Mise à jour le Jeudi, 16 Février 2012 16:14 Écrit par Ghislaine ATTA Mercredi, 15 Février 2012 15:59
Répondant à la sollicitation de la Côte d’Ivoire, le Partenariat mondial pour l’éducation (Pme), a décidé d’accompagner le gouvernement ivoirien dans son plan d’urgence pour le secteur éducation-formation. 21,400 milliards de francs CFA ont ainsi été annoncés qui serviront, entre autres, à la réhabilitation des établissements scolaires et à leur équipement. M. Robert Prouty, directeur dudit Partenariat est à Abidjan depuis la fin de la semaine dernière. Dans cet entretien, il donne des éclairages sur les conditions d’octroi de ce don ainsi que les perspectives qui en découlent.
En remettant ces fonds à la Côte d’Ivoire, le Partenariat mondial pour l’éducation a également enjoint le gouvernement ivoirien à porter une attention particulière sur des aspects très particuliers…
Vous n’êtes pas sans savoir que pendant la crise, le secteur éducatif a été durement touché. Aussi, estimons-nous qu’il y a trois axes sur lesquels il faut agir d’une manière assez urgente. La première chose, c’est de faire en sorte que la confiance se rétablisse entre les différentes composantes du secteur. C’est pourquoi, nous favorisons dans un premier temps la réhabilitation des bâtiments scolaires endommagés. Au-delà de la visibilité, ces actions devraient rétablir les conditions de bien-être des enfants à l’école. D’un autre point de vue, la formation des enseignants a fait défaut durant la crise prolongée dont a été victime la Côte d’Ivoire. Pendant ce temps, d’autres pays de la sous-région ont fait des pas en avant. Un certain rattrapage s’impose donc. Les indicateurs statistiques pour le pays, du point de vue scolaire, sont assez faibles. Or, il y a quelques années, c’était le contraire. Nous savons qu’il y a beaucoup de volonté, mais il y a un travail à faire. Nous sommes justement là pour appuyer le gouvernement dans sa volonté d’aller très rapidement vers la formation des enseignants en quantité suffisante pour commencer à combler le vide. Ce sont des milliers d’emplois qui seront ainsi générés. Toujours dans la formation, nous insistons sur le volet de la qualité. Nous avons des résultats des tests internationaux qui ont, en effet, montré que la qualité de l’enseignement en Côte d’Ivoire a fortement baissé depuis quelques années. Or, toute réforme éducative, quelle que soit la technologie utilisée, passe par les enseignants.
Quel constat avez-vous justement fait en Côte d’Ivoire?
Tout d’abord, l’on constate qu’il y a énormément de bonne volonté. Au niveau de notre institution, beaucoup de membres du Conseil d’administration ont été sceptiques lorsque la Côte d’Ivoire a déclaré son intérêt à entrer dans le Partenariat.
Ah bon ? Pourquoi ?
Ils doutaient un peu de la possibilité pour la Côte d’Ivoire de satisfaire assez rapidement aux exigences du Partenariat. Étant donné les effets de la crise qui a eu lieu dans ce pays. Parce que ce n’est pas seulement « par amitié » que nous faisons adhérer les pays. Il y a des engagements fermes que ces derniers doivent également tenir. En effet, pour être membre du Partenariat, un pays doit faire preuve, pas seulement de bonne volonté, mais aussi d’une certaine capacité à bien mener toutes les actions prévues. Par exemple, dans le financement domestique qui sera disponible pour l’éducation, l’on est tenu de faire des projections de coûts, de dépenses, de planifier les cinq années à venir, etc. Donc, ce sont des engagements réels aussi bien du point de vue politique que du point de vue financier et technique. Et nous n’étions pas sûrs que le pays puisse satisfaire à toutes ces exigences dans le délai imparti.
Mais alors, qu’est-ce qui vous a convaincu d’accepter la candidature de la Côte d’Ivoire ?
Je dois avouer que nous avons été fort surpris de voir le travail abattu en trois mois seulement par la Côte d’Ivoire. Heureusement que le gouvernement actuel avait déjà commencé à travailler même pendant la crise. Déjà au mois de septembre dernier, tous les documents étaient prêts et nous avons pu les étudier à notre niveau. Nous étions très satisfaits du travail puisque les projections, simulations et tous les scénarios ont été bien réfléchis. Lorsque nous avons présenté aux membres de notre organisation les options considérées par le pays et les orientations prises, tout le monde était d’avis que c’est un excellent travail qui mérite d’être soutenu. Le comité des finances a, à son tour, examiné les documents avant de donner son accord. Idem pour le Conseil d’administration. Trois mois seulement après les premières discussions et seulement trois mois après sa déclaration d’intérêt pour ce programme du Partenariat mondial pour l’éducation.
Une des difficultés majeures qu’on rencontre en Côte d’Ivoire est la capacité du gouvernement à engager les fonds. Quels sont vos arguments pour convaincre les autorités ivoiriennes ?
