une du 16 mai 2012

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SEM. Tareq E. Maaty (Ambassadeur d’Égypte) : « LE TRIOMPHE DE LA DÉMOCRATIE PERMETTRA DE BOOSTER NOS ÉCHANGES ”

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La chancellerie a célébré le jeudi 26 janvier, le premier anniversaire de la révolution qui a mis fin à trente ans de règne du raïs Hosni Moubarak. L’ambassadeur de ce pays explique les fondements de cette révolution et fait le point de 50 ans de coopération bilatérale.

Excellence, quel est le sens de la fête que vous avez organisé ce 26 janvier 2012?
La révolution  égyptienne coïncide avec la crise post-électorale ivoirienne. J’en profite pour m’incliner devant la mémoire des martyrs ivoiriens et égyptiens. La jeunesse égyptienne a pu organiser la première révolution à travers un instrument : Internet. Leurs revendications se résument ainsi : quête de paix, de liberté et de la démocratie et respect des droits de l’homme.  Désormais, la majorité du peuple égyptien et d’ailleurs est favorable à la démocratie et à un pouvoir légal. Qui donnera la possibilité à la jeunesse  d’être formée et dynamique. Cette révolution qui est aussi vécue dans d’autres pays africains constitue un défi pour les diplomates que nous sommes.

Quelles seront les innovations au niveau institutionnel dans votre pays ?
Après l’élection de l’Assemblée populaire installée lundi, suivra, les mois prochains, celle des membres de la seconde chambre. La nouvelle Constitution qui sera élaborée sera un texte dans lequel le peuple se reconnaîtra. En outre, il a été décidé à l’unanimité de la limitation des pouvoirs du Président de la République au profit du Parlement. Ainsi, les mandats seront limités à deux et dureront, soit huit ans soit dix ans, chacun. Cependant, tout est encore à l’étude.

S’agissant de la coopération bilatérale, comment expliquez-vous que les échanges commerciaux ne soient pas développés en dépit de la qualité des rapports qui lient la Côte d’Ivoire à l’Egypte ? L’absence de vol direct entre les deux capitales serait-elle l’une des causes ?
Les échanges commerciaux entre les deux pays se situent entre 15 et 20 millions de dollars. C’est vrai qu’ils ne sont pas proportionnels au niveau des relations politiques, mais je ferai de mon mieux pour les relever. Quant à l’absence d’investisseurs égyptiens, c’est dû au fait qu’ils ne sont pas présents non plus en Afrique, de manière générale. C’est un territoire qu’ils sont en train de découvrir. 
L’Egypte soutient totalement la Côte d’Ivoire qui est un pays essentiel dans la sous-région, en Afrique et dans le monde et le processus de réconciliation en cours. Mon souhait, c’est la réunion de la haute commission mixte de coopération.

Avez-vous des perspectives dans l’immédiat en matière de prospections et d’investissements ?
Le triomphe de la démocratie dans nos deux pays ouvre de nouvelles perspectives de coopération pour booster nos échanges. Surtout que nous avons le soutien du Président Alassane Ouattara, du Premier ministre et du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères. L’année dernière, nous avions préparé la visite d’une délégation d’hommes d’affaires d’une trentaine de membres et qui devait être conduite par la vice-ministre des Affaires étrangères. Celle-ci a dû être ajournée en raison des événements politiques dans mon pays. Sinon, côté ivoirien, toutes les facilités avaient été accordées. Actuellement, plusieurs visites sont en préparation dont celle comprenant des responsables d’une société spécialisée dans les câbles et l’électricité.
De même, le directeur du département Afrique de la société Arab Contractor’s viendra à Abidjan à la fin de ce mois pour préparer la visite du président du Conseil d’administration. Ce sera l’occasion de voir comment accélérer les travaux et apprécier de nouvelles opportunités d’affaires. Dans le sens inverse, il est envisagé la visite en Egypte du ministre ivoirien des Transports. Tout ceci permettra de booster les relations économiques, surtout que cela coïncide avec la réouverture de la ligne Caire-Abidjan de la compagnie Egypt Air. A ce niveau, il n’existe plus d’obstacle politique ni diplomatique ; reste aux autorités de l’aviation civile ivoirienne et égyptienne à régler les questions techniques. La société El Nasr qui exerce depuis 50 ans dans le domaine de l’import/export est également invitée à accroître ses activités ici.
Je précise que nous intervenons dans le domaine de la santé, de la sécurité avec un contingent militaire au sein de l’Onuci présent à Yamoussoukro. Au niveau de la formation, l’ambassade accorde annuellement des bourses d’études aux Ivoiriens dans les domaines du journalisme, de la diplomatie, de la justice, de l’agriculture, etc.

Où en sont les travaux du pont de Jacqueville réalisé par Arab Contractor’s ?
Les travaux se déroulent normalement, mais il faut reconnaître qu’ils ont été affectés par la crise ivoirienne de l’année écoulée. Le rythme d’exécution est bon, et j’espère qu’il atteindra sa vitesse de croisière les mois à venir, en étroite collaboration avec le ministre des Infrastructures économiques.

