initiative de lui faire une proposition de décoration en sa qualité de présidente fondatrice de Ong Servir, engagée dans l’humanitaire. Dieu merci, elle a accédé à notre demande et nos équipes respectives se rencontrent régulièrement pour préparer la cérémonie. Ainsi, Mme Bédié, tout comme la Première dame, Mme Ouattara, sera décorée, ce 28 février 2012, pour son engagement dans l’humanitaire, en faveur des couches sociales les plus défavorisées. Au total, il faut retenir que certaines personnes méritantes ne peuvent plus être décorées, pour d’autres leur distinction est déjà prévue à une date ultérieure ou dans un programme particulier. Rassurez-vous, nous aurons encore et encore l’occasion de décorer des centaines d’Ivoiriens qui y ont droit.
Interview réalisée par
BROU PRESTHONE
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