Nous avons insisté dès le début à ce qu’il y ait une réelle capacité technique au sein du ministère de l’Éducation nationale. Par le passé, les donateurs avaient tendance à installer leurs propres systèmes au détriment des systèmes nationaux. Donc une des conditions dès le début a été la mise en place de capacités réelles en passation de marchés. C’est pourquoi, nous avons recruté et installé des compétences en passation de marchés. Nous avons insisté sur le fait que nous voulons que les dossiers en passation de marchés soient déjà préparés avant même la signature des documents relatifs au don. Et ils le sont déjà. Nous sommes très heureux de voir que les activités avancent très rapidement et nous allons maintenant négocier les détails du programme dans les semaines qui viennent. À partir du 20 février prochain, nous négocierons les détails sur l’accord de don et peut-être vers la mi-mars, nous irons vers la finalisation dudit accord. On ne s’attend pas à ce que tout soit parfait. La question, est seulement de savoir comment l’on va gérer les problèmes qui adviendront.
Toujours concernant les passations de marchés, quelle est la situation réelle ?
Je veux d’abord préciser que dans le grand lot des passations de marchés, nous nous intéressons aux infrastructures et aux matériels scolaires (livres, etc.). Au niveau des infrastructures, il s’agit des appels d’offres concernant les travaux de réhabilitation. Du côté des marchés du livre scolaire, l’on constate que les systèmes de distribution internes ne sont pas très développés. L’on n’a pas beaucoup de points d’achat du livre. Le système de distribution du livre scolaire en Côte d'Ivoire n'a pas beaucoup évolué pour les passations de marchés. L'État ivoirien avait tendance à faire des appels d’offres au niveau international pour réduire les coûts. Mais les inefficacités constatées ont tendance à montrer que les livres n’arrivent pas à temps à l’école. En revanche, si l’on avait un système national plus développé, on pourrait organiser la concurrence entre les maisons d’édition au plan national. Cela suppose qu’on aurait un prix compétitif. Dans une telle compétition de marché, les opérateurs auraient tout intérêt à livrer à temps les livres. Car les fournisseurs internationaux ont beaucoup moins de motivation à livrer les produits dans les délais, dans la mesure où chaque commande n’induit pas forcément une continuité. Or, si la demande est nationale, une bonne prestation donne au fournisseur de bonnes chances d’être reconduit.
En tant que partenaire-bailleur, quelles orientations suggérez-vous donc?
Il faut signaler que nous entretenons des dialogues avec le gouvernement. Car, contrairement à d’autres partenaires au développement, nous ne venons pas avec des recettes toutes faites à appliquer. Au cours de nos échanges, donc, nous avons constaté que des réflexions ont déjà été engagées sur le développement du système interne de distribution du livre scolaire. D’ailleurs, dans notre programme, il est question de mettre aussi l’accent sur le développement d’un système soutenable dans le temps. Nous allons donc tout faire pour que le livre soit disponible dès le début de la rentrée scolaire prochaine. Pour cela, nous apporterons tout notre appui afin que le système interne de distribution développe la capacité de fournir les ouvrages à temps chaque année. Et qu’il y ait un groupe de maisons d’éditions qui entrent dans ce marché régulièrement. Marché au sein duquel l’on peut stimuler la concurrence. Ce que nous recherchons, c’est le vrai développement d’une capacité de réponse nationale aux besoins du système. Nous voulons qu’à terme, les maisons d’éditions locales aient une idée de la demande nationale annuelle et que les internationaux n’aient d’autre choix que de développer des partenariats avec les éditeurs ivoiriens.
Comment comptez-vous vérifier l’état d’avancement de votre programme en Côte d’Ivoire?
Ce que nous allons demander au gouvernement ivoirien, c’est que dans les dix-huit mois après la signature de l’accord de don, de se rendre devant le Conseil d’administration du Partenariat mondial pour l’éducation pour expliquer l’état d’avancement du programme dans le pays. Il ne s’agit pas d’un examen ; il s’agit juste d’échanges. Le conseil essaiera juste de voir si les mesures préconisées marchent ou pas et si le rythme de mise en œuvre escompté a été réalisé.
Lors de la réunion du Conseil d’administration de l’initiative FTI, qui s’est tenue à Kigali en mai dernier, vous vous êtes réjoui vivement que le conseil ait consacré autant de temps à des sujets de fond parmi lesquels l’éducation de la jeune fille…
Le conseil a, en effet, demandé de tenir compte de la question du genre dans la gestion de ce programme en Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire n’a pas encore atteint la parité dans l’enseignement primaire, prenant ainsi du retard sur d’autres pays comme la Mauritanie qui a la parité. Il est donc question de combler le fossé. Il y a aussi que les contextes de crise créent des dangers particuliers pour les filles. Selon l’Unicef qui a fait des enquêtes à ce sujet, l’on a trouvé des tendances très inquiétantes du point de vue de la sécurité des filles dans le conseil scolaire. C’est au vu de tout cela que notre Conseil d’administration nous a demandé d’insister sur ce point. Pour que l’administration scolaire du pays tienne obligatoirement compte de la dimension du genre et que dans les dix-huit mois on puisse dire avec précision quelles sont les tendances actuelles.
Interview réalisée par
Ghislaine ATTA
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