Avez-vous des projets dans le domaine de la réhabilitation et de la construction de mosquées ?
Il est plutôt question de faire venir des experts et des religieux pour enseigner la religion et pour aider les religieux islamiques à bien la comprendre. Avec le ministère d’Etat, ministre des Affaires étrangères et le Conseil supérieur des imams (Cosim), nous préparons la visite d’une délégation de l’Institut islamique Al Alhar Al Sharif pour assister les instituts ivoiriens pour l’enseignement d’un islam modéré. La question de la construction de nouvelles mosquées n’est pas, pour l’instant, à l’ordre du jour. Cependant, elle pourrait être étudiée plus tard avec les parties ivoiriennes. Par ailleurs, nous offrons des livres, des aides aux institutions islamiques en Côte d’Ivoire. Il convient de signaler également qu’il existe dans votre pays en Côte d’Ivoire une église copte grâce à la sollicitude du gouvernement ivoirien qui a offert le terrain sur lequel celle-ci a été bâtie.

En même temps que la démocratie s’installe en Afrique du Nord à la faveur de la révolution arabe, certains de vos compatriotes et des observateurs occidentaux s’inquiètent de la tendance des islamistes à instaurer la charia. Ces craintes sont-elles justifiées ?
Ces craintes à l’égard des islamistes ont été soulevées par des parties qui ne sont pas  réellement représentées dans les partis politiques en Egypte. Les déclarations des responsables des partis que l’on appelle «islamistes » sont allées dans le sens de la modération. Ils ont indiqué qu’il n’y aura aucune différenciation à base religieuse. Depuis sept mille ans, l’Etat a été institué en Egypte et jamais, il n’a existé de distinction religieuse. A ce jour, il a y environ huit millions d’Egyptiens chrétiens et nous sommes des frères dans tout, nous sommes associés dans la patrie. Mieux, de nombreux candidats chrétiens se sont présentés aux élections législatives précédentes sous la bannière des partis politiques islamiques. Le pays, avec son histoire ancienne, n’admettra pas de distinction à base religieuse entre les deux communautés. Même si des sujets doivent faire l’objet de débat actuellement, le pouvoir qui sera installé prochainement va permettra ce débat sans aucune distinction à base religieuse. Il n’y a donc aucune crainte, les courants religieux ayant toujours existé. Bien plus, la majorité populaire a voulu qu’ils la représentent au Parlement. Quoi qu’il en soit, il faut toujours respecter la volonté du peuple, et c’est cela la démocratie. Si d’aventure, ces courants religieux n’étaient pas à la hauteur des aspirations du peuple, il existe maintenant un outil très efficace pour opérer le changement. L’Egypte est un pays de pardon et les déclarations des membres du Parlement installé lundi, vont dans le sens de l’apaisement et dans le sens qu’aucune distinction à base religieuse ne sera faite.

Certains Égyptiens craignent que le pouvoir militaire qui conduit la transition depuis la chute du Président Hosni Moubarak ne confisque le pouvoir politique. Etes-vous de cet avis ?
Les critiques à l’égard du pouvoir militaire sont très excessives. Cela s’explique par le fait que le peuple tient, coûte que coûte, à sauvegarder sa révolution. Le pouvoir militaire égyptien a la confiance du peuple. La révolution du 28 janvier dernier prouve que l’armée va dans le sens de son exigence. Le Conseil supérieur des Forces armées qui dirige le pays, en ce moment, a prouvé toute sa bonne volonté. Et le Maréchal Michel Tantaoui qui préside le Conseil supérieur des Forces armées a décidé, lundi, du transfert du pouvoir législatif au Parlement. En plus, un chronogramme bien déterminé a été annoncé par le pouvoir militaire pour le transfert du pouvoir civil au Président de la République régulièrement élu. Le délai a été fixé au mois de juin prochain. C’est donc dire que début juillet, l’Egypte aura un nouveau Président élu et un gouvernement auxquels tous les pouvoirs seront transférés. Jusqu’à présent, tout ce qui a été promis par le pouvoir militaire a été accompli.

Quel rôle pour l’Égypte dans le monde et dans la crise israélo-palestinienne au moment où la Palestine réclame sa reconnaissance par le Conseil de sécurité de l’Onu ?
Nous aspirons toujours à la paix depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948. Une paix durable et légale qui va continuer dans la région du Moyen-Orient. Cette paix ne peut advenir que si l’on fait droit aux demandes du peuple palestinien. Sur la base de ce qui a été réalisé depuis une dizaine d’années qui stipule qu’il faut un Etat palestinien et un Etat israélien qui vont cohabiter dans la paix. L’Egypte a des relations avec Israël depuis la signature du traité palestino-israélien et nous jouons un grand rôle pour rapprocher les deux parties. Les derniers actes en date, c’est l’accord entre le Hamas et le Fatah, du côté palestinien ; et celui entre les parties israélienne et palestinienne pour l’échange de détenus.

Interview réalisée par
PAULIN N. ZOBO

 

SEM. Tareq E. Maaty (Ambassadeur d’Égypte) : « LE TRIOMPHE DE LA DÉMOCRATIE PERMETTRA DE BOOSTER NOS ÉCHANGES ”

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